Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, avait déclaré le 22 mai 2026 : « La tâche qui nous attend est claire : transformer les engagements des Alliés en résultats concrets. Accroître les investissements, la production industrielle et maintenir le soutien à l’Ukraine. Tout cela contribue à une OTAN plus forte et à une sécurité accrue pour nous tous. »
Mais la réalité l’a rattrapé. Au second jour du sommet de l’OTAN à Ankara, le président américain Donald Trump a fait part de son vif mécontentement envers l’Alliance atlantique au sujet de l’Iran et du Groenland tout en fustigeant l’Espagne.
En vassal bien docile, Mark Rutte a assuré que les États-Unis restaient « pleinement engagés » et a soutenu la décision de Trump de frapper l’Iran, puisque les négociations ne marchaient pas et que Téhéran avait ciblé plusieurs navires dans le détroit d’Ormuz qu’elle s’entête à vouloir contrôler.
Le contexte stratégique est inédit depuis la fin de la guerre froide. Le système international est bouleversé et se détricote à vue d’œil. Les fondements établis en matière de sécurité, d’interdépendance économique, de compétition technologique et de répartition du pouvoir sont tous remis en question.
Si la guerre menée par la Russie en Ukraine continue de redessiner le paysage sécuritaire européen, le Moyen-Orient est en train de plonger dans le chaos en raison du conflit avec l’Iran qui dégénère.
Ainsi, après des attaques iraniennes contre plusieurs navires commerciaux dans le détroit d’Ormuz, les États-Unis ont mené une vaste série de frappes contre plus de 80 objectifs militaires iraniens et rétabli les sanctions sur les exportations de pétrole iranien.
En réponse, l’Iran a lancé des missiles et des drones contre des installations américaines à Bahreïn et au Koweït, tout en promettant de nouvelles représailles.
Au-delà des frappes, c’est le mémorandum conclu il y a moins de trois semaines qui semble désormais caduc et fait renaître le risque d’un nouvel engrenage militaire au Moyen-Orient.
La compétition stratégique entre les grandes puissances s’accélère, particulièrement en Afrique, en mer de Chine et, demain, dans l’Arctique (d’où la volonté de Trump de contrôler le Groenland, excellente base arrière pour toutes les opérations militaires sur zone).
Les Européens sont agacés par cette désinvolture, mais il n’est pas certain qu’ils résistent à la pression à moins qu’un modus vivendi soit adopté.
Les menaces hybrides brouillent de plus en plus les limites entre la guerre et la paix.
QUE PEUT FAIRE L'OTAN ?
L’efficacité future de l’Alliance dépendra non seulement de ses capacités militaires, mais aussi de son aptitude à préserver l’unité et la cohésion politiques entre des alliés, dont les perceptions des menaces, les priorités régionales et les dynamiques internes divergent de plus en plus.
Le sommet de la Haye de 2025 a établi une direction majeure. Les dirigeants alliés ont reconnu que les Européens doivent assumer une plus grande responsabilité en matière de défense et de sécurité de leur continent, tout en préservant la centralité du lien transatlantique. L’engagement de consacrer progressivement 5 % du PIB aux dépenses de défense, de résilience et d’infrastructures de sécurité témoigne de la reconnaissance du fait que le partage des charges n’est plus une simple aspiration politique, mais une nécessité stratégique urgente.
Cette évolution reflète une prise de conscience croissante du fait que des contributions européennes plus importantes renforcent l’OTAN elle-même.
Toutefois, une augmentation des dépenses de défense ne suffira pas à elle seule. Le défi le plus complexe consiste à traduire les engagements financiers en capacités sur le terrain, en capacités industrielles évolutives, en innovations technologiques et en préparation des forces armées.
La dimension militaro-industrielle de la sécurité est ainsi passée de la marge des débats politiques au cœur de la planification stratégique. La production de munitions, la défense antimissile, les cybercapacités, les moyens spatiaux, les technologies de pointe et la sécurité des chaînes d’approvisionnement sont devenus des éléments essentiels de la dissuasion.
UN SUCCÈS POUR LE PRÉSIDENT ERDOGAN
Le sommet d’Ankara scelle le retour de la Turquie au centre de la géopolitique de l’OTAN.
Donald Trump a annoncé son intention de lever les sanctions CAATSA (Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) imposées à la Turquie depuis son achat des systèmes antiaériens russes S-400. Cependant, la prudence reste de mise. La loi américaine interdit toujours le moindre transfert tant qu’Ankara détient les batteries russes, et le Congrès, farouchement opposé au projet, devra donner son feu vert.
Mais l’administration américaine a discrètement notifié au Congrès la vente de plus de 700 millions de dollars de moteurs à réaction américains pour le futur chasseur turc Kaan.
La Turquie sécurise ainsi la motorisation de sa propre souveraineté aérienne à long terme.
Sur le plan politique, la Turquie a fait un sans-faute, s’imposant comme l’alliée incontournable et puissante de l’OTAN alors que les Européens ont continué à se chamailler et à se faire gronder par le maître d’école : Donald Trump.
C’est indiscutablement un succès personnel pour Erdoğan.
