Les alliés des États-Unis en Asie sont circonspects face à la stratégie de Washington qui consiste à dégarnir certains moyens militaires dans la région pour répondre aux demandes au Moyen-Orient, où la guerre américano-israélienne contre l'Iran entre dans son sixième mois.
Ainsi, leur dernier porte-avions sur zone, l’USS George Washington, s’est rendu au Moyen-Orient pour soulager l’USS Abraham Lincoln, qui y était stationné depuis neuf mois et dont la fatigue de l’équipage et du matériel commençait à poser un problème.
Ce départ de l’USS George Washington de la région Asie-Pacifique fait suite à des informations indiquant que les États-Unis avaient déjà déplacé certaines parties de leur système de défense de la haute altitude (THAAD) de la Corée du Sud pour le redéployer face à l’Iran.
D’autres informations affirment que les États-Unis ont retiré leurs stocks de missiles et de munitions diverses pour maintenir leurs capacités face à Téhéran.
Il convient de protéger les alliés du golfe Persique qui paient un lourd tribut à la guerre américaine.
Et pourtant, l’ennemi désigné par les stratèges américains depuis des années est la Chine. Il semble qu’elle est passée au deuxième plan — du moins pour les mois à venir.
Il faut dire que le président chinois, Xi Jinping, doit effectuer une visite officielle aux États-Unis le 24 septembre. L’un des principaux thèmes de cette rencontre serait l’intelligence artificielle, devenue un enjeu majeur de rivalité technologique entre les deux premières puissances économiques mondiales.
Il est possible que l’Iran et les nations qui poursuivent leurs échanges commerciaux avec ce pays sous le coup d’une stigmatisation américaine soient absents du débat. Le secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, avait annoncé le 24 août sa volonté de « couper toutes les ressources économiques qui maintiennent le régime tyrannique iranien en vie, et de lancer un nouveau train de sanctions contre Téhéran ».
Si cette logique est respectée, la Chine devrait être impactée, étant donné sa place de premier partenaire économique de l’Iran… suivie de près par l’Inde.
Ce relatif affaiblissement militaire américain en Extrême-Orient survient alors que la flotte chinoise s’aventure de plus en plus loin au nord du Japon, à Taïwan et au nord des Philippines, à Bornéo. Sans oublier la construction avancée d’installations militaires sur le récif d’Antelope, situé au milieu de l’archipel des Paracel.
Cerise sur le gâteau, la construction du quatrième porte-avion chinois « 004 », mais le premier à propulsion nucléaire, débutée en 2024, serait en bonne voie.
La question que certains observateurs se posent est : quelle est l’utilité stratégique des porte-aéronefs pour la Chine — qui, selon le renseignement américain, prévoirait d’en avoir neuf à l’horizon 2030 — si elle n’a pas des ambitions plus lointaines que de rayonner dans la mer de Chine ? Une stratégie géopolitique ambitieuse, cela se bâtit sur des dizaines d’années…
La ligne défensive de la guerre froide a été initialement conçue pour contenir Pékin, mais elle n’a récemment pas fait grand-chose pour empêcher les porte-avions chinois Liaoning et Shandong de se déplacer dans le Pacifique occidental.
Dans un autre domaine de développement pour les alliés américains, l’activité des gardes-côtes chinois a repris depuis juin dans les eaux à l’est de Taïwan, qui se chevauchent avec les zones économiques exclusives du Japon et des Philippines.
Selon Ja Ian Chong, politologue et expert en sécurité à l’Université nationale de Singapour, les alliés des Américains pourraient craindre que la Chine ne s’enhardisse encore plus à mesure que les États-Unis déplacent leurs moyens militaires vers l’ouest.
Toutefois, il faut bien noter que la grande majorité des forces américaines reste à pied d’œuvre dans la région.
À savoir que la région Asie-Pacifique accueille environ 375 000 militaires et civils américains affectés au Commandement américain du Pacifique, dont des dizaines de milliers sont stationnés en Corée du Sud et au Japon.
La stratégie américaine a changé sous l’administration Trump. En effet, les États-Unis considèrent désormais que les alliés régionaux (asiatiques comme européens ou arabes) doivent jouer un rôle de premier plan dans leur propre défense, même s’ils ont leur soutien.
En effet, la stratégie de défense nationale américaine 2026 appelle les alliés en Europe et en Asie à porter les dépenses militaires à 3,5 % du produit intérieur brut (PIB) et les dépenses liées à la sécurité à 1,5 % du PIB d’ici les années 2030.
La Corée du Sud, Taïwan et le Japon ont rapidement progressé pour augmenter leurs dépenses de défense, Taipei annonçant fin août qu’elle visait à stimuler les dépenses de défense en 2027 de 18 %.
Le secrétaire à la Défense des Philippines, Gilberto Teodoro Jr., a appelé en juillet à ce que les dépenses de défense augmentent à 4 % du PIB pour contrer la Chine, alors que Manille a également décidé d’approfondir sa coopération en matière de sécurité avec Tokyo et, plus discrètement, avec Taipei.
Mais au fond, pour Trump, qui reste avant tout un homme d’affaires, le plus important demeure encore les intérêts économiques américains qui sont indubitablement liés à la Chine. Ce n’est pas sous son mandat qu’un affrontement armé devrait survenir — ni avec la Chine ni avec la Corée du Nord.
Enfin, en élevant le débat, il est question depuis la fin de la guerre de Corée (1953) du « péril jaune », comme il était appelé à l’époque. Même le général de Gaulle y était sensible — sans doute influencé par son confident et ministre Alain Peyrefitte, qui a écrit en 1973 l’ouvrage à succès Quand la Chine s’éveillera… le monde tremblera.
Si la menace économique et son influence dans les pays en développement ne sont plus à prouver, la menace militaire (en dehors de la revendication sur Taïwan) n’est pas prégnante au jour d’aujourd’hui.
