Depuis le début de son second mandat, le président américain, Donald Trump, a tenté d’influencer la politique de sécurité des pays d’Amérique latine et des Caraïbes pour mieux combattre le crime organisé, qui est endémique dans cette région.

Toutefois, un rapport publié le 27 mai par Armed Conflict Location & Event Data (ACLED), une organisation à but non lucratif qui se consacre à la collecte et à la cartographie des données sur la violence dans le monde et dont le siège se situe aux États-Unis, a fait état d’une recrudescence de la violence entre les forces de sécurité et les groupes criminels.

Ce rapport vise à quantifier l’impact de la « doctrine Monroe », c’est-à-dire les efforts de l’administration Trump pour réaffirmer la domination nord-américaine sur l’Amérique latine et les Caraïbes et pour influencer la manière dont les gouvernements gèrent leur problématique de sécurité.

Depuis son arrivée à la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump a privilégié l’action militaire tous azimuts (en contradiction totale avec ses déclarations de campagne) et, en particulier, contre les organisations de narcotrafiquants. Il a non seulement utilisé les réseaux sociaux pour menacer d’interventions militaires et de sanctions économiques afin d’obliger les gouvernements de la région à se conformer à son programme de sécurité, mais il a également été jusqu’à enlever le président vénézuélien Hugo Chávez et son épouse pour les faire comparaître devant les tribunaux américains pour « narcoterrorisme ».

Il semble souhaiter faire la même chose à Cuba pour arrêter Raúl Castro (âgé aujourd’hui de 95 ans) mais pour d’autres charges. En réalité, c’est un symbole qu’il veut abattre pour venger l’humiliation infligée par la révolution cubaine aux États-Unis en 1959 – et surtout pour avoir réussi à subsister jusqu’à aujourd’hui. –

Ainsi, en mars, le président Trump a réuni douze dirigeants régionaux à Miami lors du sommet « Bouclier des Amériques ». Les participants se sont engagés à œuvrer ensemble pour « éradiquer les cartels criminels » par la force.

Mais, problème, la Colombie, le Mexique et le Brésil, à savoir les principaux foyers de la criminalité organisée latino-américaine, n’étaient pas présents à ce sommet, car leurs dirigeants politiques apprécient très modérément la manière de se comporter du « matamore nord-américain ».

Cette réunion s’inscrivait dans la continuité des frappes aériennes meurtrières que l’armée américaine a commencé à mener en septembre 2025 contre des embarcations soupçonnées de se livrer au trafic de drogue dans les Caraïbes et le Pacifique. Plus de 200 personnes ont été tuées lors d’une soixantaine de frappes qualifiées d’« exécutions extrajudiciaires » par les organisations de défense des droits humains. Washington se retranche derrière le fait que les organisations criminelles ciblées sont désormais qualifiées de « groupes terroristes » depuis la publication d’un décret par Donald Trump (1). Cette législation permet de neutraliser, quand cela est nécessaire, ces individus considérés comme des terroristes sans passer par la case justice.

DES CONFRONTATIONS PLUS FRÉQUENTES ET PLUS MEURTRIÈRES

Le rapport estime que la stratégie sécuritaire de Trump a créé en Amérique latine et dans les Caraïbes un climat propice aux affrontements meurtriers entre les forces de l’ordre et les groupes criminels.

Même si la violence en Amérique latine est un phénomène historique (2), l’ACLED a constaté une augmentation de 18 % des affrontements entre les forces de sécurité et les groupes armés en Amérique latine et dans les Caraïbes en 2025.

Ces opérations ont fait près de 7 000 morts, soit le bilan le plus lourd enregistré par l’ACLED depuis 2018.

Les autorités du Guatemala, de Trinité-et-Tobago et de la Jamaïque, toutes signataires de l’initiative « Bouclier des Amériques », ont connu près de deux fois plus d’affrontements avec des groupes armés en 2025, et le nombre de morts lors de ces affrontements a également explosé.

Toutefois, l’Équateur, autre membre du « Bouclier des Amériques », qui a mené des frappes aériennes contre des cibles présumées du crime organisé avec l’aide des États-Unis, a vu le nombre des confrontations diminuer légèrement, passant à 212 en 2025 contre 225 l’année précédente. Cependant, le nombre de morts a bondi de 111 à 135.

Selon l’ACLED, cette augmentation est la conséquence d’un « climat d’impunité » directement lié au « mépris manifeste [de Trump] pour le droit international et les droits humains ».

Mais il convient de noter que même les pays non alignés sur la politique sécuritaire de Washington ont constaté une recrudescence de la violence armée.

En Colombie, le gouvernement a progressivement abandonné les négociations avec diverses factions criminelles depuis 2024 dans le cadre de son initiative « Paix totale » et les affrontements avec les forces de sécurité se sont multipliés. En 2025, alors que l’administration Trump et le président Gustavo Petro s’affrontaient sur le bilan de ce dernier en matière de sécurité, l’ACLED a recensé 890 affrontements ayant entraîné 542 morts, contre 517 affrontements et 351 morts en 2024. Le deuxième tour de l’élection présidentielle prévu le 21 juin risque de changer la donne…

Parallèlement, la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum a rompu avec la stratégie de sécurité relativement laxiste de son prédécesseur, qui était basée sur le principe « des câlins plutôt que des balles ». À la grande satisfaction de Donald Trump, elle a adopté une attitude plus agressive à l’égard des groupes criminels sous la pression de son opinion intérieure.

Le résultat a été immédiat : les affrontements entre les forces de sécurité et les groupes criminels au Mexique ont bondi à 1 068 en 2025 contre 844 l’année précédente. Le nombre de décès a également augmenté à 871 contre 802 en 2024.

LES GROUPES CRIMINELS S'ADAPTENT À LA GUERRE MODERNE

Face aux offensives gouvernementales, le rapport a constaté que les groupes criminels — à l’image de ce qui se passe en Ukraine, en Iran et au Liban — se sont à la fois adaptés et fragmentés. Comme dans ces zones de guerre, les déclarations de « victoire » sont illusoires.

La priorité accordée à la neutralisation des chefs de gangs criminels a créé des vides de pouvoir, entraînant une recrudescence de la violence entre et au sein de ces gangs pour des raisons de succession.

De nombreux leaders se sont expatriés pour se mettre à l’abri, d’où ils continuent à diriger leurs opérations.

Sandra Pellegrini, analyste chez ACLED et coauteure du rapport, précise : « Le recours aux drones leur permet de s’exposer beaucoup moins […] Nous constatons leur utilisation dans le cadre d’affrontements entre gangs ou d’attaques contre des civils. »

Les groupes criminels les utilisent aussi pour attaquer les forces de sécurité. Ainsi, au Mexique, le nombre de cas a augmenté de plus de 600 % entre 2023 et 2025.

De même, en Colombie, des groupes armés ont utilisé des drones à 107 reprises pour s’en prendre aux forces de sécurité en 2025 contre une seule fois en 2023 !

Comme dans tous les conflits armés — car le crime organisé est vraiment « en guerre » —, il n’y a pas de solution miracle, mais des évolutions (et parfois des révolutions) technologiques qui bouleversent les poncifs habituels. Or, la criminalité internationale a toujours su évoluer avec son époque, ayant souvent un coup d’avance sur ses adversaires, car non sujette à des barrages administratifs de la société légale.

Enfin, quant à la politique de Donald Trump en Amérique latine, qui s’inspire de la doctrine Monroe mentionnée plus tôt, elle ne va certainement pas arranger l’image de marque des États-Unis… Mais là aussi, ce n’est pas nouveau : les Sud-Américains ont un besoin vital des dollars, mais détestent les « Yankees ».