Le président Donald Trump a annoncé le 12 juin que l’armée américaine avait neutralisé Hector Rusthenford Guerrero Flores, alias Niño Guerrero (« enfant guerrier »), le chef du gang vénézuélien Tren de Aragua (TdA), une importante organisation criminelle d’Amérique latine. Il a été tué au cours d’une opération militaire menée en étroite coordination avec le Venezuela dirigé par la présidente par intérim Delcy Rodriguez depuis la capture de Nicolás Maduro par les États-Unis en janvier (1).

Selon le communiqué de Caracas, le chef de gang a été neutralisé lors des confrontations avec les membres de ces structures criminelles, les États-Unis fournissant un soutien technologique spécialisé. Il n’empêche que l’intéressé a été pulvérisé par une munition air-sol américaine.

À noter que le régime vénézuélien de Maduro a entretenu des relations ambiguës avec le crime organisé (2). Cela dit, tous les gouvernants latino-américains sont confrontés à une criminalité très puissante qui a parfois plus de moyens financiers que les services de l’État. Il lui est ainsi possible de soudoyer du haut en bas de l’échelle sociale. La tentation de composer pour les dirigeants est donc grande.

Hector Rusthenford Guerrero Flores, âgé de 42 ans, avait été inculpé par un tribunal à New York en 2025 avec 69 autres membres présumés de son organisation pour avoir « ordonné, dirigé et facilité des actes de terrorisme et des violences aux États-Unis ». En effet, en 2024, une dizaine de membres du TdA avaient été impliqués dans des actions illégales à New York et même dans des affrontements meurtriers à l’arme à feu. Il semble que ce groupe tentait de se faire une place dans le milieu new-yorkais déjà saturé par les organisations criminelles de toutes sortes (les cinq familles de la Cosa Nostra, les gangs de rue, etc.).

Niño Guerrero a commencé sa carrière criminelle dans l’État vénézuélien d’Aragua au début des années 2000. Après plusieurs années de trafic de drogue et de commerce d’objets volés à petit niveau, il a été arrêté en 2010 sous trois chefs d’homicide.

Il a été envoyé à la prison d’État de Tocorón où il a séjourné deux ans avant de s’en échapper. Après un an de cavale, il a été rattrapé et renvoyé à Tocorón. Il y a alors fondé le gang Tren de Aragua en recrutant des détenus et en transformant l’établissement pénitentiaire en sorte de résidence de luxe (piscine, boîte de nuit « Tokyo », jardin d’enfants…) tout en l’utilisant comme son quartier général criminel.

Niño Guerrero logeait dans une maison de deux étages à l’intérieur même de la prison. Les proches des prisonniers vivaient également à Tocorón et des criminels recherchés venaient même s’y cacher. Les détenus du gang pouvaient entrer et sortir à leur guise par des tunnels secrets.

Comme d’habitude dans de nombreux pays d’Amérique latine, le personnel pénitentiaire n’avait pas vraiment le choix, soumis à la règle héritée de Pablo Escobar, le parrain colombien : « Plata o plomo » (De l’argent ou du plomb.) À noter que non seulement les gardiens étaient menacés, mais aussi leur famille…

Sous sa direction, le groupe a commencé à s’étendre au-delà des barreaux, plusieurs de ses membres libérés étant chargés de former de nouvelles cellules criminelles extérieures.

Ainsi, le TdA s’est répandu dans tout le Venezuela et bien au-delà en profitant des flux de migrants vénézuéliens fuyant la crise économique vers la Colombie, l’Équateur, le Chili et le Pérou. Dans ces pays, il est devenu l’ennemi public numéro 1 en concurrençant les organisations criminelles locales dans tous les domaines : trafic de drogue, d’êtres humains, prostitution, enlèvements, tueurs à gages, etc. Au Venezuela, il s’est livré à des activités minières illégales, en particulier à l’extraction clandestine d’or.

Même si ces nouvelles cellules extérieures jouissaient d’un certain niveau d’autonomie, elles devaient répondre de leurs activités et payer une dîme à Niño Guerrero ainsi qu’à la direction de l’organisation toujours basée dans le centre pénitentiaire de Tocorón. Il avait l’habitude de dire à ses adversaires : « Moi, je suis en sécurité derrière les murs de la prison. Quant à vous, vous pouvez être sûrs que je viendrai vous chercher où que vous soyez… »

Toutefois, l’expansion du TdA à l’international a fini par irriter les autorités politiques du continent américain.

Face à la pression croissante qui a suivi et pour augmenter sa popularité avant sa réélection, le président Nicolás Maduro a lancé une opération de nettoyage de la prison de Tocorón. Le 20 septembre 2023, 11 000 policiers et militaires ont investi les lieux, détruit piscine, boîte de nuit, restaurant clandestin… et transféré les détenus dans d’autres prisons. Mais Niño Guerrero est parvenu à s’enfuir par les tunnels secrets qui donnaient sur l’extérieur (3).

Ayant perdu son quartier général, les cellules — qui étaient déjà semi-autonomes — sont devenues plus indépendantes, beaucoup utilisant encore comme image de marque le nom de Tren de Aragua devenu célèbre. L’appellation aurait même été usurpée par des groupes criminels extérieurs…

Aujourd’hui, bien que le Tren de Aragua soit une organisation fragmentée, le gouvernement américain l’a utilisé pour justifier sa politique anti-immigration et sa lutte contre le régime de Maduro.

À son habitude, le secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a vanté l’opération de neutralisation de Niño Guerrero, qui « souligne l’engagement commun entre les deux pays à mener la lutte contre les narcoterroristes et à leur refuser tout refuge dans notre hémisphère. Nous continuerons à travailler en étroite collaboration avec des partenaires de sécurité, tels que le Venezuela et la coalition contre les cartels des Amériques ».

Cette organisation, aussi connue sous le nom de « el Escudo de las Américas » (« le bouclier des Amériques »), réunit l’Argentine, la Bolivie, le Chili, le Costa Rica, l’Équateur, le Salvador, le Guyana, le Honduras, le Panama, le Paraguay, la République dominicaine, Trinidad et Tobago et, bien sûr, les États-Unis. Curieusement, le Canada, le Mexique, le Brésil, le Venezuela et la Colombie sont absents, bien qu’étant les plus confrontés aux cartels…

1. Voir « Coup de main audacieux US sur le Venezuela », du 5 janvier 2026.
3. Voir « Évacuation d'une prison au Venezuela », du 22 septembre 2023.