La situation dans la province d’Idlib n’évolue pas.

Malgré les déclarations martiales de Damas affirmant que le dernier bastion rebelle d’Idlib allait être réduit, la situation n’a pas évolué depuis un an. Les forces gouvernementales exercent toujours une pression sur le sud, mais elles n’ont pas les moyens humains pour progresser, même avec l’appui de l’aviation russe. Les milices chiites dirigées par Téhéran ont refusé de s’engager sur ce théâtre, jugé trop imprévisible.

Les rebelles sont répartis en deux formations principales1 : le Hayat Tahrir al-Cham (HTC), qui a rompu avec Al-Qaïda, et le Hilf Nusrat al-Islam, une coalition formée autour d’Ansar al-Tawhid (ex-Jund al-Aqsa) dirigé par Abou Diyab al-Sarmini et du Hurras al-Din (HAD), deux groupes dont les émirs ont renouvelé leur allégeance à Ayman al-Zawahiri.

Alors que les États-Unis semblaient se désintéresser de cette zone, faisant effort sur les régions contrôlées par leurs alliés des Forces démocratiques syriennes (FDS) situées majoritairement à l’est de l’Euphrate, à partir de l’été 2019, ils ont mis à prix la tête de plusieurs membres de ce qu’ils dénomment Al-Qaïda en Syrie (AQ-S), c’est-à-dire les mouvements de la coalition cités plus haut. Ils ont désigné l’Égyptien Abou Abd al Karim al-Masri du HAD, mais aussi négociateur qui a permis de faire la paix avec le HTC ; le Syrien Samir Hijazi, alias Farouq, qui a connu l’Afghanistan dans les années 1990 et qui est présenté comme l’émir du HAD2 ; enfin, le Jordanien Sami al-Uraydi, alias Abou Mahmoud, un idéologue du HAD souvent cité par Zawahiri dans ses discours. L’aviation américaine a procédé, fin août, à des frappes contre des installations d’Ansar al-Tawhid.
À n’en pas douter, Washington a opéré avec l’accord d’Ankara et a vraisemblablement prévenu Moscou, dont l’aviation contrôle cette zone.

 

1. Il convient de rajouter la coalition soutenue par Ankara : le Front national de libération, qui rassemble des éléments de l’Armée syrienne libre, et le Front de libération de la Syrie, qui a sous sa coupe Ahrar al-Cham et Noor al-Din al-Zenki.

2. Ce titre est aussi attribué à Abou al-Qassam, alias Khalid al-Aruri

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Alain Rodier

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