Des négociations se sont poursuivies entre les Turcs et les taliban pour la gestion des deux aéroports de Kaboul (le militaire et le civil qui sont accolés). Un accord pourrait être trouvé si Ankara se plie aux exigences suivantes : la reconnaissance du nouvel État : l’Émirat islamique d’Afghanistan par Ankara ;.

. les personnels turcs dépendront d’une société privée (il est question de société militaire privée SADAT AS International Defense Consulting déjà active au Nord de la Syrie et en Libye) – à noter que l’Ambassade turque à Kaboul est de nouveau ouverte après avoir été délocalisée pendant deux semaines à l’aéroport – ;
. des membres des forces spéciales (vraisemblablement talibanes, les nouveaux maîtres de Kaboul refusant la présence de militaires étrangers) assureront la protection des personnels turcs.

Le Qatar devrait aussi participer à ce projet. Ces deux pays sont proches des Frères musulmans mais à la différence de Riyad et du Caire, les taliban ne semblent pas être hostile à ce courant de l’islam. À la base, eux-mêmes sont proches de l’islam deobandi mâtiné de wahhabisme et de traditions tribales pachtounes.

Le président Erdoğan reste tout de même prudent attendant de voir quelle va être l’attitude des taliban à l’égard des Afghans d’origine ouzbek qu’il considère comme des « Turcs ». Il a particulièrement cité le maréchal Abdul Rachid Dostom(1) qui a été obligé de se réfugier en Ouzbekistan à la mi-août car sa sécurité était mise en danger.

Sur le plan purement technique, c’est une bonne nouvelle car l’aéroport devrait pouvoir reprendre son fonctionnement grâce à l’apport des techniciens en aéronautique turcs. Il conviendra surtout que l’aéroport soit complètement sécurisé pour éviter les tirs de roquettes comme il y en a eu le 30 août matin (vraisemblablement cinq roquettes tirées depuis un camion garé à proximité, méthode souvent employée en Irak contre les bases américaines). C’est aux taliban d’assurer cette sécurité rapprochée et ne présage en rien des affrontements qui vont les opposer à la branche locale de Daech, la wilayat Khorasan. Il est probable que les premières liaisons qui seront ouvertes auront pour destination Ankara et Doha.

Quant à la proposition de Paris et de Londres qui doit être présentée au Conseil des Nations Unies de faire de l’aéroport de Kaboul une zone humanitaire neutre gérée par l’ONU, il semble qu’elle n’ait pas beaucoup de chances d’aboutir ; elle a déjà été rejetée par le porte-parole des taliban… Mais cela valait peut-être la peine d’essayer.

 

1. Voir article du 16 août 2021 : AFGHANISTAN : Deux chefs de guerre historiques afghans se réfugient en Ouzbékistan la veille de la fuite du président Ghani au Tadjikistan.

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Texte

Alain Rodier

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