Le 17 août 2026, le sous-marin nucléaire d'attaque russe Khabarovsk (Projet 09851) a quitté le chantier naval Sevmash de Severodvinsk pour entamer ses premiers essais à la mer en mer Blanche.

Comme par hasard et pour d’autres raisons officielles, selon le journal allemand Welt, de nombreux avions de l’OTAN se sont déployés près de la région de Kaliningrad le 18 août. Cette agitation inhabituelle s’est poursuivie plusieurs jours, des appareils venant jusqu’en Moldavie (peut-être une manœuvre destinée à embrouiller les Russes, ce qui serait le véritable objectif poursuivi par l’OTAN ?).

Le déploiement aéroporté comprenait au moins un avion de surveillance et de contrôle aéroporté E-3 AWACS, un avion de guerre électronique américain EA-37B Compass Call II et un avion de reconnaissance ARTEMIS II (Aerial Reconnaissance and Targeting Exploitation Multi-Mission Intelligence System) et de nombreux autres appareils, dont des ravitailleurs en vol évoluant simultanément dans l’espace aérien.

Il ne s’agissait vraisemblablement pas d’une manœuvre destinée à impressionner le Kremlin, comme cela a été annoncé, mais de tenter de recueillir des renseignements électroniques concernant les premiers essais à la mer du sous-marin Khabarovsk. Certes, ils ont lieu bien loin, en mer Blanche, au nord-ouest de la Russie, mais la simultanéité de ces manœuvres interpelle les observateurs avertis.

Il est vrai que pour les pays de l’OTAN, la composante la plus redoutable de l’armée russe est sa sous-marinade, qui est en perpétuelle évolution et qui représente un risque majeur, même pour les États-Unis (1). Tout nouveau mouvement suscite donc l’intérêt des services de renseignement occidentaux.

Ces essais en mer marquent le début de la phase cruciale pour le premier sous-marin conçu dès l’origine pour embarquer six drones-sous-marins nucléaires (à propulsion et à charge nucléaire) autonomes intercontinentaux 2M39 Poseidon (code OTAN Kanyon).

Ils vont permettre d’évaluer la géométrie novatrice de la coque avant du Khabarovsk ainsi que ses systèmes de propulsion intégrés et sa sécurité structurelle globale avant sa réception officielle et son transfert prévu à la flotte du Pacifique.

Après un calendrier de construction fortement retardé depuis 2014, son lancement officiel a eu lieu le 1er novembre 2025 à Severodvinsk, alors qu’il devait être livré en 2020.

Le sous-marin a quitté l’atelier no 50 de Sevmash pour être mis à l’eau aux alentours du 30 novembre, laissant environ huit mois et demi pour les travaux de finition à flot, les essais d’amarrage, la préparation du réacteur et du système de propulsion, l’intégration électrique, les vérifications du système de navigation et les préparatifs d’exploitation hors chantier.

DONNÉES TECHNIQUES

Les essais en mer vont permettre de tester en grandeur réelle son réacteur à eau pressurisée KTP-6-185SP, qui aurait une puissance thermique d’environ 200 MW et une turbine développant quelque 50 000 chevaux, sa propulsion par hydrojet et son comportement en plongée afin de garantir son aptitude technique au déploiement d’une charge utile sous-marine stratégique spécialisée pouvant atteindre 660 tonnes.

Il aurait une longueur de 135/140 mètres pour une largeur de 13 à 16 mètres.

Le déplacement est estimé aux alentours de 10 000 tonnes.

Le Khabarovsk ne dispose pas de lanceurs verticaux.

Le Khabarovsk diffère totalement du BS-329 Belgorod (2) mis en service le 8 juillet 2022, construit à partir d’une coque inachevée, car il a été entièrement conçu pour délivrer des armes Poseidon 2M39.

La configuration actuelle lui attribue six lanceurs 2P39 contre uniquement quatre pour le Belgorod.

Il est considérablement plus court et plus léger que le Belgorod (184 m pour environ 30 000 tonnes), car il supprime la grande section centrale dédiée aux missions spéciales utilisée pour accueillir des véhicules sous-marins de grande profondeur.

La vitesse maximale en plongée est fixée entre 30 et 32 nœuds, soit 56 à 59 km/h.

La profondeur d’immersion maximale ou normale est généralement d’environ 500 m, le tirant d’eau d’environ 10 m, et l’équipage est composé d’une centaine de personnes. L’autonomie en patrouille est de 90 à 120 jours.

Cette dernière valeur offre une marge de 30 jours entre les estimations basse et haute, permettant des déploiements de plusieurs mois sans que la propulsion nucléaire du sous-marin ne soit le facteur limitant, car les vivres, l’endurance de l’équipage et les consommables deviennent alors plus contraignants que le combustible du réacteur.

À noter que sa munition Poseidon est conçue pour des profondeurs allant jusqu’à 1 000 m, ce qui signifie qu’après son lancement, l’arme pourrait descendre environ 500 m en dessous du domaine opérationnel estimé du sous-marin.

Un compartiment à torpilles conventionnel occupe l’espace beaucoup plus étroit entre les deux sections de Poseidon.

Le problème dimensionnel est considérable : un Poseidon mesurerait de 16 à 24 m de long et de 1,5 à 2 m de diamètre. Les estimations de masse varient d’environ 55 à 110 tonnes par engin. Six de 55 tonnes pèseraient 330 tonnes et six de 110 tonnes totaliseraient 660 tonnes. Ces chiffres n’incluent pas la masse des installations de lancement 2P39, des équipements de soutien, des renforts structurels, des portes et des systèmes d’inondation.

En se basant sur une longueur de 20 m, six armes disposées longitudinalement constituent une charge utile dont chaque engin mesure environ 15 fois le diamètre d’une torpille standard de 533 mm.

Ses caractéristiques privilégient plutôt les cibles géographiquement fixes dont les coordonnées restent pertinentes après un à quatre jours de trajet sous-marin, notamment les ports, les bases navales, les installations militaires côtières, les infrastructures industrielles et les centres urbains. Mais les grandes formations navales peuvent également être parmi les cibles potentielles. Cependant, étant en mouvement, elles posent un problème de recherche et de guidage terminal bien plus complexe après un transit pouvant durer plusieurs jours.

Les caractéristiques des ogives sont encore moins connues que les autres estimations : des valeurs allant jusqu’à 2 mégatonnes côtoient des estimations de 20 à 25 mégatonnes, tandis que d’autres données historiques indiquent des puissances encore plus élevées.

Le 28 octobre 2025, la Russie aurait mené un essai du Poseidon au cours duquel l’arme a été lancée depuis un sous-marin et son groupe motopropulseur nucléaire embarqué a été activé.

Le Khabarovsk a été mis à l’eau environ un mois plus tard et a entamé ses essais en mer moins de dix mois après.

La Russie teste donc actuellement le porte-vecteurs dédié alors que son arme principale (et sa raison d’être) se trouve encore dans une phase de validation de sa propulsion nucléaire.

Pour l’armement secondaire, une configuration prévoit six à huit tubes lance-torpilles de 533 mm dans le compartiment avant central, entre les logements des Poseidon. Ces tubes peuvent emporter des torpilles lourdes USET-80, Fizik-2 et Futlyar, des missiles Kalibr et des mines navales. Le nombre de rechargements n’est pas précisé, ce qui empêche d’établir un chiffre fiable pour la quantité totale de munitions conventionnelles.

Cependant, la géométrie du navire met en évidence une limitation : un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) russe conventionnel peut consacrer une grande partie de sa proue aux tubes lance-torpilles, aux mécanismes de manutention et aux râteliers de stockage horizontaux, tandis que le Khabarovsk alloue la majeure partie du volume correspondant aux Poseidon.

La batterie de 533 mm permet ainsi au Khabarovsk d’engager des sous-marins ou des navires de surface adverses, de poser des mines et potentiellement de lancer des missiles Kalibr sans pour autant le transformer en un sous-marin d’attaque polyvalent. Les systèmes de défense aérienne portables Igla et Verba ont également été associés au sous-marin, mais ceux-ci sont inutiles lors des opérations en plongée.

Après sa réception, le Khabarovsk est destiné à la flotte du Pacifique et au Kamtchatka, où la baie de Krasheninnikov est en cours d’aménagement pour accueillir les sous-marins des Projets 09851 et 09852 ainsi que leur navire de soutien du Projet 20183.

Les experts s’interrogent : est-ce un SNA ou un SNLE (sous-marin nucléaire lanceur d’engins) ? La nature de son armement nucléaire en fait en réalité un SNLE, sauf que les missiles stratégiques sont sous-marins et pas mer-sol.

Selon la stratégie russe, il serait destiné à une « deuxième frappe », mais les choses peuvent changer, d’autant que, si Moscou réserve l’usage de l’arme nucléaire à une riposte en cas d’attaque ennemie par des armes de destruction massive contre son territoire, un codicille vient d’être ajouté évoquant une « menace existentielle mettant en péril l’existence même de l’État russe ». Ces termes sont volontairement flous, comme du reste les « intérêts vitaux » des Occidentaux. Il ne faut pas que l’adversaire potentiel sache où se trouve la « ligne rouge » à ne pas franchir…

Un deuxième sous-marin de la même classe serait entré en construction en 2025 et devrait s’appeler Orenburg. Il est question d’un troisième, sans plus de précisions…

Le développement d’une défense stratégique s’étale automatiquement dans le temps long.

La flotte sous-marine russe évolue et se modernise depuis des années (3) et représente une menace prioritaire pour l’OTAN (4), surtout qu’elle vise dans l’avenir à être présente en permanence dans l’Atlantique, le Pacifique et l’Arctique, future zone d’affrontements stratégiques (5).