Dans la nuit du 28 au 29 juillet, les États-Unis et l’Arabie saoudite ont effectué une importante frappe aérienne sur le sol irakien contre des milices des « Forces de mobilisation populaire » (FMP, Hachd al-Chaabi), tuant au moins 20 combattants et en blessant plus d’une trentaine d'autres. Les funérailles ont eu lieu dans la journée du 29 les cercueils arborant les couleurs irakiennes et iraniennes.

Les Saoudiens ont affirmé que cette opération avait été conduite en représailles au lancement de plus de 30 drones contre leur territoire au cours des 72 heures précédentes, menées en coordination avec des attaques yéménites.

Les Américains ripostaient eux à une salve de missiles balistiques lancée contre leurs bases en Jordanie, aucun n’ayant atteint leurs objectifs étant abattus. Les installations américaines en Irak sont régulièrement soumises à des tirs de drones mis en œuvre par les milices chiites locales des FMP.

Ces frappes sont la première action militaire majeure des États-Unis au Moyen-Orient depuis le 24 juillet, lorsque le président Donald Trump a suspendu une campagne de bombardements intensifs sur l’Iran après 13 jours. Dans les faits, ce sont les Iraniens qui ont rompu le statu quo en lançant leurs missiles et en poussant leurs proxies à intensifier leurs attaques.

La frappe américano-saoudienne a touché au moins six villes irakiennes, dont le siège des Hachd al-Chaabi à Bassora.

Ces milices chiites très majoritairement pro-iraniennes comptent plus de 200.000 membres qui ont théoriquement été incorporés dans les forces armées irakiennes, ce qui leur permet de recevoir des salaires du gouvernement.

Malgré tout, la plupart des milices restent fidèles à Téhéran ce qui explique les attaques de drones contre les bases américaines en Irak et maintenant contre des objectifs en Arabie saoudite apparemment en coordination avec des tirs des rebelles houthis lancés depuis leur repaire dans l’ouest yéménite. Il est vraisemblable que ces actions sont coordonnées par la force Al-Qods des pasdarans qui a en charge les relations avec les proxies.

La présidence irakienne a dénoncé l’attaque « qui visait les installations du FMP ». Il a déclaré qu’il rejetait catégoriquement toute attaque sur le territoire irakien, tout en s’opposant également « à l’utilisation du territoire irakien comme point de lancement ou champ de bataille pour des attaques contre les pays voisins ».

Parallèlement, Téhéran a encouragé les Houthis à fermer le détroit de Bab-el-Mandeb qui commande la mer Rouge. Ces derniers le font depuis longtemps pour les navires ayant un rapport avec Israël en solidarité avec la cause palestinienne mais l’ont étendu à l’Arabie saoudite qui exportait 4,5 millions de barils de pétrole par jour via par cette route pour contourner le blocage du détroit d’Ormuz sur le golfe persique. Dans les faits, tous les navires évitent de s’engager en mer Rouge car les assurances refusent de les couvrir.

Pour finir, selon la société britannique de sécurité maritime Ambrey, des drones auraient touché mercredi deux méthaniers dont le Gaslog Salem battant pavillon des Bermudes et le Energos Winter pétrolier sous pavillon des îles Marshall appartenant à des intérêts américains dans le port égyptien de Damiette sur la Méditerranée

Aucune information officielle ne vient confirmer qui peut avoir lancé cette attaque mais la simultanéité des explosions ne laisse aucun doute. Il est possible qu’elle ait été lancée depuis le territoire égyptien lui-même ce qui laisserait entendre que les services spéciaux iraniens sont passés à l’action directe… Si cette hypothèse se confirme, c’est inquiétant pour l’avenir.

Tous ces évènements ont conduit les États-Unis à relancer leurs frappes à l’intérieur du territoire iranien dans la nuit du 29 au 30 juillet, des explosions étant signalées à Qeshm, Kish, Bandar Abbas, Abadan et Bushehr.

Le CENTCOM a annoncé que l’opération visait « des centres de commandement militaires, des installations de missiles et de drones, des sites de surveillance et de défense côtières, ainsi que des capacités maritimes. »

Non seulement la situation sécuritaire au Proche-Orient ne se calme pas mais elle semble se dégrader sur de nouveaux pays pris pour cible par les deux parties…

1. Voir : « Vers la fermeture de la mer Rouge ? » du 20 juillet 2026