Un missile balistique de moyenne portée iranien qui a été utilisé fin août début septembre pour frapper des infrastructures militaires américaines au Moyen-Orient, particulièrement en Jordanie et aux Émirats arabes unis (EAU), est le Kheibar Shekan.

Il prête à confusion et les spécialistes le différencient de la famille des Khorramshahr, dont le Khorramshahr 4 est aussi appelé « Kheibar » (voir en fin de texte).

Ces deux systèmes se distinguent par leur conception et leur objectif, bien qu’ils soient parfois classés ensemble dans le cadre de la famille Kheibar.

Le Kheibar Shekan (Briseur de forteresse ou briseur de Kheibar, en référence à la bataille historique de Kheibar qui opposa les premières communautés musulmanes et juives dans ce qui est aujourd’hui l’Arabie saoudite en 628) est un missile balistique à propergol solide de moyenne portée (1 450 km), doté d’une plateforme de lancement mobile pouvant être camouflée en véhicule civil. Cette arme, d’une longueur de 11,4 m, appartient à la troisième génération de missiles à propergol solide et a été mise en service en 2022.

Il s’agit là d’une des armes les plus sophistiquées du programme de missiles iranien, notamment grâce à sa grande précision due à son système de guidage par satellite, ainsi qu’à son ogive manœuvrable.

Selon les médias iraniens, ce missile balistique est armé d’une ogive explosive d’environ 550 kg.

Les analyses techniques suggèrent que, lors de sa rentrée dans l’atmosphère, la vitesse du Kheibar Shekan serait de Mach 8 (9 800 km/h) à Mach 10 (12 250 km/h) avant de ralentir dans la phase finale avant l’impact de Mach 2 (2 450 km/h) à Mach 3 (3 700 km/h).

Ce missile a été présenté en 2022 par le général Mohammad Bagheri, chef d’état-major des forces armées iraniennes (tué en 2025).

Le missile Kheibar Shekan aurait été utilisé pour la première fois lors des opérations Promesse véritable 1 et 2 en avril et octobre 2024 lorsque l’Iran a lancé environ 180 missiles sur Israël.

Les systèmes à propergol solide, comme le Kheibar Shekan, présentent l’avantage considérable par rapport à ceux utilisant du propergol liquide qui est très corrosif. À savoir que ces derniers nécessitent de faire le plein sur leur emplacement de tir juste avant le lancement, ce qui prend au moins une petite heure. Ils peuvent ainsi être détectés et détruits avant leur mise en œuvre. Les missiles à propergol solide qui sont déjà chargés lorsqu’ils sont stockés dans leurs abris peuvent être opérationnels en quelques minutes seulement, le temps de les sortir et de les mettre en batterie.

Le missile Kheibar Shekan utilise un véhicule de rentrée atmosphérique manœuvrable (MaRV), lui permettant de modifier sa trajectoire au lieu de suivre une courbe balistique fixe, ce qui complique considérablement son interception. Combiné à une tête à sous-munitions, ce système lui permet d’engager plusieurs cibles simultanément tout en saturant les systèmes de défense aérienne.

Mais, malgré ses nombreux avantages, le Kheibar Shekan appartient toujours à la catégorie des missiles de poids moyen, avec une ogive nettement plus petite que celle de systèmes plus lourds, comme le Khorramshahr, qui peut emporter une tête allant jusqu’à deux tonnes.

De ce fait, son pouvoir de destruction est moindre, notamment lors d’attaques contre des structures protégées de grande envergure.

Cependant, c’est la combinaison d’une grande rapidité de réaction, de mobilité et de précision qui fait de ce système l’un des outils les plus efficaces de l’Iran dans la guerre moderne, notamment dans les scénarios impliquant la pénétration et la saturation des systèmes de défense antimissile adverses.

LE KHORRAMSHAHR

Selon Euronews, la première version du système est apparue en 2017 lorsque Téhéran a dévoilé le missile Khorramshahr-1 lors d’un défilé organisé pendant la Semaine de la défense sacrée qui se tient chaque année du 21 au 27 septembre pour commémorer le début de la guerre contre l’Irak (1980-1988), qui fit plus d’un million de morts de part et d’autre.

Ce missile mesure 13 mètres de long pour 1,5 m de diamètre.

Un missile de deuxième génération, le Khorramshahr-2, a été dévoilé en 2019. Il est armé d’une ogive guidée et a un poids total d’environ 20 tonnes.

Puis vint la quatrième génération, le Khorramshahr-4, annoncé en mai 2023 sans que l’Iran ait montré une troisième version (Khorramshahr-3). Il a aussi été baptisé Kheibar, d’où la confusion possible (savamment entretenue par la communication iranienne pour tromper les analystes adverses).

Selon les informations publiées, le missile Khorramshahr-4 ou Kheibar a une portée d’environ 2 000 km et une vitesse maximale dépassant Mach 8 (9 800 km/h). Cela dit, certains pensent qu’il peut être armé d’une tête plus légère que celle de deux tonnes. Cela lui permettrait d’avoir une portée très supérieure pouvant dépasser les 3 000 kilomètres, voire d’atteindre les 4 000 kilomètres, ce qui mettrait Londres et Paris à portée. Un test a eu lieu vers la base de Diego Garcia le 20 mars 2026 (1).

Cela dit, Téhéran dispose d’une batterie de missiles impressionnante, dont le nombre d’armes encore opérationnelles après les frappes israéliennes et américaines n’est pas connu (2). Cela dépend en grande partie de la capacité de l’Iran à renouveler ses réserves.

DERNIÈRE MINUTE

Les échanges de tirs navals se sont poursuivis durant tout le week-end. Après qu’un porte-avion et un destroyer de l’US Navy ont été ciblés par des missiles balistiques iraniens (apparemment sans résultats), trois pétroliers iraniens ont été soumis aux feux américains : l’un au large de l’île de Kharg, un second près du port de Jask et un troisième à vide a été coulé dans le golfe d’Oman après que son équipage a reçu l’ordre d’abandonner le navire.

Puis les Iraniens s’en sont pris à un drone naval militaire américain qui tentait de franchir le détroit d’Ormuz et à trois pétroliers qui empruntaient un passage « non autorisé » (par Téhéran) dans le même détroit.

Depuis le début septembre, un peu plus d’une dizaine de navires de commerce franchissent le détroit d’Ormuz tous les jours.

Mohsen Rezaï, un dur du régime revenu sur le devant de la scène en août 2026 en tant que secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, une figure-clé de l’appareil sécuritaire et de la politique étrangère de la République islamique (ancien commandant en chef du Corps des Gardiens de la révolution islamique — Pasdaran — de 1981 à 1997), a affirmé que Téhéran annoncera une nouvelle zone interdite et une route maritime convenue avec Oman pour la voie navigable dans le détroit d’Ormuz dans les prochains jours.

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, considéré comme un « modéré » par les Occidentaux (mais qui a fait désigner Rezaï à son poste actuel), a mis en garde contre une « réponse plus lourde et plus douloureuse » à toute nouvelle attaque après que l’armée américaine a frappé les trois pétroliers iraniens.

Les derniers affrontements réduisent les espoirs d’une désescalade par la voie diplomatique. La guerre menée par les États-Unis et Israël contre l’Iran continue à perturber les approvisionnements énergétiques et ralentit la croissance économique dans le monde entier. Le baril du pétrole Brent atteint les 97 dollars et, si rien n’est fait, il pourrait bientôt franchir la barre des 100 dollars…