Le gouvernement yéménite officiel a déclaré le 3 septembre que ses troupes, épaulées par les forces spéciales saoudiennes, ont neutralisé à Seiyun, dans le gouvernorat d'Hadramaout, Mithaq Thabet Haitham al-Hujaili, alias Abou Houzaïfa al-Ansari, le porte-parole officiel du groupe État islamique (Daech). Ansari était de nationalité yéménite et serait originaire du gouvernorat de Lahij, dans le sud du pays.
Dans un communiqué, il a été précisé qu’Ansari, son garde du corps et huit civils se trouvaient dans une planque au moment de l’intervention. Ansari et son garde du corps ont brièvement échangé des tirs avec la force conjointe saoudo-yéménite. Ansari a été tué au cours de l’affrontement et son garde du corps blessé et arrêté. Les civils présents seraient indemnes. Deux ordinateurs portables, deux tablettes et cinq téléphones portables ont été saisis sur place. Leur exploitation par les services de renseignement sera certainement intéressante.
L’État islamique (EI) n’a pas réagi à l’annonce de la mort d’Ansari, bien que l’organisation finisse généralement par désigner des successeurs à ses anciens porte-paroles disparus les uns après les autres.
Il est peu probable que la mort d’Ansari ait un impact opérationnel majeur sur l’État islamique à l’échelle mondiale. Toutefois, certains observateurs pensent qu’il occupait également la fonction de « wali » (gouverneur) de l’EI au Yémen (qui ne s’est pas vu attribuer le nom de « province », car son influence sur place reste pour le moment limitée). Si cette information s’avère exacte, sa mort pourrait avoir des répercussions notables sur les opérations du groupe dans ce pays.
Ansari a assuré le rôle de porte-parole officiel de l’État islamique depuis la fin de l’année 2023, succédant à Abou Omar al-Mouhajir, qui avait été arrêté par Hayat Tahrir al-Cham (HTS) — un groupe rebelle islamiste armé qui a contribué à la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024 et qui dirige actuellement la transition politique en Syrie — en août de la même année.
En tant que porte-parole principal de l’État islamique, Ansari n’a diffusé que quelques communiqués durant son mandat. Il a notamment encouragé, plus tôt cette année, les membres du groupe présents en Syrie à poursuivre le combat contre le gouvernement de Damas, dirigé par HTS.
Sa présence au Yémen avait été signalée dans le trente-huitième rapport de l’Équipe d’appui analytique et de surveillance des sanctions de l’ONU publié en août.
Au Yémen, la branche État islamique est relativement modeste (150 activistes), comparativement à sa rivale Al-Qaïda dans la péninsule arabique (AQPA, 2 000 activistes), mais elle est un maillon important pour l’organisation à l’échelle mondiale. Comme le souligne le rapport cité précédemment, cette branche « facilite le transfert de ses membres vers le Sahel, témoignant d’une orientation tournée vers l’extérieur malgré une présence locale limitée ».
Ce cas constitue également un nouvel indicateur de la diversification géographique du commandement central de l’État islamique — une évolution similaire qu’Al-Qaïda a dû connaître dans les années 2010 — alors que les bastions de Daech en Irak et en Syrie se sont affaiblis.
À titre d’exemple, un autre haut responsable de l’organisation, Abou Bilal al-Minuki, a été tué au Nigeria aux côtés de plusieurs autres commandants supérieurs fin 2025-début 2026 lors d’une opération américano-nigériane.
Actuellement, le groupe État islamique concentre plus de 80 % de ses activités opérationnelles en Afrique (1), particulièrement au Sahel et dans la région du lac Tchad. Il se fait plus discret dans ses bastions d’origine en Syrie et en Irak, mais de nombreuses cellules dormantes seraient prêtes à l’action si l’occasion se présente, particulièrement en profitant du départ des dernières forces occidentales prévu à la fin septembre. Ses bases arrière considérées comme sûres sont situées en Afghanistan, au Pakistan et en Asie du Sud. Il est en concurrence sur tous les terrains avec Al-Qaïda, un antagonisme qui date de sa création officielle en 2014.
