Le capitaine russe Maxim Kuzminov âgé de 28 ans qui a fait défection en livrant l’hélicoptère Mi-8AMTSh Hip qu’il pilotait aux Ukrainiens en août 2023 a été découvert par sa petite amie assassiné le 13 février dans un parking souterrain des immeubles La Cala à Villajoyosa dans la région d’Alicante en Espagne. Il aurait été tué la veille mais l’information n’a commencé à filtrer que le 19 février…

Le site d’information espagnol « Informacion » avait d’abord rapporté que le corps d’un ukrainien de 33 ans avait  été retrouvé avec des blessures par balles dans un garage de la ville de Villajoyosa.

Selon les enquêteurs, l’homme aurait tenté d’échapper à deux assaillants lorsqu’il a été abattu d’au moins cinq balles sur douze étuis retrouvés. Une voiture appartenant aux auteurs présumés aurait été découverte complètement brûlée dans la ville d’El Campello située à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Villajoyosa.

Il s’est ensuite avéré que la victime était Maxim Kuzminov, l’erreur provenant des « faux-vrais » papiers d’identité (de véritables documents ukrainiens avec une fausse identité) en sa possession.

La défection de Kuzminov

En août 2023, lors de l’opération « Synitsa » (Mésange) menée par les services de renseignement ukrainiens (GUR), Kuzminov avait pris le contrôle d’un hélicoptère de transport et de combat dernier modèle Mi-8AMTSh Hip après son décollage de Koursk et l’avait amené jusqu’à une base aérienne dans la région de Kharkiv. Les deux autres membres d’équipage qui avaient refusé de déserter avaient été tués par les forces ukrainiennes alors qu’ils tentaient de s’enfuir à pied.

Selon le GUR, l’opération qui avait débuté six mois plus tôt avec l’approche du pilote avait non seulement permis de capturer l’hélicoptère Mi-8, mais aussi à acquérir de la documentation de valeur et du matériel technique confidentiel.

Lors de conférences de presse, le pilote avait déclaré qu’il était opposé à l’invasion russe de l’Ukraine et qu’il ne voulait pas en faire partie. En échange de ses services, il s’était vu offrir des garanties de sécurité pour lui et ses parents (dont personne n’a encore de nouvelles vérifiées), de nouveaux documents d’identité (d’où la confusion initiale d’identité par la Guardia Civil espagnole) et une rétribution financière dont le montant n’a pas été dévoilé.

Il a aussi précisé : « la vérité est juste ici. Qu’il n’y a ni fascistes ni nazis ici […] Et je suis vraiment désolé pour ce qui se passe maintenant. Les meurtres, les larmes, le sang […] Ce qui se passe aujourd’hui n’est qu’un génocide du peuple ukrainien […] Je ne veux pas être complice de crimes russes… L’Ukraine gagnera – ce n’est qu’une question de temps. »

Dans un premier temps, il aurait exprimé le souhait de servir au sein de l’armée ukrainienne puis il a disparu avant que sa trace ne soit tragiquement retrouvée dans une station balnéaire espagnole.

Poutine et les « traitres »

Le président Vladimir Poutine s’est toujours montré sans pitié pour ceux qu’il qualifie de « traîtres. »

La liste non exhaustive comporte Alexeï Navalny qui est décédé dans un camp de prisonniers de l’Arctique reculé après avoir fait l’objet d’une tentative d’empoisonnement ratée. En 2006, deux tueurs travaillant pour le service fédéral de sécurité de Moscou, le FSB, avaient empoisonné le dissident russe Alexandre Litvinenko avec du Polonium versé dans une tasse de thé. En 2018, deux officiers du service de renseignement militaire russe GRU auraient tenté d’empoisonner l’agent double russe Sergei Skripal. En 2023, le « traitre » Evgueni Prigojine est mort dans un « accident » d’avion avec une partie de son état-major…

L’enquête ne fait que commencer mais les commanditaires semblent tout désignés. Les raisons sont multiples : l’officier a trahi, livré du matériel militaire à l’« ennemi ukrainien », est responsable de la mort de ses deux camarades et avait commencé à couler des jours heureux sur la riviera espagnole (Costa Blanca).

Ce qui surprend, c’est le choix de cet exil. Sergueï et Ioulia Skripal qui ont « disparu » après leur tentative d’assassinat sont bien à l’abri dans un endroit tenu secret et hors d’atteinte des tueurs russes.

Par contre, il est bien connu que les services de renseignement et les mafieux russes sont très bien implantés en Espagne depuis des lustres.

Ils doivent avoir retrouvé rapidement la trace du fugitif et ont utilisé une méthode plus « classique » et plus « efficace » que le poison pour le tuer. Il n’est pas exclu que le travail de repérage ait été fait par les services russes et le contrat confié à des Vory v Zakone résidant sur place. Les pistoleros du président tchétchène Ramzan Kadyrov n’ont aussi rien à refuser à Poutine et la méthode d’exécution leur ressemble.

Les pistes sont donc nombreuses mais remontent vers le même responsable…

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Texte

Alain Rodier