En avril 2025, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, a émis un mémorandum intitulé « Réforme de la transformation et des acquisitions de l'armée ». Il ordonnait à l'United States Secretary of the Army (SECARMY) de « mettre en œuvre une stratégie de transformation complète de l'US Army, de rationaliser sa structure de force, de tailler dans les dépenses inutiles, de réformer le processus d'acquisition, d'actualiser les contrats de défense inefficaces et de surmonter les intérêts de chapelles pour reconstruire notre armée, restaurer l'éthique des guerriers et rétablir la dissuasion ». En somme, de transformer l'Army pour la guerre future, d'éliminer les programmes inutiles et les équipements obsolètes et d'optimiser la structure des unités.

Photos : US Army et DoD

Résumée sous l’ambition stratégique appelée « Army 2030 » (en réalité déjà tournée vers « Army 2040 »), cette mutation doctrinale, structurelle et technologique est assurément la plus importante de l’armée de terre américaine depuis la fin de la guerre froide. Après plus de vingt ans d’engagements contre-insurrectionnels en Irak et en Afghanistan, l’US Army se prépare à des conflits de haute intensité contre des adversaires à sa taille, la Chine dans le Pacifique et la Russie en Europe.

COMBATTRE DANS CINQ DOMAINES INTERCONNECTÉS

« Army 2030 » s’articule autour du concept doctrinal appelé « Multi-Domain Operations » (MDO), qui n’envisage plus la guerre uniquement sur terre, l’US Army devant être capable de combattre simultanément dans cinq domaines interconnectés : la terre, l’air, la mer, l’espace avec les satellites et le cyber/spectre électromagnétique (guerre électronique). Le but est de détruire les défenses de l’adversaire en combinant des attaques cyber, des tirs de missiles à longue portée et des manœuvres terrestres éclairs.

C’est aussi pour l’US Army l’abandon de la logique de projection progressive et massive. Le nouveau mot d’ordre est « Transforming in contact », c’est-à-dire « les unités doivent se transformer directement au contact des réalités du terrain en intégrant des technologies légères et évolutives ». Cela se traduit par le retour en force des divisions et des corps d’armée, alors que la brigade (Brigade Combat Team ou BCT) était l’élément central dans les années 2000-2010. Selon les concepteurs d’« Army 2030 », ces grandes unités seront seules capables de gérer la logistique lourde et l’artillerie de masse nécessaires dans un conflit majeur.

C’est aussi la création des Multi-Domain Task Forces (MDTF). Ces nouvelles unités de théâtre seront équipées de missiles hypersoniques, d’équipements de cyberguerre et des systèmes spatiaux pour saturer les défenses ennemies (en action avant le début des combats terrestres). Les brigades d’infanterie seront allégées avec la conversion de 25 brigades en Mobile Brigade Combat Teams (MBCT), dont les actions sont centrées sur la mobilité tout-terrain avec l’entrée en service des véhicules de type ISV (Infantry Squad Vehicle), la discrétion électronique, le combat anti-drones et l’artillerie à déploiement très rapide.

Pour matérialiser cette doctrine, l’Army Futures Command pilote six axes de développement prioritaires des équipements : la létalité du soldat (avec le fusil d’assaut M7, l’optique M157 et les lunettes IVAS [Integrated Visual Augmentation System]) ; les véhicules de combat de nouvelle génération (programme XM30/XM1300 et ISV) ; les hélicoptères de reconnaissance et d’assaut du futur ; le tir de précision à longue portée (PrSM pour Precision Strike Missile, missiles hypersoniques) ; le réseau de communication résilient appelé système tactique unifié (ou Unified Network) et l’application ATAK (pour Android Tactical Assault Kit) ; et la défense aérienne et antimissile dans la lutte anti-drone laser avec le système M-SHORAD (Maneuver Short-Range Air Defense).

Les formations de combat intègrent désormais de manière organique des systèmes robotiques aériens et terrestres (RAS) et dans les nouvelles sections d’infanterie, les drones de reconnaissance ou les mules logistiques robotisées (SMET) reçoivent des ordres via les mêmes tablettes que celles utilisées pour l’appui-feu.

LE COMBAT ET L'AUTONOMIE TACTIQUE

Pour le Pentagone, l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans l’US Army doit permettre de « transformer l’armée américaine en une force de combat “AI-First” (priorité à l’IA) d’ici la fin de la décennie pour surpasser les avancées technologiques de la Chine ». Pour ce faire, l’US Army met en place le Project Linchpin, sorte de « pipeline » unique IA qui collecte les données des capteurs de l’armée, entraîne les algorithmes, vérifie l’absence de biais ou de cyberbrouillage ennemi et déploie les projets mis à jour sur le champ de bataille. Ces projets, ou Pace-Setting Projects (PsP), doivent injecter l’IA dans deux domaines critiques : le combat et l’autonomie tactique (Swarm Forge). Ils doivent tester, perfectionner et déployer des tactiques de combat reposant sur des essaims de drones autonomes (aériens et terrestres), capables de saturer les défenses ennemies de manière coordonnée, sans intervention humaine constante.

Autre intervention de l’IA : l’aide à la décision algorithmique au niveau des états-majors. En effet, les algorithmes analysent des millions de données géospatiales et électromagnétiques en quelques secondes pour proposer instantanément des plans d’action au commandant. Enfin, l’US Army assure « démocratiser » l’IA « en la mettant directement entre les mains de ses personnels pour rédiger des ordres, coder des applications de terrain ou synthétiser des rapports de renseignement ».

La station au sol mobile TITAN (Tactical Intelligence Targeting Access Node) est le tout premier système d’armes majeur à intégrer nativement cette architecture d’IA. Elle est alimentée par le Project Linchpin et fusionne instantanément les données provenant des satellites spatiaux, des capteurs de guerre électronique des toutes nouvelles unités MFRC (Multi-Functional Reconnaissance Company ou compagnie de reconnaissance multifonctionnelle) et des drones des MPC (Multi-Purpose Company ou compagnie polyvalente). L’IA trie les menaces et génère des solutions de tir d’artillerie ou de missiles en temps réel.

L'UNE DES PIÈCES MAÎTRESSES

La Light Division « version 2030 » (ou division légère) fait partie des pièces maîtresses de la réorganisation structurelle de l’US Army. En effet, comme nous l’avons vu, elle abandonne la logique des brigades totalement autonomes héritée des années 2000 pour recentrer la puissance de combat au niveau de la division. Ainsi, la Light Division devient l’unité la plus nombreuse de l’armée de terre ayant pour mission d’être projetée rapidement, de s’infiltrer et de saturer les milieux complexes (villes, jungles, zones côtières ou îles, le cas échéant) et de détruire le plus rapidement possible tout type de défense ennemie.

Une division légère « version 2030 » se compose de trois Mobile Brigade Combat Teams (unités de mêlée et de capture du terrain), d’une brigade d’artillerie divisionnaire (DIVARTY) pour les tirs à longue portée, d’une brigade aérienne de combat (CAB) pour l’assaut héliporté et l’attaque, d’une brigade de soutien divisionnaire (Sustainment Brigade) pour la logistique globale, et de bataillons divisionnaires spécialisés (génie, transmissions, renseignement et une batterie anti-drones).

Pour accroître les effectifs de la Light Division, les effectifs de la MBCT ont diminué, passant de 4 500 à 1 900 militaires. L’US Army a appliqué une règle stricte : ce qui n’est pas indispensable au combat immédiat passe à la division.

Ainsi, les escadrons de cavalerie des brigades sont dissous et leurs effectifs sont regroupés au niveau supérieur pour former un puissant escadron de cavalerie divisionnaire (DIVCAV). Les bataillons de génie de brigade (BEB) disparaissent au profit de structures divisionnaires. C’est la division qui détache des équipes de déminage ou de guerre électronique auprès d’une MBCT selon les besoins spécifiques de sa mission. Il en est de même pour les unités de renseignement, les radars de contrebatterie de zone (TPQ-53), les systèmes de guerre électronique lourds (TEWS) et les drones à haute endurance (type MQ-1C Gray Eagle ER et 25M et MQ-9 Reaper/RQ-4 Global Hawk).

Au sein de la division légère, il était prévu d’intégrer un bataillon de chars légers, développés à l’origine sous le programme MPF (Mobile Protected Firepower). Celui-ci a connu un coup d’arrêt brutal et un revirement stratégique complet. Alors que l’US Army prévoyait de déployer à grande échelle le char léger M10 Booker au sein de ses divisions légères pour combler le manque de puissance de feu de l’infanterie légère face aux bunkers, aux fortifications et aux blindés légers, le Pentagone a officiellement annulé sa production. Deux facteurs majeurs sont à l’origine de cette décision : la dérive du poids, car, à l’origine, ce char devait peser environ 30 tonnes afin d’être projeté très facilement sur des théâtres d’accès difficiles, puis le véhicule a fini par atteindre 42 tonnes. Cette masse excessive le rendait ainsi incompatible avec de nombreuses missions dévolues à la division légère, notamment l’impossibilité d’être parachuté. Ensuite, et surtout, l’US Army a publiquement reconnu qu’investir des milliards de dollars dans un char d’appui face aux munitions rôdeuses et des essaims de drones était une erreur. Selon le secrétaire de la Défense, Pete Hegseth, il aurait été plus judicieux de consacrer cet argent à équiper les unités MFRC et MPC de systèmes d’armes plus avancés, tels que des armes antichars légères et différents types de drones rôdeurs bien plus efficaces pour saturer les lignes ennemies.

Sur le plan tactique, la division légère 2030 n’est plus pensée pour tenir des lignes de front statiques, mais pour enfoncer les lignes ennemies et générer du chaos à l’arrière de l’adversaire. Les stratèges du Pentagone l’ont nommée « l’initiative de transformation au contact ». Ainsi, les compagnies d’éclairage des MFRC et des MPC s’infiltrent en utilisant des drones et des systèmes de guerre électronique informant de la situation et des menaces sur le réseau maillé ATAK. Dans un deuxième temps, les équipes d’infanterie à bord de véhicules ISV ou par hélicoptère contournent les points forts, pénètrent la bulle défense et détruisent les centres logistiques ou les radars de l’adversaire avant de disparaître. Une forme d’action commando à une échelle plus grande que les opérations des forces spéciales.

En résumé, la Light Division agit comme un fournisseur de services lourds et une base logistique conséquente. Elle planifie dans la profondeur, gère la guerre électronique, protège le ciel contre les menaces aériennes et sature l’ennemi avec son artillerie lourde. Sans ces fardeaux logistiques et administratifs, les MBCT agissent comme des essaims agiles, car elles s’infiltrent, se déploient rapidement grâce à leurs vecteurs et frappent avec précision avant de se disperser à nouveau pour éviter les réactions de l’ennemi.

Plusieurs grandes unités sont en voie de transformation : la 10th Mountain Division « Climb to Glory », qui est spécialisée dans l’assaut léger et les milieux contraints en zone opérationnelle de l’Europe de l’Est ; la 25th Infantry Division « Tropic Lightning », spécialisée dans l’assaut léger et le milieu tropical en zone Indo-Pacifique ; la 11th Airborne Division « Arctic Angels », spécialisée dans les opérations aéroportées en zone Arctique et Grand Nord. Sans oublier les 28e, 29e et 42e divisions d’infanterie de la Garde nationale, qui adoptent également cette structure.

DÉTECTER, DÉTRUIRE, PROTÉGER

La Mobile Brigade Combat Team est la nouvelle structure de combat légère de l’US Army issue de la transformation progressive des anciennes brigades d’infanterie Infantry Brigade Combat Teams et de certaines Stryker Brigade Combat Teams (SBCT). Conçue pour faire face aux conflits de haute intensité dans des environnements contestés, sa doctrine d’emploi repose sur l’extrême mobilité, la dispersion tactique et une autonomie technologique accrue au plus bas échelon.

Contrairement à une IBCT traditionnelle qui compte environ 4 500 soldats, une MBCT est beaucoup plus resserrée et aligne environ 1 900 militaires. L’US Army a décidé de centraliser certaines unités d’appui (voir plus haut dans l’article) à l’échelon de la division, allégeant ainsi l’empreinte logistique de la brigade.

L’organisation de la MBCT est pensée pour les opérations dites multimissions. Les unités doivent être capables de s’infiltrer rapidement, de se disperser en petits groupes pour éviter l’artillerie et les frappes de drones ennemies, tout en harassant l’adversaire à coup de capteurs (drones) et d’effecteurs (artillerie, mortiers, missiles) pour saturer les défenses ennemies. La devise opérationnelle de la Multi-Purpose Company se résume ainsi : « Détecter, Détruire, Protéger » (Sense, Kill, Protect).

En résumé, la mission principale du bataillon d’infanterie MBCT est d’être le « pion agile de l’US Army », capable de voir en premier, de frapper de manière autonome à longue distance, et d’engager le combat au contact sous une bulle de protection électronique et anti-drone permanente.

LA MPC EST L'INNOVATION MAJEURE

L’ossature de la MBCT se compose principalement de trois bataillons d’infanterie : une compagnie de reconnaissance multifonctionnelle (MFRC) à l’échelon de la brigade, une compagnie d’observateurs avancés et des éléments d’artillerie rattachés ainsi que des éléments de soutien logistique, médical et de commandement (renseignement, transmissions).

Chaque bataillon d’infanterie MBCT comprend trois compagnies de fusiliers (Rifle Companies) et une compagnie multimission appelée Delta Company/Multi-Purpose Company (MPC). À noter que les Rifle Companies (Alpha, Bravo, Charlie) conservent une structure classique (QG de compagnie) : trois sections d’infanterie entièrement motorisées sur véhicules ISV et équipées des nouvelles armes du programme NGSW (fusils M7 et mitrailleuses M250 en calibre 6,8 mm) ; une section d’appui Weapons Platoon équipée de missiles antichars Javelin et de mortiers légers de 60 mm et qui intègre en grand nombre des drones légers de reconnaissance et des drones de frappe FPV.

La toute nouvelle Delta Company/MPC constitue l’innovation majeure du plan « Army 2030 ». Elle regroupe sous un même commandement tous les moyens d’appui technologiques et lourds du bataillon : les sections d’éclaireurs (Scouts), les mortiers lourds, les missiles antichars et les sections de drones/systèmes robotisés. La MPC travaille en étroite collaboration avec la compagnie de reconnaissance (MFRC) de la brigade.

La compagnie Delta centralise tous les capteurs et effecteurs spécialisés qui étaient autrefois dispersés ou rattachés directement au commandement du bataillon. Elle comprend la section de reconnaissance (Scout Platoon) équipée d’ISV légers. Sa mission est d’infiltrer les lignes pour acquérir du renseignement visuel ; la section de mortiers (Mortar Platoon), équipée de mortiers lourds de 120 mm transportés sur véhicules, et qui fournit un appui-feu indirect immédiat. Enfin, la section d’effets tactiques (Effects Platoon), qui est le pôle technologique, met en œuvre les capacités de guerre électronique (EW) pour brouiller l’ennemi, les systèmes de lutte anti-drone (C-UAS) pour protéger le bataillon, et des munitions téléopérées (drones suicides) pour frapper au-delà de la ligne de mire.

Auparavant, pour obtenir un appui de drone ou une frappe de mortier lourd, le commandant de compagnie devait faire remonter sa demande à l’état-major du bataillon. Avec la MPC, toutes ces capacités sont regroupées au combat dans des équipes de reconnaissance multifonctionnelles (MFRT). La MPC peut ainsi détacher de manière très flexible une mini-équipe (composée d’un drone de détection, d’une équipe antichar et d’un appui mortier) directement auprès d’une section en première ligne.

Un autre aspect clé et innovant de la réorganisation au sein de l’US Army est l’introduction de l’ISV de GM Defense. Chaque groupe de combat (Squad) de neuf soldats possède son propre véhicule. Si auparavant l’infanterie légère classique devait se déplacer à pied ou dépendre de véhicules lourds une fois déposée, l’infanterie sur MBCT est entièrement motorisée. L’ISV est un véhicule tout-terrain ultraléger, aérotransportable par hélicoptère (par élingue sous un UH-60 Black Hawk ou à l’intérieur d’un CH-47 Chinook), privilégiant la vitesse et la dispersion plutôt que le blindage lourd (voir encadré).

L'ARTICULATION ENTRE LA MFRC ET LA MPC

La coordination entre la MFRC et la MPC est le pivot central de la doctrine d’information et de frappe des nouvelles MBCT.

Pour comprendre leur synergie, il faut voir la MFRC comme les « yeux et les oreilles stratégiques » du général de brigade, tandis que la MPC est le bras armé technologique du colonel au niveau du bataillon. Ensemble, elles forment une chaîne d’acquisition de cibles ultrarapide (Sensor-to-Shooter), permettant d’éviter que le champ de bataille ne devienne « transparent » uniquement pour l’ennemi.

Pour saturer la zone de capteurs, les deux compagnies opèrent à des profondeurs et des échelons différents :

– au niveau de la brigade, la MFRC voit loin et large. Elle utilise des drones à long rayon d’action, intercepte les communications radio ennemies à grande échelle (guerre électronique) et analyse les cybermenaces. Elle détecte les grands mouvements de troupes et les postes de commandement adverses situés à 20 ou 30 kilomètres du front ;

– la MPC (au niveau du bataillon) agit au contact direct. Ses éléments de reconnaissance au sol et ses drones légers (Skydio) fouillent les forêts, les villes et les zones fortifiées à moins de 5/10 kilomètres. Elle utilise les informations de la MFRC pour savoir exactement où chercher.

L’articulation ne se limite pas à des échanges de rapports radio, elle est structurelle.

La MFRC a la capacité de détacher des mini-modules spécialisés (une cellule de guerre électronique ou une équipe de cryptanalystes) directement au sein de la section d’Effets de la MPC.

UNE RÉVOLUTION DE L'ARMEMENT AVEC LE CALIBRE 6,8 MM

L’avancée majeure apportée par le programme « Army 2030 » est l’abandon du calibre standard OTAN 5,56 mm au profit de la munition beaucoup plus puissante de 6,8 x 51 mm, issue du programme NGSW. Le groupe de combat est désormais doté du fusil d’assaut M7 (SIG-Sauer), qui remplace la légendaire carabine M4A1. Certaines unités ont perçu sa version carabine compacte, le XM8.

Pour l’arme d’appui du groupe de combat, la mitrailleuse légère M250 remplace la M249 (SAW). Plus légère et précise, elle offre une allonge supérieure. De plus, chaque arme principale est équipée d’une optique Vortex M157 (NGSW-FC) qui possède un système de conduite de tir semi-intégré : télémétrie laser, calcul balistique et correction numérique du réticule. Selon un expert, « cela raccourcit le couple capteur-tireur au niveau de l’escouade, décentralisant ainsi les tirs de précision. Sur le plan tactique, cela réduit l’écart historique entre les capacités des tireurs d’élite et celles des fusiliers standards, redéfinissant potentiellement le rôle de systèmes comme le M110A1 SDMR ».

On notera aussi le renforcement du combat antichar, car le groupe intègre de manière organique un système de tir de missiles FGM-148 Javelin, jusqu’ici réservé au niveau de la section (Weapons Squad), pour détruire les blindés lourds adverses.

Dans le cadre de la mobilité, le déploiement massif de véhicules légers tout-terrain M1301 ISV change la donne, car la doctrine du groupe de combat MBCT repose sur une très grande mobilité dans des champs de bataille saturés de capteurs et de drones. L’US Army vise à long terme l’acquisition de plus de 11 000 véhicules, dont un ISV-Heavy équipé d’une génératrice électrique puissante pour alimenter les systèmes de guerre électronique et les batteries des soldats.

Toujours selon un expert militaire, « des compromis non négligeables sont nécessaires, car le poids accru des munitions de calibre 6,8 mm et des armes risque de réduire l’efficacité de la charge utile individuelle ou l’endurance. Le soutien logistique devient un point faible critique, surtout dans les théâtres d’opérations difficiles où le ravitaillement peut être réduit. Qui plus est, l’avantage technologique des optiques de conduite de tir et des lasers engendre une dépendance aux batteries, aux chaînes de maintenance et à la résilience électromagnétique ; des faiblesses potentielles dans un environnement soumis à des attaques de guerre électronique et la ferraille du champ de bataille ».

CONVERSION EN MBCT

Le plan de modernisation de l’US Army intitulé « Transforming in contact » vise à convertir un total de 25 brigades d’infanterie (actives et de la Garde nationale) au format MBCT d’ici la fin de l’année 2027. Les premières unités de l’armée active à avoir inauguré cette transition majeure ont servi d’unités tests, aussitôt suivies par un certain nombre de brigades.

Ainsi, dans les formations d’active (Active Component), la 2nd Brigade Combat Team de la 101st Airborne Division (Air Assault) basée à Fort Campbell a été la toute première unité de l’US Army à adopter la structure expérimentale MBCT. Elle a testé en conditions réelles les premiers véhicules ISV et les compagnies multimissions. La 1st Mobile Brigade Combat Team de la 10th Mountain Division (Light Infantry) basée à Fort Drum a achevé sa conversion et a participé à de grands exercices multinationaux (notamment Combined Resolve). La 2nd Mobile Brigade Combat Team (Airborne) de la 11th Airborne Division en Alaska a été intégrée dès la première phase pour adapter la structure doctrinale MBCT et ses équipements aux contraintes climatiques extrêmes de l’Arctique. Basée à Hawaï, la 2nd Light Brigade Combat Team de la 25th Infantry Division est l’unité qui a validé les capacités du concept MBCT dans le théâtre spécifique de la zone Pacifique (milieu tropical et insulaire).

De son côté, la Garde nationale (Army National Guard) a totalement respecté le calendrier de modernisation et plusieurs brigades peuvent être considérées comme opérationnelles. Par conséquent, la 116th Mobile Brigade Combat Team (Virginie) s’est inscrite dans les annales en tant que première brigade de la Garde nationale à avoir été officiellement transformée en MBCT. Elle a confirmé sa nouvelle doctrine lors d’exercices XCTC (eXportable Combat Training Capability ou capacité d’entraînement au combat projetable). Autrefois configurée comme une brigade blindée sur véhicules Stryker, la 56th Mobile Brigade Combat Team (Garde nationale de Pennsylvanie) a été officiellement convertie pour « abandonner ses blindés lourds au profit de la vitesse, la dispersion et la discrétion électronique du format MBCT ». Enfin, la 76th Infantry Brigade Combat Team (Garde nationale de l’Indiana) fait partie des premières unités de réserve à abandonner le format d’infanterie classique (IBCT) et à intégrer les nouvelles compagnies de reconnaissance et multimissions autonomes.

En septembre 2026, la 116th Cavalry Brigade Combat Team de la Garde nationale de l’Idaho (une unité historiquement blindée, depuis 1949, sur chars M1 Abrams et véhicules Bradley), entame sa mutation. Elle est rejointe par les 30th et 278th Armored Brigade Combat Team (ABCT) de Caroline du Nord et du Tennessee (respectivement). Fin septembre, on voit aussi la dissolution des escadrons de cavalerie lourde traditionnels, comme le 2nd Squadron, 183rd Cavalry Regiment.

La période 2027-2028 marquera la fin de la transition matérielle lourde et l’intégration des systèmes d’armes de nouvelle génération. Par conséquent, 25 brigades MBCT seront entièrement opérationnelles et équipées de la dotation complète en véhicules légers ISV et en fusils d’assaut M7/mitrailleuses M250 en calibre 6,8 mm. L’année 2028 sera la date butoir fixée pour la conversion complète et la disponibilité opérationnelle totale des unités complexes, telles que la 81st Stryker Brigade Combat Team ou la validation finale des 82e et 25e divisions d’infanterie.

Dans la seconde partie, nous étudierons les transformations des brigades blindées, d'artillerie et d'aviation de combat de l'US Army dans le cadre du programme « Army 2030 ».

UN SQUAD À BORD DE L'ISV

Les neuf hommes du groupe de combat prennent place simultanément dans un seul et unique ISV, optimisant ainsi la cohésion tactique. Le chef de groupe (Squad Leader) dirige la navigation, les communications radio avec le chef de section et coordonne l’action de ses deux équipes. Le pilote est un membre du groupe désigné, entraîné à la conduite tout-terrain à haute vitesse. L’équipe Alpha (Fire Team A — 4 hommes) et l’équipe Bravo (Fire Team B — 3 hommes) sont réparties sur les sièges médians et arrière et peuvent débarquer instantanément par les côtés ou l’arrière, l’ISV n’ayant ni portes ni toit pour accélérer la sortie.

La mission du groupe à bord de l’ISV est de capitaliser sur la vitesse (jusqu’à 120 km/h), la discrétion acoustique et le profil très bas du véhicule pour contourner les lignes ennemies.

Pendant les déplacements, les soldats sécurisent les flancs et l’arrière avec leurs armes organiques (fusils d’assaut M7, mitrailleuses M250). L’arceau supérieur de l’ISV peut recevoir une arme lourde collective (mitrailleuse 12,7 mm ou lance-grenades Mk19) servie par un des soldats. Pour assurer une certaine protection face aux drones, le groupe utilise des filets de camouflage et la topographie (forêts, ravins) pour échapper à la détection des micro-drones adverses, l’ISV étant léger et agile comme un véhicule de raid. En moins de cinq secondes, les combattants s’éjectent du véhicule par les côtés.

LES MISSIONS CLÉS DE LA MPC

Le commandant de la Multi-Purpose Company s’avère être un véritable « manœuvrier » au service du chef de bataillon. La compagnie remplit quatre missions stratégiques :

— le façonnage du champ de bataille (Shaping). Elle opère en avant des trois compagnies de fusiliers classiques et utilise ses capteurs pour cartographier les lignes ennemies avant que le reste du bataillon ne s’engage ;

— la reconnaissance et la contre-reconnaissance. Elle mène des patrouilles de reconnaissance d’itinéraires et de zones. Elle doit aussi intercepter et détruire les éléments de reconnaissance adverses ;

— le raccourcissement de la chaîne de frappe (Kill Chain). Grâce à la fusion de ses drones et de ses mortiers, la MPC repère une cible et la détruit en quelques minutes de manière totalement autonome ;

— la protection contre la menace asymétrique. Elle sécurise le bataillon contre la surveillance aérienne ennemie.

LE FUSIL D'ASSAUT M7

Le M7 (auparavant XM7) est le nouveau fusil d’assaut standard de l’armée américaine. Conçu par la filiale américaine de l’armurier germano-suisse SIG Sauer, il a été sélectionné en 2022 dans le cadre du programme Next Generation Squad Weapon (NGSW) pour remplacer progressivement la carabine M4/M4A. C’est le plus grand changement technologique de l’armement de l’infanterie américaine depuis l’adoption du projet M16 dans les années 1960.

Le M7 est directement dérivé du fusil d’assaut SIG MCX-Spear et fonctionne par emprunt de gaz. Le système de piston à course courte encrasse beaucoup moins l’arme que le système d’injection directe de la M4. Totalement ambidextre, le sélecteur de tir, le verrou de culasse et l’éjecteur de chargeur sont accessibles des deux côtés de l’arme. Il possède un levier d’armement latéral pliable ainsi qu’un levier d’armement arrière (type M4/AR-15). La crosse est pliable et réglable.

Le fusil M7 est conçu pour fonctionner « en écosystème » avec la visée optique Vortex Optics M157 (NGSW-FC) à calculateur balistique intégré. Ce système permet au tireur d’exploiter instantanément la trajectoire tendue de la balle, transformant, selon le constructeur, « chaque soldat d’infanterie en un tireur d’élite virtuel ». Le M7 est livré de série avec un modérateur de son SIG Sauer.

Mais le changement majeur du M7, outre l’arme en elle-même, est sa munition. Le calibre 5,56 mm OTAN est abandonné, car jugé trop faible à longue distance face aux gilets pare-balles actuels, pour le tout nouveau 6,8 x 51 mm (.277 SIG Fury). Le corps de la cartouche est composé de laiton, tandis que le culot est fabriqué en acier forgé. Cela permet de supporter des pressions de chambre extrêmement élevées et offre au projectile une vitesse et une force de pénétration capables de traverser les protections balistiques lourdes actuelles, bien au-delà de 500 mètres.

LA MITRAILLEUSE LÉGÈRE M250

La M250 est la désignation militaire américaine du SIG LMG 6.8, une mitrailleuse légère qui fonctionne par emprunt de gaz et alimentée par bande. Elle est conçue par SIG Sauer pour le programme d’armement d’escouade afin de remplacer la mitrailleuse automatique d’escouade M249. La M250, comme le fusil d’assaut M7, a été étudiée pour tirer la cartouche 6,8 × 51 mm en raison de l’inefficacité des munitions 5,56 × 45 mm OTAN (carabine M4 et M249) et 7,62 × 51 mm OTAN (mitrailleuse M240).

La mitrailleuse légère M250 pèse 5,9 kg, et 6,6 kg avec un silencieux. Le soldat peut emporter 400 cartouches réparties dans quatre porte-munitions de 100 cartouches pesant au total 12,3 kg.

Comparée à la mitrailleuse légère M249, qui pèse 19,2 kg sans silencieux avec 600 cartouches dans trois porte-munitions de 200 cartouches, soit 9,4 kg, la mitrailleuse légère M250 pèse environ 1,8 kg de moins. Toutefois, le combattant armé d’une M250 emporte 200 cartouches en moins. Le système de visée de la M250 est le système de conduite de tir Vortex Optics NGSW-FC, comme pour le M7.

Au total, l’US Army prévoit d’acquérir 13 000 M250 et peut-être plus si le Corps des Marines et le commandement des opérations spéciales en commandent aussi. En 2023, la mitrailleuse légère a été livrée aux soldats de la 101e division aéroportée et du 75e régiment de Rangers pour des essais. Le 1er bataillon du 506e régiment d’infanterie de la 101e division aéroportée a commencé à l’utiliser officiellement en mars 2024.

LA CONDUITE DE TIR VORTEX OPTICS M157

Le Vortex Optics XM157 (désigné sous le nom de M157 par l’armée américaine) est le système de conduite de tir Next Generation Squad Weapon-Fire Control (NGSW-FC) conçu pour équiper les nouvelles armes de l’infanterie américaine. En 2022, l’armée américaine a attribué à la firme Vortex Optics un contrat d’un montant maximal de 2,7 milliards de dollars pour fabriquer jusqu’à 250 000 unités. Ce système est conçu pour remplacer progressivement plusieurs optiques de visée, telles que le Close Combat Optic (CCO) et le Rifle Combat Optic (RCO).

Véritable ordinateur balistique monté sur arme, le M157 intègre une optique à grossissement variable 1-8×30 dotée d’un réticule gravé, permettant d’utiliser l’arme de manière analogique classique même si la batterie est totalement déchargée. Un affichage numérique se superpose à l’optique pour projeter instantanément le point d’impact corrigé en fonction de la distance et des conditions environnantes.

Le M157 est équipé d’un télémètre laser qui calcule instantanément la distance de la cible d’une simple pression sur un bouton, d’un calculateur balistique et de capteurs atmosphériques. Ces derniers analysent en temps réel les paramètres atmosphériques, tels que la température, la pression et l’inclinaison, et ils ajustent automatiquement le point de visée. Il est aussi pourvu de lasers de visée visibles et infrarouges (IR), ce qui élimine le besoin d’ajouter des modules laser externes sur le garde-main, et d’une boussole numérique ainsi que d’une connectivité sans fil qui permettent aux éléments d’une même escouade de partager des données de ciblage ou de lier l’optique aux systèmes de vision nocturne et de réalité augmentée du soldat.

LE LANCE-MISSILES FGM-148 JAVELIN

Le FGM-148 Javelin est le système de missile antichar guidé portable (ATGM) fabriqué par Lockheed Martin et Raytheon. Il fonctionne sur le principe du « tire et oublie » (fire-and-forget), offrant deux modes d’attaque que le tireur peut sélectionner :

– l’attaque par le haut (top attack). Le missile monte en flèche jusqu’à une altitude d’environ 150 mètres avant de plonger à la verticale sur la cible. Ce mode vise le toit du char, qui est sa zone la plus mince et la plus vulnérable, contournant ainsi les blindages frontaux massifs, d’où les protections développées durant le conflit en Ukraine par les belligérants ;

– l’attaque directe (direct attack). Le missile suit une trajectoire avec une altitude maximale d’environ 60 mètres. Ce mode d’attaque est utilisé pour détruire des fortifications (bunkers), des bâtiments, des hélicoptères à basse altitude ou des cibles protégées par un surplomb.

Le missile est équipé d’une charge creuse en tandem. Portée efficace : de 65 m jusqu’à 2 500 m (portée étendue à 4 000 m avec un nouveau poste de tir). Poids total : environ 22,3 kg (poste de tir + missile dans son tube). Poids du missile : 11,8 kg. Temps de mise en œuvre : moins de 30 secondes. Pénétration (estimée) : plus de 600 à 800 mm de blindage homogène laminé après blindage réactif.

Avantages :

– la facilité à séparer en composants principaux et à mettre en place par rapport à d’autres systèmes d’armes antichars lourds, le BGM-71 TOW, par exemple ;

– le guidage infrarouge permet au Javelin d’être un missile de type « tire et oublie ». Cela permet un tir plus sûr et plus efficace que le filoguidage ;

– la capacité de perforation avec un missile à charge creuse en tandem faite pour pénétrer les blindages réactifs ;

– le principe du « lancement froid » permet d’avoir une zone de sûreté derrière le tireur, donc le Javelin peut être tiré en zones urbaines par rapport au lance-roquettes AT4, qui produit un « dard » de gaz brûlants à l’arrière du tube lors du tir.

Inconvénients :

– sa masse totale, d’environ 18 kg, sans tenir compte des piles supplémentaires (batteries au lithium BA-5590/U), qui pèsent 1 kg chacune. Une charge normale est de cinq à dix piles ;

– la durée de refroidissement du Javelin est estimée à 30 secondes, mais, en fonction de la température ambiante, ce processus peut prendre beaucoup plus de temps et il y a donc le risque d’être repéré par l’adversaire ;

– la vision thermique peut être entravée par un phénomène naturel quand la température du sol augmente ou diminue rapidement, ce qui peut interférer avec la reconnaissance et le verrouillage de la cible.

LES TYPES DE DRONES ET MUNITIONS RÔDEUSES DE LA MPC

La section d’effets et de systèmes autonomes (Effects/RAS Platoon) de la compagnie multimission (MPC) est le « bras armé technologique » du bataillon. Elle utilise une combinaison de drones de reconnaissance du commerce militarisés (COTS UAS) et de munitions rôdeuses ou drones suicides. Concernant ces derniers, la section est équipée du drone Switchblade 300 (Block 20) pour l’attaque antipersonnel et contre les véhicules légers, avec une portée d’environ 30 km et une autonomie de 20 minutes. Très léger, il se transporte dans un sac à dos et se lance à partir d’un tube portable. Pour frapper les chars ennemis par le toit (top attack), le Switchblade 600 est muni d’une tête explosive à double charge empruntée au missile Javelin, avec une portée dépassant 40 km et une autonomie de 40 minutes.

L’Effects/RAS Platoon dispose aussi de drones de reconnaissance et de surveillance pour repérer les cibles et guider les tirs de mortiers ou les munitions rôdeuses. Légers et quasiment indétectables, on compte parmi eux : le Skydio X2D, qui intègre une intelligence artificielle de navigation thermique. Il cartographie les bâtiments en 3D de jour comme de nuit et résiste très bien au brouillage électronique ; le Teal Golden Eagle, qui a été spécifiquement conçu pour répondre aux normes de sécurité du Pentagone (Blue UAS). Il offre une signature sonore extrêmement faible, le rendant presque invisible pour l’ennemi au-delà de quelques dizaines de mètres.

Tous ces vecteurs sont reliés au système Tactical Assault Kit (TAK/ATAK) utilisé par les soldats sur leurs tablettes de combat. Lorsqu’un drone Skydio détecte un véhicule ennemi, ses coordonnées géographiques sont instantanément partagées. Le commandant de la section d’effets peut alors ordonner le lancement immédiat d’un Switchblade ou transférer la cible vers la section de mortiers de la compagnie pour un traitement en moins de deux minutes.

LE M1301 INFANTRY SQUAD VEHICLE

Le M1301 ISV est un véhicule tout-terrain léger et non blindé de l’US Army conçu par GM Defense pour transporter rapidement des soldats sur tous les types de terrains. Avec une capacité de neuf combattants avec leur équipement complet, il pèse environ 2 500 kg. Sa carrosserie est composée de panneaux en acier et en aluminium sur cadre sans portes. Ce véhicule utilitaire léger à grande vitesse transportable et aérotransportable (C-17 et C-130) peut être élingué sous hélicoptère UH-60 Blackhawk et CH-47 Chinook (qui peut aussi l’accueillir dans la soute).

Le M1301 a été dérivé du pick-up civil Chevrolet Colorado ZR2 avec 90 % de composants partagés. Il est équipé d’un moteur diesel I4 turbocompressé à injection directe Duramax 2,8 L couplé à une transmission automatique à six vitesses Hydra-Matic et à une boîte de transfert à deux vitesses.

L’ISV n’est pas un véhicule de combat de première ligne, mais il a pour rôle tactique d’améliorer la mobilité de l’infanterie légère et des forces spéciales. Sa mission est de déposer son équipage près des objectifs pour réduire leur fatigue.

L’US Army a officiellement porté son objectif d’acquisition à 11 582 M1301 ISV. Actuellement, plus de 1 100 exemplaires ont déjà été livrés aux forces américaines, notamment à la 82nd Airborne Division et au 75th Rangers Regiment.

En 2025, l’US Army a annoncé l’achat de 1 275 véhicules ISV-U (Utility). Cette version à cinq places est équipée d’un plateau de chargement arrière qui peut être adapté à plusieurs types de mission : logistique, appui-feu, PC, guerre électronique, système drone et reconnaissance.

La version mortier lourd (Scorpion Mortar System) est armée d’un mortier M252 de 81 mm numérisé directement fixé sur la plateforme arrière avec 72 obus. Le système de tir automatisé permet de viser et de tirer sans débarquer l’arme.

La version porte-drones et munitions rôdeuses est équipée de conteneurs sécurisés pour transporter les tubes de lancement des drones suicides Switchblade 300 et 600, ainsi que les batteries de rechange et les antennes de liaison des drones de reconnaissance Skydio X2D.

La version guerre électronique et anti-drone (TEWSI/C-UAS) dispose sur son plateau de mâts télescopiques dotés de capteurs de guerre électronique, de radars légers ou d’armes à énergie dirigée (laser de 20 kW sous le programme AMHEL) afin de détecter et neutraliser les drones ennemis.

Le M1301 ISV présente des avantages majeurs en matière de projection rapide, mais il est l’objet de nombreuses critiques concernant sa vulnérabilité.

En somme, si l’ISV remplit parfaitement son rôle de véhicule tactique très mobile pour l’infanterie légère, son efficacité dépend uniquement de son utilisation en dehors des zones de combat en première ligne, car le moindre engagement armé expose immédiatement ses occupants.

LE MORTIER M252 DE 81 MM DIGITALISÉ

Le mortier M252 de 81 mm digitalisé, intégré au sein du système d’armes automatisé appelé Scorpion Light Mobile Mortar System, présente une avancée spectaculaire pour l’appui-feu des unités légères de l’US Army. Le mortier classique devient une plateforme d’artillerie automatisée ultrarapide connectée au champ de bataille numérique. « C’est la révolution du “shoot and scoot” (tirer et déguerpir) », comme disent les experts !

En effet, 30 secondes suffisent pour arrêter le véhicule et tirer le premier obus avec une cadence de tir de 8 obus en moins de 2 minutes. Le véhicule peut quitter sa position 30 secondes après le dernier tir et donc redémarrer avant même que ses propres obus n’aient touché la cible, évitant le risque d’une riposte ennemie.

Les servants disposent d’une tablette tactile sur laquelle ils sélectionnent une cible sur une carte numérique et, grâce à un calculateur de tir intégré, comprenant deux modules GPS couplés à une centrale de navigation inertielle (INS) et un inclinomètre de haute précision, l’élévation et l’orientation nécessaires au millimètre du mortier sont données.

Le tube de 81 mm pivote et s’oriente automatiquement sur la cible. Le servant n’a plus qu’à insérer manuellement l’obus dans le tube. Chaque véhicule transporte le mortier M252 digitalisé ainsi qu’un rack de 72 obus de 81 mm.

Le système conserve les performances balistiques du M252, avec une portée efficace d’environ 5 km. À noter qu’en cas de panne électronique totale ou de fort brouillage cybernétique, le mortier dispose d’un système de secours manuel pour continuer à faire feu à l’ancienne.