Au cours des derniers mois, le gouvernement ukrainien, guidé par les conseils des pays de l’OTAN, a choisi d’engager des attaques en profondeur sur des cibles stratégiques russes. Cette décision a entrainé une fragilisation des ressources en carburant de la Russie, ainsi que de ses capacités d’approvisionnement de matériel, que ce soit pour ses forces armées ou pour ses citoyens. En effet, une vingtaine des 34 grandes raffineries russes, dont certaines à des milliers de kilomètres, ont été touchées, faisant tomber le volume de raffinage et obligeant la Russie à interdire ses exportations de diesel jusqu’à la fin de l’été.
Ainsi, Kiev a placé Moscou face à un nouveau défi stratégique avec une extension significative du rayon d’action des frappes en profondeur effectuées par les drones ukrainiens. Jusqu’à présent, les frappes s’étaient limitées à la Russie européenne, dans un rayon d’environ 1 600 kilomètres, mais les drones ukrainiens ont maintenant une portée maximale de 3 380 kilomètres, contraignant les Russes à défendre un territoire toujours plus vaste et donc de disperser davantage leurs moyens de défense antiaériens.
Et pour faire encore plus mal, Kiev mène en parallèle, à coups de milliers de drones, une campagne de frappes à moyenne distance (80 à 240 kilomètres) dans les régions occupées par les Russes et la Crimée, ciblant les principaux axes routiers, les camions-citernes, des infrastructures logistiques militaires, les stockages de carburant, les stations-service et les réseaux électriques.
De son côté, Moscou exploite le déficit en missiles de la défense antiaérienne ukrainienne pour intensifier ses raids en profondeur visant à perturber la logistique ukrainienne : autoroutes, voies ferrées, dépôts de marchandises, usines et installations portuaires, en particulier à Odessa et Mykolaev, sont attaqués.
Cette escale bénéficie-t-elle réellement aux Ukrainiens ? Car si la Russie a perdu sa profondeur opérationnelle et stratégique et que les alliés de Kiev sont rassurés sur les capacités militaires des Ukrainiens, l’économie ukrainienne est plus fragilisée. En effet, l’équilibre qui régnait en mer Noire, à savoir l’absence d’attaque de navires « civils » de part et d’autre, a volé en éclat, et si le trafic russe en mer d’Azov est paralysé, celui au départ du port d’Odessa en est de même. L’Ukraine a donc perdu son seul axe d’échanges maritimes en mer Noire.
Qui des deux belligérants mettra un genou à terre ? Le conflit s’étant maintenant déplacé du militaire au civil.
