En 2024, le président Vladimir Poutine a prétendu que le nouveau missile balistique hypersonique à moyenne portée 9M729 « Orechnik » (Noisetier) était une création russe de pointe, et non la simple modernisation d’un système soviétique.

En réalité, il semble qu’il s’agit d’un dérivé du missile balistique intercontinental russe RS-26 Rubezh, qui est lui-même une évolution du missile balistique intercontinental RS-24 Yar testé dans les années 2010.

Le Pentagone considère que le Yar est une simple variante du précédent RS-12M Topol-M apparu en 1985 et opérationnel en 1988.

L’Orechnik repose sur certains composants dont la conception date des années 1970, des systèmes tellement obsolètes que même les instruments de mesures nécessaires pour les tester et déceler leurs défauts éventuels n’existent plus…

Des correspondances divulguées par des chercheurs de la Private Intelligence & Analytics Company Dallas, une société privée ukrainienne de renseignement fondée en 2014, montrent notamment que le composant responsable du guidage du missile dans la phase ascendante est basé sur des plans soviétiques abandonnés dans les années 1990 après la fin de la guerre froide.

De plus, ces composants étant considérés comme obsolètes, il est impossible de les tester n’ayant plus les appareils de mesures nécessaires pour détecter d’éventuels dysfonctionnements.

Ainsi, la trajectoire de l’Orechnik en vol est contrôlée par un gyroscope GU-503, un instrument d’origine soviétique qui analyse l’inclinaison du missile dans la phase ascendante pour lui permettre de ne pas dévier de la trajectoire programmée.

À des vitesses hypersoniques, un écart de seulement 0,5 degré peut, au final, faire manquer les cibles du missile (qui est à têtes multiples) de plusieurs dizaines de kilomètres.

Une lettre de l’usine d’armement Progress située à Michourinsk, dans la région de Tambov, publiée par Dallas Analytics, révèle que ces unités ne sont plus construites en série et que la reprise de la production à grande échelle serait « prohibitive », ce qui constituerait un obstacle aux projets du président Poutine de lancer la fabrication en série des missiles Orechnik.

Surtout, la lettre indique que le fabricant est également incapable de tester le gyroscope et d’en identifier les défauts éventuels.

Selon les chercheurs, le simple remplacement du GU-503 par un gyroscope plus moderne n’est pas envisageable, étant donné que d’autres composants du système de navigation de l’Orechnik sont conçus pour fonctionner avec ce dernier. Cela nécessiterait une refonte bien plus importante.

Le document suggère que les fabricants ont envisagé le développement d’un nouveau système. Cependant, la présence de débris provenant des sites d’impact portant des gyroscopes estampillés « fabriqué en 2025 », suggère que ces modifications n’ont pas été mises en œuvre.

La Russie a utilisé ce missile à trois reprises depuis le début de la guerre en Ukraine.

Le premier tir, en novembre 2024, a touché une usine d’armement à Dnipro ; le second, en janvier 2026 (1), a visé un atelier de réparation aéronautique à Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine. Le dernier tir, le 24 mai, a touché des garages privés à Bila Tserkva, près de Kiev. C’est ce dernier tir qui a intrigué les enquêteurs, car les locaux atteints — qui n’ont strictement aucun intérêt tactique — ne semblent pas être la cible désignée par le commandement russe.

Étant donnée l’origine de cette information (une société ukrainienne), il faut la prendre avec précautions, car la propagande n’est jamais loin, tout comme du côté russe. Ce dernier s’était empressé de valoriser cette « nouvelle arme » devant terrifier les populations occidentales qui, en réponse, pouvaient faire pression sur leurs dirigeants pour qu’ils soutiennent de manière plus prudente Kiev.

Il n’en reste pas moins que, si du côté tactique avec des têtes classiques, l’Orechnik n’apporte rien de bien nouveau, car il ne peut que frapper des cibles fixes — quand il ne les rate pas —, la version stratégique équipée d’armes nucléaires mirvées est redoutable. Avec de telles charges, rater son objectif de plusieurs dizaines de kilomètres n’a plus trop d’importance, le mal sera fait.

Il est étonnant de constater que la menace nucléaire n’anime plus les peurs des populations occidentales, comme cela a été le cas dans les années 1960-1980. Tout le monde y allait alors de son abri antiatomique individuel ou collectif, de la survie après le cataclysme (de nombreux films portaient sur le sujet). Il est possible que, dans l’inconscient collectif, la perspective d’une guerre nucléaire soit devenue si peu probable en raison de la dissuasion que les gens aient déplacé leur attention vers des préoccupations plus tangibles et actuelles, comme le changement climatique, le chômage ou d’autres enjeux qui affectent directement leur existence quotidienne.

1. Voir « Deuxième frappe de missile Oreshnik en Ukraine », du 12 janvier 2026.