Dans une étude publiée dans le supplément de juin 2026 de la revue chinoise Acta Armamentarii, des ingénieurs de l'armement chinois ont dévoilé un projet à l'horizon 2045 de développement d'un char de bataille de 60 tonnes à propulsion électrique alimenté par un petit réacteur modulaire (PMR) et armé d'un canon électromagnétique de 50 mégajoules.

Cette étude a été conduite par des chercheurs du Groupe de la Première Machinerie de Mongolie-Intérieure, du Laboratoire national de conception et d’intégration de la fabrication de véhicules spéciaux et de l’Institut de technologie de Pékin, qui fait partie du secteur industriel de la défense chinois impliqué dans la production de véhicules blindés, en particulier du char de bataille Type 100 considéré comme le leader mondial en matière de conception novatrice de nouvelle génération.

LES CHERCHEURS PROPOSENT TROIS ÉTAPES

La première étape est prévue avant 2035. Elle consisterait à équiper les plateformes de véhicules blindés existantes à propulsion diesel d’armes électromagnétiques.

Les armes électromagnétiques, également connues sous le nom de canons à rails ou railgun, sont des projets expérimentaux qui utilisent des champs magnétiques et un courant électrique puissant pour propulser des projectiles à une vitesse incroyablement élevée, sans avoir besoin de poudre.

Ce concept n’est pas nouveau. L’Institut franco-allemand de recherches de Saint-Louis (ISL) mène les travaux dans ce domaine pour la Marine nationale et dans le cadre de partenariats européens. Les États-Unis, qui ont mené des essais, ont pour l’instant mis ce concept en attente. Le Japon a effectué en 2023 et 2025 les premiers tirs de munitions inertes avec une arme de ce type installée à bord du navire d’essai de la Force maritime d’autodéfense « JS Asukka ».

Un problème actuel non encore résolu est la chaleur intense subie par les rails au départ du coup en raison de la vitesse élevée du projectile et des frottements, ce qui oblige à les changer très rapidement (au minimum après 20 coups). Ce n’est bien sûr pas acceptable en matière opérationnelle.

Le char bénéficierait également d’une protection électromagnétique qui pourrait comprendre des brouilleurs autoprotecteurs et des systèmes à impulsions électromagnétiques conçus pour griller les circuits électroniques des menaces entrantes : drones, munitions guidées…

Un générateur diesel de 1 500 chevaux serait associé à des supercondensateurs (ou ultracondensateur, un dispositif de stockage d’énergie électrique qui se place à mi-chemin entre le condensateur classique et la batterie) et à un système de stockage d’énergie par volant d’inertie (Flywheel Energy Storage Systems, FESS) afin de fournir la puissance instantanée très élevée requise par le canon électromagnétique de 10 mJ dont la portée théorique serait de 150 kilomètres.

Une seconde génération, prévue vers 2045, porterait l’énergie du canon électromagnétique à environ 20 mJ et sa portée à quelque 300 kilomètres. Un générateur diesel de 2 000 chevaux fournirait l’énergie électrique, complétée par environ cinq tonnes d’équipements de stockage d’énergie de pointe.

Enfin, la dernière étape consisterait à intégrer l’énergie nucléaire. Les chercheurs envisagent un petit réacteur modulaire (PRM) de 10 MW refroidi par métal liquide dont le système serait conçu pour tenir dans un volume d’environ deux mètres cubes. Le véhicule utiliserait ce réacteur pour alimenter en électricité de manière continue l’arme électromagnétique, le groupe motopropulseur et les autres systèmes embarqués décrits plus avant.

Selon un ingénieur nucléaire français, « en ce qui concerne le PRM ou le SMR (Small Modular Reactor) (1), on parle de petits réacteurs “rapides” au plomb fondu — perméable aux neutrons — qui transporte la chaleur produite par le combustible, mais qui doit ensuite être évacué… ».

Le canon électromagnétique proposé aurait une énergie de tir d’environ 50 mJ permettant de donner une vitesse de 3,5 km/s au projectile lui apportant une portée maximale théorique d’environ 450 km.

C’est là où se pose un autre problème : étant donnée la portée des projectiles, il semble indispensable qu’ils soient guidés en phase terminale. Ils devraient alors avoir une électronique embarquée assez durcie pour résister à l’accélération phénoménale du départ.

Plutôt que de considérer le véhicule à propulsion nucléaire comme un programme de char immédiatement réalisable, les chercheurs examinent comment des armes toujours plus puissantes, des systèmes de protection électromagnétique et d’autres équipements électriques pourraient être intégrés progressivement au fur et à mesure du développement des technologies de production et de stockage d’énergie.

L’étude met l’accent sur l’évolution des systèmes énergétiques embarqués, les supercondensateurs, les volants d’inertie, les batteries avancées, le stockage supraconducteur et les micro-réseaux intégrés aux véhicules étant autant de technologies envisagées comme solutions potentielles pour fournir la puissance instantanée élevée requise par ces armes futures.

Bien qu’un char à propulsion nucléaire soit techniquement réalisable, sa rentabilité reste néanmoins une question fondamentale, d’autant plus que la guerre terrestre privilégie de plus en plus l’utilisation de nombreux systèmes sans pilote à bas coût plutôt que des blindés lourds très coûteux.

Comme l’a démontré la guerre russo-ukrainienne, la puissance de feu des chars de combat principaux est devenue secondaire par rapport à la capacité de se connecter à des drones, de rester mobile et d’utiliser des systèmes de protection active avancés.

En ce qui concerne les réacteurs rapides, ils ont le gros avantage de « brûler » non seulement l’U235 (concentré à 0,7 % dans la nature), mais également l’U238, et donc de multiplier par plus de cent la ressource. Toutefois, cela n’a pas grand-chose à voir avec la question de la propulsion de quelques chars…

Enfin, pour l’équipage du char, savoir qu’il a à côté de lui un « machin » avec du plomb ou du sodium fondu plutôt qu’un obus ou un drone pourrait libérer !!!

La propulsion nucléaire a deux avantages pour les sous-marins : elle ne consomme pas d’oxygène et ne nécessite pas un réapprovisionnement fréquent (et l’eau pour refroidir, il y en a…)

Pour les navires de surface (marine de guerre, brise-glace…), leur autonomie leur permet de rester en mer plus longtemps ; la seule limite étant la vie de l’équipage.

Pour des engins terrestres, cela relève pour le moment du monde de Jules Verne.