Le 05 juin 2020, Florence Parly annonçait la mort de l’émir historique d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), Abdelmalek Droukdel. Le 07 juin, l’auteur écrivait sur le site Atlantico : « Le remplaçant de Droukdel pourrait être Abou Obeida Youssef al-Annabi, depuis 2011 chef du Majliss Al-Choura (Conseil) d’AQMI. Il est connu pour avoir appelé en 2013 les ‘musulmans dans le monde entier [à] attaquer les intérêts français’… ». En septembre 2015, le Département d’État américain l’avait inscrit sur sa liste des « terroristes internationaux ». Ce personnage était bien connu des spécialistes et avait même été interviewé (par échanges écrits) par le journaliste de France 24, Wassim Nasr. Le 21 novembre, le média de propagande islamique Al-Andalus annonce sa désignation comme nouvel émir d’AQMI.

AQMI a sa base historique en Kabylie, à l’est d’Alger. Il existe aussi quelques groupes disparates à l’ouest et au sud de la capitale, mais ils sont relativement peu actifs, cherchant surtout à survivre sous les coups portés par les forces de sécurité algériennes. AQMI a essaimé à partir de 2011 plus à l’est, passant en Tunisie et en Libye voisine où Ansar al-Charia lui serait favorable.
Plus au sud, dans le Sahel, c’est le domaine du Groupe pour le soutien de l’islam et des musulmans » (GSIM, Nusrat al-islam wal Muslimeen) emmenés depuis le 2 mars 2017 par Iyad Ag-Ghali, le chef d’Ansar Dine. Ses alliés sont le Peul Amadou Diallo alias Amadou Koufa, chef du Front de libération du Macina (FLM), la Katibat Al-Mourabitoune dont les chefs connus ont disparu et Abderrahmane Sanhaji, cadi (juge) d’AQMI. Lors de sa création, cette alliance s’était résolument rangée sous l’autorité d’Al-Qaida « canal historique » et son maillon de transmission au Maghreb, AQMI. Ces deux structures s’étaient félicitées de cette alliance qui devrait permettre d’étendre l’influence jihadiste du Mali au Burkina Faso, au Niger, à la Côte d’Ivoire, en Guinée et peut-être au Sénégal. Une partie de leurs vœux s’est réalisée. Droukdel séjournait fréquemment au Sahel ce qui montre qu’il jouait un rôle important et unificateur dans la région, en direction des différentes tribus présentes sur zone (il a été tué en compagnie d’un chef dogon).

a/s Abou Obeida Youssef al-Annabi

Né en 1969 à Annaba en Algérie, il est l’un des premiers à rejoindre le GIA en 1992-93 puis, à sa création en 1998, le Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC). Il participe à la formation d’AQMI en 2007 dont il devient le responsable idéologico-religieux. C’est lui qui a résolument tourné le mouvement vers Oussama Ben Laden. Il est placé à la tête du Majlis al-Choura en 2010. À ce titre, il renouvelle l’allégeance d’AQMI à Zawahiri lorsque ce dernier succède à Ben Laden tué en 2011. Bien que considéré comme le « numéro deux » d’AQMI, il s’oppose parfois à Droukdel ayant même failli le remplacer en 2013.
Il se montre particulièrement anti-français appelant à la guerre sainte suite au déclenchement de l’opération Serval. Il renouvelle régulièrement ses menaces contre la France et se montre partisan de l’internationalisation du Jihad – dans la droite ligne d’Al-Qaida « canal historique » -.
Quant aux relations d’AQMI (et par voie de conséquence du GSIM) avec l’État islamique au grand Sahara (EIGS), il juge ses chefs comme « illégitimes » mais encourage ses activistes à ne « pas poursuivre dans l’erreur » et à rejoindre le GSIM.

Idéologue salafiste ayant trente ans d’expérience de la vie clandestine et du jihad armé, Abou Obeida Youssef al-Annabi est un rude adversaire qui va poursuivre l’œuvre de son prédécesseur. La guerre au Sahel n’est pas près de s’arrêter.

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Alain Rodier

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