Le 28 mai 2023, le naufrage du « Goduria », un bateau de tourisme, sur le lac Majeur en Suisse, au cours duquel quatre personnes étaient décédées, avait défrayé la chronique.

En effet, il avait été découvert que 19 des 23 personnes à bord (pour une capacité légale de 15 personnes) étaient des officiers de renseignement, vraisemblablement 11 Israéliens et 8 Italiens…

L’Agence de renseignement et de sécurité extérieure italienne (Agenzia informazioni e sicurezza esterna, AISE) avait alors déclaré que deux des quatre victimes étaient des membres de son organisation, dont les identités étaient Claudio Alonzi (62 ans) et Tiziana Barnobi (53 ans).

Une troisième victime était l’épouse de nationalité russe du capitaine Claudio Carminati, le commandant du Goduria. Un an après l’accident, il a été condamné à quatre ans de prison pour la mort de ses passagers, car il avait négligé les très mauvaises conditions météorologiques et surtout la surcharge de son navire.

La quatrième victime, âgée de 50 ans et surnommée « Mem », était un officier du Mossad à la retraite. Des années plus tard, la presse israélienne révèlera son identité : Erez Shimoni ou Arez Shimon. Il est toutefois possible que cette identité fût fictive.

Les dix autres Israéliens qui se trouvaient à bord ont été rapatriés dès le lendemain en Israël à bord d’un jet privé, connu pour être utilisé par les autorités israéliennes.

Selon le quotidien panarabe Asharq al-Awsat, tous les documents relatifs à l’enregistrement des Israéliens à l’hôtel où ils séjournaient auraient « disparus ».

La dépouille de « Mem » a été rapatriée en Israël pour être inhumée au cimetière militaire d’Ashkelon.

Le directeur du Mossad, David Barnea, et d’autres responsables du service de renseignement israélien ont assisté aux funérailles, mais leurs visages étaient masqués, comme le rappelle le journal Jerusalem Post. Barnea a déclaré à cette occasion : « C’était un homme de valeur, un ami fidèle, une personne dévouée et loyale […] Vous avez œuvré dans le secret toute votre vie, et, même après votre mort, nous ne pourrons jamais relater publiquement vos nombreux actes significatifs accomplis pour le bien du peuple d’Israël, pour nous tous. »

Trois ans plus tard, le 27 avril 2026, à l’occasion d’une cérémonie pour commémorer la Journée de la Mémoire de l’Holocauste au siège du Mossad, David Barnea a évoqué cette affaire. Il a cité un officier, connu seulement par la première lettre hébraïque de son nom, « Mem », qui aurait péri « hors d’Israël dans l’exercice de ses fonctions ».

Il aurait donc été en mission avec plusieurs collègues auprès d’homologues italiens pour empêcher l’Iran d’acquérir des armes sophistiquées…

Selon le directeur Barnea, « Mem » a dirigé des opérations qui ont contribué aux récents succès d’Israël contre l’Iran. « En ce jour, je pense aux membres du Mossad tombés au champ d’honneur et à leur engagement de servir la sécurité d’Israël pendant toutes ces années. Lors de l’opération “Lion rugissant” lancée le 28 février contre l’Iran, j’étais empli de fierté pour la personne et le travail de “Mem” […] L’opération menée par “Mem” a combiné créativité, ruse et technologies de pointe. Elle a considérablement influencé le succès de la campagne contre l’Iran ».

Selon le journal Il Messaggero : « Les propos de Barnea font naître un terrible soupçon : la tempête qui a englouti le bateau pourrait avoir été déclenchée artificiellement par les services de renseignement iraniens afin d’éliminer leurs ennemis et de saper leur briefing. »

Cette version semble complotiste. Le sabotage du bateau aurait techniquement été une chose possible, mais, dans ce cas, il est étonnant que l’enquête qui a suivi n’ait rien découvert. C’eût été l’occasion idéale d’impliquer directement des membres des services secrets iraniens, ou d’autres, dans l’histoire.

Selon le Jerusalem Post, « Mem » aurait servi au sein du Mossad pendant trente ans. D’après la chaîne israélienne i24NEWS, l’officier de renseignement récemment retraité au moment de son décès continuait de participer à des missions du Mossad. Ce fait n’a rien d’étonnant, car les Israéliens sont majoritairement des réservistes qui effectuent de nombreuses périodes après leur départ de dessous les drapeaux. Le Mossad n’échappe pas à la règle.

D’ailleurs, le général Eyal Tsir-Cohen, l’ancien chef du département du Mossad chargé des relations extérieures avec les services de renseignement étrangers, a confirmé à la presse que « Mem » avait quitté l’agence, mais avait « personnellement demandé à revenir ». Il a précisé : « J’ai accédé à sa demande et il est parti en mission en tant que chef d’équipe. Il emmenait des hommes avec lui et les menait dans des opérations que l’on pourrait qualifier de complexes, dont l’objectif principal était de saboter les capacités non conventionnelles de l’Iran. Voilà ce qu’il a fait. » Il a aussi précisé que ce qui distinguait « Mem » était sa capacité à « réunir des personnes de différents horizons et professions et à les faire travailler ensemble. Il était capable de le faire également avec des partenaires étrangers dans ce secteur… »

Le seul mystère qui ne sera sans doute jamais dévoilé est ce que la collaboration israélo-italienne a pu apporter dans la lutte contre Téhéran.