La presse européenne parle peu des tentatives d'attentats (et même d'une qui a réussi) commises aux États-Unis au nom de l'État islamique (EI ou Daech).

Heureusement, dans la majorité des cas, ces actions terroristes et criminelles ont pu être évitées grâce à la technique éprouvée des agents sous couverture qui vont au contact des suspects et les font arrêter au moment où des preuves suffisantes sont recueillies. Cela se passe généralement au moment où le suspect prend les armes et/ou les explosifs (tous neutralisés avant remise) qui leur sont remis par leurs interlocuteurs. La scène est alors enregistrée, voire, quand les conditions tactiques le permettent, filmée.

Cette méthode ne peut être utilisée dans la « vieille Europe », car ses lois en vigueur ne le permettent pas, jugeant qu’il s’agit d’une « provocation » policière…

Selon le ministère de la Justice des États-Unis, la « Joint Terrorism Task Force » (JTTF), l’unité conjointe antiterroriste dirigée par le FBI, a arrêté Jessica Bowie, âgée de 35 ans et originaire d’Albany, État de New York, le 19 août dernier. Les autorités l’ont appréhendée après qu’elle ait récupéré un dispositif qu’elle croyait être une bombe, qu’elle comptait utiliser pour attaquer le Capitole de l’État de New York, situé à seulement trois kilomètres de son domicile.

Le lendemain de son arrestation en flagrance, elle a été inculpée de « tentative d’apport d’un soutien matériel à une organisation terroriste étrangère désignée », à savoir l’État islamique.

Matt Fodor, le directeur des opérations de la division de la sécurité nationale du FBI, a déclaré lors d’une conférence de presse : « Le FBI a détecté et déjoué un projet d’attentat visant le Capitole de l’État de New York et des élus […] La prévenue a prêté allégeance à l’EI et souhaitait commettre d’autres actes terroristes effroyables. »

Selon l’acte d’accusation, Mme Bowie a informé plusieurs personnes sur les réseaux sociaux, en mai 2026, qu’elle avait prêté la « bayah » (le serment d’allégeance islamique traditionnel) à l’État islamique.

Entre le 16 juillet et le 19 août, elle aurait communiqué avec plusieurs sources du FBI qui se faisaient passer pour des membres de l’EI. Elle les aurait rencontrées en personne à plusieurs reprises.

Mme Bowie se serait convertie à l’islam il y a environ cinq ans avant de se radicaliser sur les réseaux sociaux, adoptant le nom de guerre (kunya) d’« Aisha Saif ».

Elle prévoyait ensuite de rejoindre la Syrie pour y contacter l’État islamique, dont des cellules clandestines sont toujours actives.

Toutefois, elle a également affirmé que si son attentat à la bombe réussissait, elle envisageait de revenir aux États-Unis pour en commettre d’autres. Cela tend à démontrer qu’elle ne souhaitait pas se faire exploser avec sa charge.

L’enquête a montré qu’elle s’est rendue à cinq reprises sur les lieux prévus de l’attaque pour prendre des photographies, apparemment dans le cadre de ses préparatifs.

En juillet, elle aurait envoyé un enregistrement audio à une source du FBI dans lequel elle prêtait allégeance au chef de l’État islamique, Abou Hafs al-Hachimi al-Qourachi, le cinquième « calife » et actuel chef suprême de l’EI. Sa nomination a été annoncée publiquement par le groupe le 3 août 2023, mais son identité réelle est gardée secrète.

Le 5 août, elle aurait rencontré plusieurs sources du FBI et exprimé son intention de faire sauter le Capitole « un jour où le plus grand nombre de sénateurs seraient présents ».

Le 19 août, elle a de nouveau rencontré les sources du FBI et acheté une arme à feu, un chargeur et des munitions, précise la plainte.

On lui a ensuite présenté un engin explosif inerte, prétendument fabriqué à partir du même type de matériaux que ceux qu’elle avait récemment achetés chez Home Depot.

Après que les sources ont expliqué comment faire exploser l’engin, Bowie en a pris possession et a été arrêtée sur place. Le piège s’était refermé.

L’arrestation de Bowie constitue la cinquième affaire de terrorisme lié à l’État islamique aux États-Unis cette année.

Le 5 juin, le FBI a arrêté trois citoyens américains à Kansas City, San Diego et Sacramento pour avoir présumément comploté en vue de fournir un soutien matériel à l’organisation jihadiste : Bisaam Ghafoor, 21 ans ; Elias Shamsaldeen, 21 ans ; et Bereen Dzayee, 25 ans. Ils auraient fait allégeance à l’État islamique, échangé des idées d’attaques via des appels téléphoniques, des discussions sur Discord et d’autres réseaux de messagerie, et auraient versé collectivement plus de 2 000 dollars à une personne qu’ils pensaient être un membre du groupe. En réalité, il s’agissait d’un agent infiltré. Selon le ministère de la Justice, cet argent devait servir à l’achat de grenades propulsées et de drones destinés à des attaques contre du personnel militaire américain à l’étranger.

Le 8 juin, Mohamed Sagha, âgé de 22 ans et originaire de Wayne (New Jersey), a été inculpé pour tentative de fourniture de soutien matériel à l’État islamique. Il aurait affirmé à une source du FBI qu’il avait prêté allégeance à l’organisation et qu’il envisageait d’attaquer soit une installation de la Garde nationale, soit une synagogue. Il a été inculpé après avoir acheté un service de réseau privé virtuel (VPN) et l’avoir fourni à une personne qu’il croyait être un combattant de l’EI en Syrie (un agent sous couverture).

Le 7 mars, Emir Balat (18 ans) et Ibrahim Kayumi (19 ans) ont été arrêtés après avoir tenté, selon les autorités, de faire exploser deux engins explosifs devant Gracie Mansion, la résidence officielle du maire de New York. L’attaque a eu lieu en marge d’une contre-manifestation à celle intitulée « Stop the Islamic Takeover of New York City, Stop New York City Public Muslim Prayer » (Arrêtez la prise de contrôle islamique de New York, arrêtez les prières musulmanes publiques à New York). Après leur arrestation, les deux jeunes hommes auraient déclaré aux autorités qu’ils soutenaient l’État islamique ou qu’ils y étaient affiliés.

Le 12 mars, Mohamed Bailor Jalloh (36 ans), ancien membre de la Garde nationale de l’armée de terre (Army National Guard) — libéré de prison après une condamnation pour tentative de fournir un soutien matériel à l’EI — a attaqué un cours du programme ROTC (Reserve Officers’ Training Corps) à l’université Old Dominion. Jalloh serait entré dans la salle de classe, aurait demandé si les personnes présentes étaient affiliées à l’armée américaine, aurait crié « Allahu Akbar » (Dieu est le plus grand) et aurait ouvert le feu. Il a tué l’instructeur du ROTC et blessé deux cadets avant que des étudiants ne le maîtrisent et ne le neutralisent.

Ces affaires soulignent la capacité persistante de l’État islamique à influencer des individus, y compris des Américains, en ligne et à menacer les États-Unis d’attaques terroristes. À noter le fait qu’ils sont généralement isolés et n’ont en fait pas les bons contacts, tombant heureusement sur des interlocuteurs du FBI qui les hameçonnent. Enfin, ils font preuve d’amateurisme et même de méconnaissance des règles élémentaires de l’islam.

Dans le cas de Jessica Bowie, elle a fait ses reconnaissances alors qu’elle était revêtue du niqab, ce qui ne pouvait qu’attirer l’attention des services de sécurité. Plus grave, elle ne connaît pas bien l’idéologie de l’État islamique qui interdit aux femmes de passer à l’action violente directe, sauf en cas d’autodéfense. Pour Daech, le rôle des femmes consiste à soutenir physiquement, moralement et logistiquement leurs époux.

Les jihadistes féminines passées à l’action sont les « veuves noires » tchétchènes qui dépendaient (plus ou moins) d’Al-Qaïda et des femmes (parfois des enfants) nigérianes de Boko Haram, mouvement à l’idéologie fluctuante entre Al-Qaïda et Daech…