Les évènements de la mi-juillet confirment que l'Iran et les États-Unis élargissent jour après jour l’intensité du conflit qui les oppose. Côté américain, des avions de ravitaillement en vol auraient été redéployés depuis l'Europe vers la zone d'opérations du CENTCOM. Nombre de ces appareils avaient quitté la région après le cessez-le-feu du 8 avril.

Parallèlement, l’étendue géographique des frappes américaines et iraniennes s’élargit. Ainsi les États-Unis – qui en sont à leur neuvième nuit de bombardements – ciblent désormais des ponts et des infrastructures de transport dans le sud de l’Iran mais aussi la province du Khouzestan. De nombreux analystes iraniens interprètent ces frappes comme une tentative progressive d’entraver la mobilité et la logistique dans le sud du pays, préparant le terrain pour de potentielles futures options militaires au sol.

Des rumeurs parlent même d’« invasion » ce qui est tout à fait exclu étant donné le nombre très insuffisant de forces terrestres disponibles du côté américain.

À noter que le président Donald Trump qui s’est engagé seul dans ce bourbier, demande maintenant à ses alliés, qu’il vilipende par ailleurs, d’intervenir pour dégager le détroit d’Ormuz.

Le scenario de la saisie d’îles iraniennes et de portions de côte est possible mais extrêmement risqué. Il n’est pas sûr que le président Trump ira jusque là, car le peuple américain dans sa grande majorité, ne supporterait pas que de nombreux boys reviennent dans des cercueils. 17 ont trouvé la mort depuis le début des opérations le 28 février.

De son côté, l’Iran élargit aussi liste de ses cibles. Le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a revendiqué des frappes contre le Bahreïn, le Koweït, la Jordanie (où trois militaires et peut-être trois ont été tués à plus de 900 kilomètres de l’Iran(1)), les Émirats arabes unis, le Qatar, Oman et une fois la base aérienne Prince Sultan, en Arabie saoudite, des avions de ravitaillement américains ayant opéré depuis ce site. Il s’agit de la première attaque iranienne signalée contre une installation américaine dans ce pays depuis le cessez-le-feu.

En une phrase, Trump et l’état-major américain ont totalement sous-estimé les capacités de résilience de Téhéran(2). Leurs déclarations sur l’état de décrépitude de l’État iranien sont toutes, pour le moins fortement exagérées. Dans l’autre sens, Téhéran diffuse nombre de fake news via des vidéos issues de l’IA (bombardier B-52 abattu, base américaine bombardée en plein jour en Jordanie, etc.)

La situation maritime devient également très préoccupante, plusieurs navires ayant été pris pour cible après avoir tenté de traverser le détroit d’Ormuz sans autorisation de Téhéran.

De fait, le canal est maintenant verrouillé et cela souligne les risques croissants pour le transport maritime commercial surtout si l’accès à la mer Rouge venait à être interrompu à son tour.

Le 17 juillet, le major-général Mohsen Rezaï, conseiller militaire du guide suprême iranien, a affirmé via la télévision d’État que Téhéran allait entrer dans « une phase d’offensive totale » si les frappes américaines se poursuivent au-delà de « deux-trois jours. »

Il a précisé : « L’Iran ne se contentera plus de riposter, et aucune frontière ne sera à l’abri. » Auparavant, les Gardiens de la Révolution (pasdarans) dont il fut l’un des commandants en chef, avaient prévenu que les frappes « se poursuivront jusqu’au retour du calme sur la côte sud et dans le détroit d’Ormuz. »

L’agence Reuters rapporte que plusieurs sources lui ont indiqué le 16 juillet que l’Iran aurait ordonné à ses proxies yéménite houthis de fermer la mer Rouge à la navigation si les États-Unis venaient à attaquer le réseau électrique iranien – une menace du président Trump émise lors d’une interview le 14 juillet mais qui n’a pas encore été suivie d’effets.-

En conséquence, le groupe rebelle qui tient l’ouest du Yémen aurait positionné des drones et des missiles en vue d’attaquer des navires dans le détroit de Bab el-Mandeb.

Jusque là, malgré la résurgence du conflit opposant les États-Unis à l’Iran, les Houthis s’étaient abstenus de s’en prendre au trafic maritime commercial en mer Rouge et dans le golfe d’Aden alors qu’ils l’avaient fait jusqu’à ce qu’un accord ne soit conclu avec Washington le 6 mai 2025.

Suite à la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, la mer Rouge est devenue une voie alternative cruciale pour les exportations énergétiques des pays du golfe Persique.

Selon la société d’analyse du commerce maritime Kpler, environ 7 % de la production mondiale de pétrole a transité par Bab el-Mandeb en juin 2026. L’Arabie saoudite, en particulier, a réorienté ses exportations de pétrole du golfe Persique vers la mer Rouge en utilisant son oléoduc transcontinental est-ouest, les expéditions s’effectuant depuis le port de Yanbu.

D’autres produits sont acheminés par camions à travers le désert saoudien pour être exportés via des ports commerciaux.

Techniquement, les Houthis n’ont pas les moyens suffisants pour bloquer complètement le passage mais il leur suffit d’endommager ou de couler deux-trois navires marchands pour que les compagnies maritimes arrêtent d’emprunter cette voie car les prix des assurances monteraient en flèche.

Mais Abdulmalik al-Houthi, le chef des Houthis, a prononcé un discours le 16 juillet dans lequel il s’est principalement concentré sur les relations entre son mouvement et l’Arabie saoudite sans évoquer une éventuelle escalade en mer Rouge.

Néanmoins, il a rappelé l’interdiction faite aux navires israéliens d’emprunter le détroit de Bab-el-Mandeb, voie d’accès du port israélien d’Eilat. Les Houthis avaient annoncé cette interdiction début juin, durant une période d’accalmie entre les États-Unis et l’Iran, après des échanges de tirs entre la République islamique et l’État hébreu consécutifs à des frappes israéliennes contre le Hezbollah dans la banlieue de Beyrouth.

Il convient de se souvenir que les Houthis animés d’un antiaméricanisme et d’un antisémitisme primaires se sont rangés derrière la cause palestinienne pour frapper Israël, sans beaucoup de succès jusqu’à présent. Par contre, à la différence du Hezbollah qui est une « créature » de Téhéran depuis son origine en 1982, les Houthis sont un mouvement yéménite local qui s’est allié à l’Iran pour des raisons de soutien technique et logistique. Il n’est pas vraiment inféodé à Téhéran.

Le 14 juillet, les Houthis avaient averti les compagnies aériennes de ne pas utiliser l’espace aérien saoudien, et Abdulmalik a réitéré ses menaces à l’encontre de l’Arabie saoudite lors de son allocution : « l’équation réelle est la suivante : l’aéroport de Sanaa contre l’aéroport de Riyad, aéroports contre aéroports, ports contre ports, et blocus contre blocus saoudien […] Toutes les installations pétrolières et les infrastructures vitales saoudiennes sont des cibles pour nos missiles et nos drones s’ils s’engagent dans une agression de grande envergure contre notre pays et provoquent une escalade de la situation. »

Cela faisait suite à une frappe saoudienne survenue le 13 juillet sur l’aéroport international de Sanaa afin d’empêcher l’atterrissage d’un vol en provenance de Téhéran qui ramenait une délégation houthie qui avait assisté aux funérailles du guide suprême iranien Ali Khamenei.

Le gouvernement yéménite internationalement reconnu – mais exilé à Riyad – et les autorités saoudiennes interdisent depuis plus de dix ans les vols directs entre Téhéran et Sanaa car ils peuvent transporter une aide logistique aux Houthis.

Pour le moment Israël qui n’a pas été touché par les Iraniens ne réagit pas occupé à gérer la situation au Sud-Liban et à Gaza. Téhéran sait que si l’escalade implique d’une manière ou d’une autre l’État hébreu, ce dernier réagira immédiatement.

Pour l’instant, nul ne connaît la suite mais le risque d’une guerre qui traine dans le temps est possible.

1. Ce qui signifie que l’Iran a encore de nombreuses armes à longue portée bien que le président Trump prétende que ce pays est à genoux. Voir : « Qu’est ce qu’il reste de l’arsenal iranien début avril 2026 ? » du 7 avril 2026.
2. Voir : « Les États-Unis, ‘échec et mat’ » en Iran ? du 20 mai 2026. »
3. « Les États-Unis ont-ils conclu un cessez-le-feu avec les rebelles houthis via Oman ? » du 9 mai 2025.