Comme prévu dans l'accord signé il y a deux ans, les dernières troupes américaines et britanniques ont quitté l'Irak à la fin septembre, affirmant que la guerre contre Daech était terminée.
Le président Donald Trump a salué ce retrait, le qualifiant de « victoire pour les États-Unis, de victoire pour l’Irak et de victoire décisive contre l’État islamique […] Cela fait longtemps, avec de très mauvaises décisions qui nous ont entraînés dans ce bourbier au départ, mais bientôt, cela fera partie de l’Histoire ».
Le porte-parole du Pentagone, Sean Parnell, a également déclaré que le départ de la coalition d’Irbil marquait « la conclusion réussie de la mission militaire qui a vaincu [l’EI] en Irak […] La responsabilité principale de répondre aux défis sécuritaires restants de l’Irak, y compris les vestiges [de l’EI] et les milices alignées sur l’Iran qui sapent la souveraineté irakienne et la stabilité régionale, incombe désormais au gouvernement irakien ».
De son côté, le ministère britannique de la Défense (MoD) a publié le communiqué suivant : « Après plus d’une décennie d’opérations, d’entraînement et de renforcement des capacités, les Forces de sécurité irakiennes (ISF) et les Peshmergas kurdes ont assuré la défaite territoriale durable de Daech en Irak et sont désormais en mesure d’assumer la responsabilité principale de la sécurité du pays […] Avec ces objectifs atteints, l’Irak et ses partenaires internationaux peuvent entamer un nouveau chapitre axé sur une coopération sécuritaire durable sous la direction irakienne. »
Le gouvernement irakien avait déclaré la défaite militaire de l’EI en 2017, mais les forces de la coalition étaient restées dans le pays pour éviter sa résurgence.
Cependant, un rapport récent de l’ONU souligne que la pression antiterroriste exercée par les forces de sécurité irakiennes n’avait pas empêché l’EI de toujours compter plusieurs centaines d’activistes « capables de mener des opérations peu sophistiquées ».
Le Pentagone a donc précisé que les États-Unis continueraient à fournir un « soutien ciblé de formation et de renseignement » à leurs partenaires irakiens et le Commandement central américain (CENTCOM) a indiqué que la force opérationnelle conjointe restait opérationnelle, mais depuis la Jordanie.
Enfin, les forces américaines poursuivront également leurs missions contre l’EI en Syrie, où l’ONU pense que Daech compte encore jusqu’à 3 000 activistes.
LE TROISIÈME DÉPART DES FORCES INTERNATIONALES
Historiquement, c’est la troisième fois que les forces américaines et britanniques se retirent d’Irak.
Des dizaines de milliers de soldats américains et britanniques avaient été déployés dans le nord du pays en 1991 après la première guerre du Golfe après que Saddam Hussein a envahi le Koweït. Cela avait permis de donner lors de l’opération « Provide confort » un espace de liberté aux populations kurdes majoritaires dans la région. Ils avaient quitté le pays en 1996.
Ils sont revenus en Irak en 2003, lorsque le président américain George W. Bush a ordonné l’opération « Iraqi Freedom », cette fois pour renverser le dictateur et éliminer les armes de destruction massive — qui se sont avérées inexistantes.
Après l’invasion de la coalition internationale, l’Irak a connu une insurrection généralisée qui a causé la mort de dizaines de milliers d’Irakiens, mais aussi de près de 4 500 militaires américains et de 179 soldats britanniques.
Les forces américaines et britanniques ont quitté l’Irak en 2011, pour revenir en 2014 pour contrer l’avancée inexorable du groupe État islamique (EI, Daech) qui, après s’être emparé d’une partie du territoire syrien, déferlait sur l’Irak. Cette manœuvre portait le nom d’opération « Résolution inhérente ».
Le Premier ministre irakien Ali al-Zaidi a déclaré que la fin de la mission de la coalition marquait « la transition de l’Irak vers une phase où il assume l’entière responsabilité de sa sécurité et de sa stabilité ».
Les dernières troupes britanniques et américaines ont quitté l’Irak après une présence militaire de plus d’une décennie dans le pays.
Le départ de la centaine de militaires britanniques d’Irbil, au Kurdistan irakien, a été planifié en coordination avec le retrait des dernières troupes américaines.
Mais plus grave encore que la menace sécuritaire que font peser les cellules de l’État islamique éparpillées dans la clandestinité, le gouvernement irakien fait face au défi représenté par les milices chiites soutenues par l’Iran : les « Forces de mobilisation populaire » (FMP, Hachd al-Chaabi). Ces dernières ont subi plusieurs bombardements de l’aviation de la coalition et de l’Arabie saoudite (1) dans le cadre de la guerre asymétrique que se livrent Téhéran et les Occidentaux ainsi que les pays du Golfe persique. Depuis le début de la guerre entre les États-Unis, Israël et l’Iran plus tôt cette année, certaines de ces milices ont attaqué les forces américaines et britanniques qui restent stationnées à la base aérienne d’Erbil au Kurdistan irakien.
Le Premier ministre al-Zaidi a pris ses fonctions en mai. Il a promis de désarmer ces milices et de mettre toutes les armes sous le contrôle de l’État après le départ de la coalition. C’est dans ce cadre qu’il a appuyé l’unification des forces kurdes qui assurent la sécurité du nord de l’Irak (2).
Plusieurs factions puissantes chiites irakiennes s’opposent à ses plans et pourraient désormais voir leur influence grandir sans la présence américano-britannique.
1. Voir : « Un raid américano-saoudien en Irak a été le prélude aux nouvelles frappes US sur l’Iran » du 30 juillet 2026.
2. Voir : « Unification officielle des Peshmergas irakiens » du 25 septembre 2026.
