Selon le magazine Aerospace & Defense, Moscou poursuit la modernisation de sa flotte sous-marine à grands pas. Si l’US Navy développe deux types de submersibles, les SNA de la classe Virginia et les SNLE de la classe Colombia, la Russie construit aujourd’hui six sortes de submersibles, chacun ayant un rôle bien défini.

1. Le SNLE Borei-II
Sept SNLE Boreil-II (Projet-955 et 955A) doivent former l’ossature de la force nucléaire maritime stratégique. Le premier de la série 955A, le « Knyaz Vladimir » (Prince Vladimir) a été livré en juin 2019. Chaque bateau de cette classe peut être armé de 20 missiles nucléaires intercontinentaux R-30 Bulava ou RSM-56 (8.000 kilomètres de portée, de 6 à 10 ogive/missile) ; les trois « Projet-955 » en service depuis 2013-2014 ne pouvant en emporter « que » 16).

2. Le sous-marin des missions spéciales K-329 Belgorod
Après de Typhoon, le K-329 Belgorod sera le sous-marin le plus imposant au monde (C’est pour cette raison qu’il est qualifié par les Russes de « cuirassé »). C’est à la fois un navire espion et le vaisseau mère pour le mini sous-marin Losharik AS-12 et AS-31 à propulsion nucléaire destiné à plonger à de grandes profondeurs. C’est ce dernier, mis en service en 2003, qui peut intervenir sur les câbles sous-marins reliant les différents continents. Le 1er juillet 2019, un incendie à bord a tué 14 marins dont 7 capitaines de vaisseau en mer de Barents. Le Belgorod est armé du système océanique polyvalent Status-6 Poseidon (ou Kanyon les Américains). Ce serait une arme sous-marine à conduite autonome à propulsion nucléaire dont la tête serait dotée d’une une ogive thermonucléaire dont la puissance pourraient aller de 2 à 100 mégatonnes. Il serait détaché pour action au service de renseignement militaire GRU. Opérationnel à la fin 2020, il serait destiné à délivrer une deuxième frappe.

3. Le sous-marin de classe Khabarosk
Le sous-marin stratégique de classe Khabarovsk ou projet 09851 armé de six torpilles Poseidon comme le K-329 Belgorod est le navire de plus mystérieux de la série. Le premier exemplaire devrait être lancé cet été.

4. Le SNA de classe Yasen-M
Le SNA de classe 885M Yasen a la réputation d’être très furtif. Il est armé de trois types de missiles dont des mer-sol Kalibr (comparable au Tomahawk), les supersoniques mer-mer Oniks (qui peuvent toutefois aussi viser des cibles terrestres) et les hypersoniques Zircon. Cinq exemplaires seraient opérationnels.

5. Le sous-marin à propulsion classique de classe Lada
La Russie continue à développer des submersibles à propulsion classique (de classe 677 Lada) qui pourraient bénéficier dans l’avenir du système de propulsion anaérobie (ou AIP, abréviation de Air Independent Propulsion). Douze exemplaires sont prévus, trois sont terminés mais un seul est aujourd’hui opérationnel. Comme ses ancêtres « Kilo », ces submersibles seront proposés à l’exportation.

6. Les sous-marins modernisés de classe Kilo
Les submersibles de classe Kilo datent des années 1980 mais des modèles modernisés sont toujours en construction. Les dernières versions peuvent mettre en œuvre des missiles Kalibr même si la capacité d’emport est inférieure à celle de la classe Yasen. 31 exemplaires ont été exportés et six autres devraient l’être.

Il convient d’inscrire cette politique navale russe dans le cadre d’emploi de l’arme nucléaire prévu par le Kremlin. Selon le revue Kommersant, les conditions pour lesquelles Moscou pourrait utiliser l’arme nucléaire sont: « la réception d’informations fiables sur le lancement de missiles balistiques attaquant le territoire de la Russie et [ou] de ses alliés […] l’utilisation d’armes nucléaires ou d’autres armes de destruction massive par l’ennemi et ses alliés […] l’impact d’une attaque ennemie sur les installations critiques et militaires du pays au point que la capacité de riposter avec des armes nucléaires est perturbée […] une agression avec des armes classiques susceptible de menacer l’existence même de l’État. ».
Parmi les menaces potentielles, la doctrine russe cite la détention par d’autres pays d’armes nucléaires et d’autres types d’armes de destruction massive, la prolifération incontrôlée d’armes nucléaires, le déploiement d’armes nucléaires offensives dans d’autres pays qui n’en sont initialement pas dotés (c/f la volonté de l’OTAN d’installer des armes nucléaires aux marches de la Russie), l’installation de moyens de défense anti-missiles et de systèmes de frappe depuis l’espace ainsi que l’accroissement de forces près des frontières de la Russie (l’OTAN et les USA sont ainsi clairement désignés).
Les Russes testent régulièrement leurs sous-marins, soit en venant se frotter au plus près aux pays de l’OTAN, soit en effectuant des missions opérationnelles au large de la Syrie (et vraisemblablement de la Libye). Ils exploitent également leur force sous-marine à des fins de propagande, les capacités qui lui sont prêtées par des fuites savamment orchestrées étant vraisemblablement très exagérées.

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Alain RODIER

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