Environ 10.000 à 12.000 membres de l’« Afghan National Strike Unit », une force clandestine aussi connue sous le nom d’« Units Zero », qui ont combattu au sein des forces secrètes entraînées par la CIA pendant vingt ans en Afghanistan et qui sont aujourd’hui réfugiés aux États-Unis y sont confrontés à une insécurité administrative.

Ces combattants ont obtenu à leur arrivée des permis de travail de deux ans. Ces derniers arrivent à expiration et certains combattants craignent que leur passé de la CIA ne joue contre eux.

La plupart de ces vétérans n’ont pas reçu de visa spécial d’immigrant américain – pourtant spécialement créé pour les Afghans et les Irakiens qui travaillaient pour le gouvernement américain -. La CIA ne leur a pas délivré les justificatifs nécessaires car cela relève du secret défense…

Et sans ces visas, les anciens combattants ne peuvent pas réclamer la fameuse « carte verte » les laissant dans un vide juridique inquiétant.

Certains craignent même que les missions qu’ils ont accomplies pour la CIA ne nuisent à leurs chances de régularisation.

Selon NBC News, un ancien commandant afghan de l’« Afghan National Strike Unit », le général Mohammad Shah, a écrit le mois dernier une lettre avertissant les législateurs que ses anciennes troupes sont en « crise urgente » et plaidant pour une action pour résoudre leur statut. « Sans votre aide, nous sommes piégés ».

Cette force a joué un rôle crucial dans les efforts menés par les États-Unis pour combattre Al-Qaïda après les attentats du 11 septembre 2001 et, à mesure que la présence de leurs troupes diminuait, les États-Unis se sont de plus en plus appuyés sur les « Unités Zero » pour protéger le personnel américain et celui de la coalition, notamment à l’aéroport de Kaboul lors de l’évacuation en août 2021.

Selon un ancien officier de la CIA ayant servi en Afghanistan : « ce sont ces gars-là qui ont fait beaucoup de travail, mais leur rôle n’est vraiment pas très connu ou compris ».

Formées et supervisés par la CIA, ils ont opéré sous le voile du secret pendant toute la durée du conflit, menant des opérations de combat et sécurisant les avant-postes de renseignement.

Les volontaires pour servir dans les « Units Zero » étaient minutieusement choisis avant de les rejoindre  puis ils subissaient des enquêtes de sécurité très poussées ce qui n’était pas le cas pour  les interprètes et autres employés de l’armée américaine.

Durant toute la guerre de 20 ans, les membres des « Units Zero » n’ont jamais commis d’attaques « vert sur bleu »  contre leurs conseillers américains. Par contre, de telles attaques étaient devenues monnaie courante parmi les recrues afghanes de l’armée et de la police.

Pour leur part, les organisations de défense des droits humains ont en permanence allégué que ces forces avaient commis des abus et d’éventuels crimes de guerre, notamment des exécutions extrajudiciaires et des attaques contre des installations médicales.

Les vétérans afghans et les anciens officiers de la CIA qui ont travaillé avec eux rejettent ces allégations, affirmant que les « Units Zero » ont été formées aux lois des conflits armés et que chaque opération a été soigneusement examinée au préalable.

Le porte-parole de la CIA a déclaré que les États-Unis prenaient « très au sérieux » les allégations de violations des droits de l’homme et entreprenaient « des mesures extraordinaires, au-delà des exigences légales minimales, pour réduire les pertes civiles dans les conflits armés et renforcer la responsabilité des actions des partenaires ». Il a ajouté qu’« il existe un faux récit sur ces forces qui a persisté au fil des années en raison d’une campagne de propagande systémique des talibans ».

Mais certains pensent qu’il est à craindre que les allégations d’abus puissent saper ou retarder les efforts visant à résoudre le problème posé par le statut administratif de ces anciens combattants afghans.

Un porte-parole des services américains de citoyenneté et d’immigration a déclaré que l’administration avait récemment annoncé un processus simplifié qui permettrait aux réfugiés afghans de demander le renouvèlement de leur statut légal temporaire pour deux ans supplémentaires et de continuer à travailler aux États-Unis pendant qu’ils demandent la résidence légale permanente.

Il a précisé que « cette action fait partie de l’engagement continu de l’administration Biden-Harris en faveur de la sûreté, de la sécurité et du bien-être des milliers de ressortissants afghans arrivés aux États-Unis ».

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Texte

Alain Rodier