Une explosion est survenue le 1er août un peu avant 20 h 00 (heure locale) devant le Balzi Rossi, un établissement italien haut de gamme du centre de Moscou.
Les médias russes ont fait état de trois morts, dont une femme porteuse d’une bombe artisanale.
D’après l’agence de presse publique russe Ria Novosti, citant le Comité national antiterroriste, au moins 21 personnes ont été blessées (deux seraient décédées à l’hôpital) lors de l’explosion d’un engin équivalent à un kilo de TNT entouré de roulements à billes devant le restaurant sur la place Koudrinskaïa.
Une femme a tenté d’introduire la bombe dans l’établissement, mais l’agent de sécurité, vraisemblablement un officier de sécurité officiel, et le responsable de l’établissement ont refusé de la laisser entrer avant que l’engin n’explose, a rapporté Ria Novosti. Ils ont été tués tous les deux avec la femme sur le coup. Détail macabre, le bras arraché de cette dernière a été retrouvé dans la rue.
L’engin explosif était caché dans une boîte qui était censée contenir un cadeau. Il aurait pu être actionné à distance par une tierce personne se trouvant en visuel de la scène.
Une des hypothèses avancées par les enquêteurs est que la femme qui apportait la boîte ne savait pas ce qu’elle contenait (NdA : cela semble douteux, étant donné le poids du paquet et sa destination supposée).
D’après Ria Novosti, le restaurant était fermé au public ce soir-là, ayant été réservé pour une réception privée.
Selon des informations non confirmées, la cible aurait pu être le colonel général Alexandre Tchaïko, commandant en chef des forces aérospatiales russes. Le journaliste ukrainien en exil Anatoli Chari a diffusé des images filmées peu avant l’explosion, dans lesquelles un invité évoque la célébration du « 55e anniversaire d’Alexandre », ce qui correspond à la date de naissance du général Tchaïko.
Avant d’être nommé à ce poste en 2026, cet officier général avait commandé le district militaire oriental de Russie. Il était aussi l’officier militaire russe le plus haut placé sur le terrain en Ukraine au début de l’invasion de la Russie. C’est sous ses ordres que s’est produit le massacre de la ville de Boutcha. Les atrocités alors commises constituent des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre lui ont valu d’être inscrit sur les listes des personnes sanctionnées par de nombreux pays occidentaux.
Alexandre Tchaïko avait été fait Héros de la Fédération de Russie en 2020 pour ses actions en Syrie, où il se serait montré particulièrement impitoyable.
Le profil de la cible présumée et des actions passées similaires semblent indiquer la piste des services secrets ukrainiens.
Les assaillants semblaient connaître la localisation d’une fête d’anniversaire fréquentée par de hautes autorités russes. Ils auraient jeté leur dévolu sur ce général, qui représentait un objectif significatif en raison de ses actions passées et de ses activités actuelles. En effet, en tant que chef des forces aérospatiales russes, il est le responsable opérationnel des bombardements aériens de l’Ukraine.
Cette tentative d’assassinat s’inscrit dans la lignée d’une série d’opérations liées aux services de renseignement et de sécurité ukrainiens (ou qui leur ont été attribués) depuis 2022.
Le premier assassinat est celui de la commentatrice nationaliste Daria Douguine, fille de l’idéologue proche de Vladimir Poutine, Alexandre Douguine. Il s’est produit le 20 août 2022 près de Moscou, malgré les dénégations de Kiev (1). Il semble effectivement que c’était le père, dont c’est la voiture qui a explosé, qui était visé et non la fille qui était au volant au moment de l’explosion.
La dernière tentative date du 6 février 2026 lorsque le lieutenant général Vladimir Alexeïev (2), numéro deux des services de renseignement militaire russes, a été visé par des tirs à courte portée.
Entre-temps, des officiers généraux et des influenceurs ont été assassinés (voir les renvois du dernier article cité en no 2).
À noter que la méthode du cadeau piégé à l’aide d’explosifs a déjà été utilisée contre un blogueur nationaliste pro-Poutine, Maxime Fomine, alias Vladlen Tatarsky, qui a été tué le 2 avril 2023 (3).
La Russe Daria Trepova, qui lui avait remis une statuette contenant 500 g d’explosifs, a été condamnée en 2024 à 27 ans de prison pour ce meurtre. Il semble qu’une « journaliste » ukrainienne avec laquelle elle était en contact lui avait promis de l’exfiltrer, mais cela n’a pas eu lieu, permettant aux autorités de l’arrêter. À la différence de l’action du 1er août, elle s’était éloignée à temps de la cible pour éviter d’être blessée par l’explosion (il y avait eu 32 blessés).
Au moment où sont écrites ces lignes, il n’y a pas eu de revendications. Cela éloigne une autre hypothèse qui aurait pu être celle d’une veuve noire tchétchène islamiste radicale. Ces kamikazes ont défrayé la chronique en Fédération de Russie au milieu des années 2000 dans le cadre des deux guerres en Tchétchénie.
