Deux colonels de l’armée ukrainienne seraient morts par balles en mai et juin 2026. Les autorités de Kiev ne communiquent pas sur ce sujet hautement sensible, car il est possible que ce soit une réponse aux nombreuses opérations homo (élimination de personnes) que mènent ses services secrets en Russie depuis le début de l’invasion russe en 2022 (1).

Le 18 mai 2026, le colonel du renseignement militaire ukrainien (GUR) Rustem Fakhriyev aurait été tué en Ukraine (à droite sur la photo). L’information n’est sortie qu’à la fin juin.

Selon le FSB russe (donc prudence…), Fakhriyev servait dans les services de renseignement militaire ukrainiens et a activement soutenu le Majlis (l’Assemblée des Tatars de Crimée), une organisation opposée à l’annexion de la Crimée par Moscou, interdite en Russie. Originaire de la région de Krasnodar, il s’est opposé farouchement à la Russie et a participé en 2014 à des affrontements en Crimée aux côtés du gouvernement ukrainien. Il a ensuite combattu dans les républiques du Donbass au sein des « bataillons des volontaires ». Au sein de la Direction principale du renseignement du ministère de la Défense ukrainien, il a gravi les échelons jusqu’au grade de colonel et a supervisé le secteur de Crimée. Il a organisé plusieurs opérations clandestines, dont des tentatives d’assassinat dans la péninsule.

En décembre 2025, il avait tenté de faire assassiner un haut responsable du ministère russe de la Défense en Crimée occupée. L’opérateur a été tué lors de son arrestation alors qu’il venait de poser une bombe sous la voiture de cette autorité. Une vidéo diffusée par les agences de presse d’État montrait le corps sans vie d’un homme gisant sur le trottoir, ainsi qu’une grenade à main et un objet rectangulaire sous une berline noire. Dans son communiqué, le FSB a décrit l’objet comme « un engin explosif de fabrication occidentale ».

Un deuxième homme a été placé en détention provisoire pour complicité d’activité terroriste.

Le colonel Volodymyr Kononnikov (à gauche sur la photo) a été retrouvé mort le 28 juin dans la région de Zaporijia.

Dans un premier temps, les médias ukrainiens ont indiqué qu’aucune trace de mort violente n’avait été relevée sur le corps. En fin de journée, l’assassinat de cet officier supérieur par arme à feu a été confirmé.

Il commandait la 154e brigade mécanisée indépendante, basée dans la région de Zaporijia, près de la ville de Houliaïpole.

Cette brigade avait pris part à la première phase de l’invasion de la région de Koursk en 2024.

Les autorités ukrainiennes ont ouvert une enquête criminelle en vertu de l’article 115 du Code pénal qui traite de l’homicide volontaire.

Pour le moment, en dehors du fait que les deux colonels ukrainiens sont morts par balle, il est délicat d’en connaître l’origine exacte, aucune des deux parties ne voulant communiquer sur le sujet.

Mais il est possible que les services secrets russes soient derrière ce qui peut être qualifié d’« opération homo » pour rendre la pareille à leurs homologues ukrainiens qui en ont mené de multiples en Russie.

Si, dans le passé, les services russes montaient des opérations alambiquées, particulièrement en Grande-Bretagne employant des produits chimiques ou radioactifs pour ne pas apparaître en première ligne, ils semblent être revenus à des méthodes plus élémentaires : le meurtre à l’arme à feu.

Cela avait été le cas avec l’assassinat en Espagne en février 2024 d’un pilote d’hélicoptère russe qui avait fait défection en Ukraine (2) après avoir tué les deux autres membres d’équipage.

Cette méthode assez simple à exécuter — même les Ukrainiens font dans le plus sophistiqué avec des charges explosives télécommandées ou piégées — est pratiquée par les services tchétchènes qui, parfois, sous-traitent des contrats du Kremlin, et les mafias de l’ex-URSS.

QUI EST DERRIÈRE L'ATTENTAT AYANT EU LIEU A MONACO ?

Le 29 juin à Monaco, une explosion a eu lieu à 21 h 00, blessant gravement l’oligarque ukrainien Vadim Ermolaev, sa compagne et leur fils.

Un suspect qui attendait la famille a déposé le sac à dos dans le hall de sa résidence juste avant qu’elle n’y pénètre. Il est possible qu’il ait déclenché lui-même la charge pouvant aller de 500 grammes à deux kilos de TNT entourée de boulons et de grenailles, sans doute avec une télécommande. Il s’est ensuite enfui à pied pour rejoindre la France voisine.

Résidant à Monaco, Vadim Ermolaev fait l’objet depuis décembre 2023 de sanctions en vertu d’une décision du Conseil national de sécurité (NSDC) promulguée par le président Volodymyr Zelensky, car ce multimillionnaire, qui avait adopté en 2019 la nationalité chypriote (et abandonné sa nationalité ukrainienne), avait poursuivi ses activités de négoce d’alcool en Crimée après l’occupation russe de 2014. Il avait déclaré au magazine Forbes : « Je souhaite bénéficier d’une protection internationale. Le système judiciaire ukrainien, pour le moins, est loin d’être parfait, et l’administration fiscale n’est pas objective. »

Par contre, il ne faisait l’objet d’aucune enquête judiciaire à Monaco et n’était recherché par aucun service de police.

Le mode opératoire qui est très « professionnel » rappelle étrangement ceux employés par les services secrets ukrainiens en Russie : des reconnaissances avant l’action, une charge explosive entourée de shrapnell déposée devant l’habitation de la cible, un timing parfait qui évite trop de pertes collatérales et enfin une exfiltration préparée à l’avance. Si c’est le cas — ce qui n’est pas certain —, il s’agit sans doute d’un « avertissement » à tous les riches Ukrainiens qui coulent des jours tranquilles à l’étranger…

Il y a aussi l’option de la piste criminelle, mais le personnage semblait inconnu des services de police internationaux pour des relations litigieuses. De plus, comme cela a été mentionné plus avant, les tueurs du crime organisé vont généralement au plus pressé.

Enfin, de nombreux « observateurs » vont mettre ça sur le dos du Kremlin. La question est : quel était l’intérêt ?

2. Voir « Défecteur russe assassiné en Espagne », du 20 février 2024.