Al-Baghdadi, le chef de l’état islamique, est apparu récemment dans une vidéo de propagande, destinée à remonter le moral de ses troupes.

Abou Bark Al-Baghdadi (Ibrahim Awad Ibrahim al-Badri, né en 1971 à Samara, en Irak), le « calife » du proto-État islamique qui n’était apparu publiquement que le 4 juillet 2014 pour proclamer la création de son « califat » depuis Mossoul, a émis une vidéo de 18 minutes tournée entre le 9 et le 21 avril, puis complétée par une séquence audio, diffusées sur le site de Daech, Al-Furqan. Il y reconnaît que « la bataille de Baghouz est terminée » et affirme que « beaucoup d’autres choses vont arriver après cette bataille ». Fait important, il dit mener une « guerre d’usure » ; ses fidèles doivent comprendre que leur combat s’inscrit dans le temps long. « Allah nous a ordonné le Djihad, mais pas la victoire », précise-t-il.

Avec cette apparition, il veut montrer à ses adeptes qu’il est toujours aux commandes ; le gilet de chasse qui couvre sa tunique et l’arme à côté de lui démontrent qu’il assume ses fonctions de chef militaire en sus de celles de leader religieux et politique qui étaient au centre de sa première apparition. Il se félicite de l’opération Revanche pour le Cham, lancée début avril qui aurait connu, au moment de son intervention médiatique, 92 actions dont celle du 9 avril à Fuqaha en Libye…

Il cite aussi de nombreux martyrs ayant combattu à Raqqa et à Mossoul, avec une mention pour les frères Clain. Par ces propos, il veut prouver qu’il se tient informé de ce qui se passe sur le terrain et qu’il ne vit pas reclus et caché au fond d’une grotte. Il dit avoir accepté l’allégeance de militants du Burkina Faso, du Mali (celle d’Abou Walid al-Sahraoui, l’émir de l’EI dans le Grand Sahara qui avait fait sa « demande » il y a deux ans) et d’Afghanistan. Des dossiers lui sont présentés concernant les wilayas de Somalie, du Yémen, du Caucase et de Turquie. Rien n’étant laissé au hasard, le message est clair pour ses militants : accentuer la lutte dans ces pays.

Il évoque la chute des présidents soudanais et algérien, affirmant que le djihad est la seule solution pour abattre les « tyrans ». En cela, il marque sa différence avec Al-Qaïda « canal historique » qui a « félicité » les peuples qui se sont révoltés pacifiquement contre leurs dirigeants.

Ce n’est que dans l’enregistrement audio ajouté ultérieurement qu’il évoque les attaques du 21 avril au Sri Lanka qui auraient été menées pour venger la prise de la ville syrienne de Baghouz. Il cite aussi une tentative d’attaque d’un centre de sécurité en Arabie Saoudite, qui a échoué à la même date.

Bien qu’ayant été annoncé mort (en 2017 par les Russes) ou gravement blessé (à plusieurs reprises), il paraît en bonne santé, avec une barbe teinte et, comme Ben Laden, un fusil d’assaut AKS-74U à ses côtés. Par contre, sa cartouchière semble être explosive car, en plus des chargeurs, un stylo allumeur à goupille est visible. Là également, il montre l’exemple à ses fidèles : préférer le martyre au déshonneur.

Al-Baghdadi a une prime de 25 millions de dollars sur sa tête. Selon l’AFP, pour plus de sécurité, il se déplacerait en permanence avec un chauffeur (Abdellatif al-Joubouri), son frère aîné Joumouaa et un agent de liaison Saoud al-Kurdi (un pseudonyme). À n’en pas douter, son apparition dans cette vidéo est destinée à mobiliser ses troupes pour qu’elles relancent, partout où elles le peuvent, des actions offensives.

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Alain Rodier

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