Le « SITE Intelligence Group » qui suit notamment les mouvements jihadistes a affirmé le 11 février que Khalid Batarfi alias Abou Miqdad el-Kindi, l’émir d’al-Qaida dans la Péninsule arabique (AQPA) depuis février 2020, était toujours aux commandes de cette importante branche d’Al-Qaida. Il avait succédé à Qassem al-Rimi neutralisé par une frappe aérienne US le même mois.

En effet, Bartafi apparaît dans une vidéo diffusée par « Al Malahem Media » où il fait état de l’attaque du 6 janvier 2021 dirigée contre le Congrès par des partisans du président Donald Trump. Il déclare même à ce propos que ce n’est que : «la pointe de l’iceberg de ce qui les attend, si Dieu le veut ». Par ailleurs, il critique la décision des « tyrans arabes » d’avoir noué des relations avec le pire ennemi de l’islam et des musulmans, les « occupants juifs » (Israël). Il évoque aussi une série de calamités naturelles et la Covid-19 voyant là la « volonté de Dieu de punir les oppresseurs ». Il ajoute que les Américains ont été obligés de négocier avec les taliban car ils ont été « saignés militairement et économiquement » (en Afghanistan) mais aussi en Somalie et ont été visés jusque sur leur territoire évoquant des actions terroristes individuelles.

Curieusement, un rapport rendu par l’équipe d’appui analytique et de surveillance des sanctions prises par l’ONU à l’égard d’al-Qaida et de l’État islamique a affirmé au Conseil de sécurité des Nations unies au début février que Batarfi avait « été arrêté en octobre au cours d’une opération à Gheïda (province de Mahra)». Il est vraisemblable que la personne arrêtée est un autre membre du groupe djihadiste. Il n’empêche que si cette erreur est confirmée, cela ne peut que poser question. En effet, si les dirigeants de la planète reçoivent le même type de renseignement et prennent des décisions en conséquence, il y a de quoi être extrêmement inquiet.

Créé en 2009, AQPA est considérée comme une redoutable branche d’Al-Qaida « canal historique » qui, en plus, serait chargée des « opérations extérieures » menées par la nébuleuse dans des zones où elle n’est pas présente en permanence (États-Unis, Europe).

Par le passé, AQPA a revendiqué de nombreuses attaques (et tentatives) terroristes à l’étranger. Anwar al-Awlaqi, un prêcheur américain d’origine yéménite a été neutralisé au Yémen en septembre 2011 avait inspiré de nombreux adeptes dont le plus célèbre est le major Nidal Malik Hasan qui a tué treize personnes (et en a blessé 30 autres) sur la base militaire de Fort Hood le 5 novembre 2009. Le 7 décembre 2019, un stagiaire saoudien a fait trois morts dans la base aéronavale de Pensacola en Floride. L’affaire a été attribuée à AQPA.

L’attaque de l’hebdomadaire Charlie Hebdo à Paris le 7 janvier 2015 qui a fait douze tués et onze blessés avait été programmée depuis le Yémen où un des terroristes avait séjourné.

Au Yémen, AQPA profite du chaos provoqué par la guerre civile en cours depuis 2014 pour renforcer son implantation dans le sud et le sud-est du pays. AQPA s’oppose aux rebelles houthis, aux forces gouvernementales et de la coalition emmenée par les Saoudiens et les Émirats arabes unis et à Daech.

Depuis l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche, les États-Unis avaient intensifié les opérations offensives dirigées contre ce groupe. Le conseiller à la sécurité nationale du président Joe Biden a déclaré que les opérations ciblées contre AQPA au Yémen allaient se poursuivre. Donc rien de changé de ce côté là….

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Alain Rodier

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