Ahmet Kazancı, un important membre de l’unité de propagande de l’EI-Khorasan (EI-K ou Islamic State Khorasan Province, ISKP), a été arrêté à la frontière pakistano-afghane à la mi-juin. Il a ensuite été exfiltré vers la Turquie, où il a été entendu par la section antiterroriste du département de police provincial de Konya avant d’être placé en détention provisoire par le tribunal d’instance.
Selon des informations recueillies par la presse turque auprès de sources sécuritaires, l’Organisation nationale du renseignement (MİT) a monté une opération visant la structure de propagande de l’EI-K pour capturer Ahmet Kazancı, qui utilisait les noms de code « Abou Ubeyde » et « Abou İbrahim ». On ne sait pas si ce sont des opérationnels du MİT et des membres de l’Inter-Services Intelligence (ISI) pakistanais qui ont procédé à son arrestation. Toujours est-il qu’il a été ramené en Turquie le 17 juin.
À noter que, depuis la capture en février 1999 d’Abdullah Öcalan (le chef du PKK) au Kenya, les services turcs ont une grande maîtrise de ce type d’extraction, utilisant souvent des jets privés pour passer plus inaperçus.
Recherché par Ankara pour terrorisme, il avait fui au Pakistan via l’Iran en 2024 et servait au sein de l’EI-K dans les montagnes du Baloutchistan. Pour mémoire, l’EI-K est l’une des « provinces extérieures » de Daech les plus actives après celles du continent africain et, surtout, elle intervient dans le monde russe et en Europe.
Il a été établi que Kazancı a succédé en 2025 à Özgür Altun, alias « Abou Yasir Al Turki », un responsable de premier plan de la logistique de Daech organisant le mouvement de jihadistes depuis l’Asie centrale et l’Europe vers la wilayat Khorasan (EI-K), essentiellement basée en zone afghano-pakistanaise. Dans les deux cas, Daech est opposé aux autorités qui, en représailles, pourchassent ses activistes présents sur leur territoire.
Kazancı aurait collaboré avec Özgür Altun pour amener des éléments de Daech de Turquie vers cette région. Il avait pris la direction de l’organisation après l’arrestation de ce dernier (1).
Grâce au travail minutieux du MİT, il a aussi été établi que Kazancı a survécu à des frappes aériennes contre des éléments de l’EI-K au Pakistan et il projetait de rentrer en Turquie.
Mais le MİT a mené cette opération et appréhendé (ou a fait appréhender) Kazancı dans la zone frontalière pakistano-afghane avec la coopération de l’ISI pakistanais, comme cela avait été le cas pour son prédécesseur Özgur Altun.
À son arrivée sur le sol turc, Kazancı a été conduit à Konya et a subi un examen médical à l’hôpital d’État de Meram, puis il a ensuite été pris en charge par la police antiterroriste.
Dans ses aveux, Kazancı a reconnu sa relation avec Özgür Altun, la formation armée et idéologique qu’il avait reçue au sein de l’EI, ainsi que les activités médiatiques et de propagande qu’il avait menées pour le compte de l’organisation (des sites en turc et en anglais.)
Mais il a affirmé n’avoir jamais directement rencontré Özgür Altun, ayant uniquement communiqué avec lui via Telegram.
Pour sa défense, Kazancı a expliqué avoir voulu quitter l’EI-K, car, selon lui, il souffrait de troubles psychologiques et ne parvenait pas à s’adapter aux conditions de vie dans la région. De plus, « sa mère lui manquait ». Il prévoyait de retourner en Turquie en passant par l’Iran, mais il a été arrêté avant dans la région montagneuse du Baloutchistan.
Pour Ankara, il venait coordonner des actions de Daech en Turquie…
Il s’agit de la deuxième démonstration publique de coopération entre les services de renseignement turc et pakistanais, dont les dirigeants ont réaffirmé leur engagement en faveur de liens plus étroits lors d’un sommet trilatéral qui s’est tenu le 28 mai 2025 à Lachin, en Azerbaïdjan.
