Le président Emmanuel Macron a annoncé le 24 septembre que la France dépêcherait des moyens militaires pour protéger le port de Yanbu, qui donne sur la mer Rouge en en Arabie saoudite : « Nous allons envoyer des moyens militaires, c'est-à-dire des soldats, des radars, des systèmes de défense pour protéger ce site. » En ce qui concerne l'éventualité de déployer des avions de chasse Rafale, le président de la République a indiqué qu'on « verra l'évolution et selon les besoins […] on en a dans la région ».

Interrogé, le ministère des Armées a dit qu’il ne « commentera pas dans le détail la nature, le volume ou la localisation des capacités et des moyens qui seraient ou pourraient être déployés ». Il a cependant précisé : « Nous entretenons un dialogue étroit avec le partenaire saoudien afin d’affiner avec lui les besoins et les moyens nécessaires à la protection des installations et des infrastructures critiques. […] Notre engagement dans la région s’inscrit avec constance dans une logique strictement défensive de stabilité régionale et de protection de nos intérêts et partenaires. »

DES RELATIONS ANCIENNES, MAIS DISTENDUES

La France, qui a dans le passé entretenu des liens forts avec le royaume en lui vendant en particulier des armements dans les années 1970-1980, a également participé — au sein d’une importante coalition internationale emmenée par les Américains — à la première guerre du Golfe (1990-1991) depuis son territoire pour repousser la menace irakienne qui venait d’envahir le Koweït. Mais, malgré quelques beaux contrats encore remportés ces dernières années, les relations se sont distendues, Riyad accordant la priorité à Washington avec laquelle un accord de défense existe.

Pour la petite histoire, les matériels blindés de type AMX AuF1 et AMX-10P vendus à l’Arabie saoudite au milieu des années 1970 (2 000 militaires français ont été stationnés comme conseillers au sein de l’École des blindés saoudienne) ont été pour la plupart dispatchés dans le désert par crainte de bombardements israéliens. L’armée de terre saoudienne était alors essentiellement composée de troupes étrangères, majoritairement des Pakistanais.

LE PORT DE YANBU

À noter que le port de Yanbu n’est que le débouché du pipeline Est-Ouest de 1 200 kilomètres et il n’a pas été le seul à être frappé par les drones et missiles des rebelles yéménites.

Ainsi, des photos satellites diffusées le 13 septembre semblaient montrer une station de pompage sur le pipeline saoudien gravement endommagée, après des attaques de drones le 11 septembre.

Globalement, la baisse du flux de pétrole en provenance d’Arabie saoudite, premier exportateur mondial, va aggraver la crise de l’offre mondiale, qui a déjà poussé les prix mondiaux du carburant à des niveaux record et stimulé l’inflation dans le monde entier.

Cet épisode survient alors que les Houthis alignés sur l’Iran au Yémen ont lancé des attaques et capturé l’ensemble des côtes occidentales du pays, le port de Mokha, les îles Hanish et Périm dans le détroit de Bab el-Mandeb, facilitant ainsi leur contrôle de la voie navigable étroite (1).

Le blocage de cet itinéraire va impacter durement l’Égypte, qui va voir le trafic dans le canal de Suez diminuer drastiquement, voire s’interrompre… Le manque à gagner sera énorme pour ce pays de 120 millions d’âmes.

Parallèlement, ils ont lancé des attaques de drones et de missiles qui ont forcé l’arrêt du pipeline Est-Ouest cité plus avant. Riyad n’a pas donné de détails sur l’étendue des dégâts ou sur la durée de l’arrêt de son fonctionnement.

Les estimations des experts sur le temps nécessaire pour réparer le pipeline vont de six semaines (reprise alors prévue à la mi-novembre) à une dizaine de jours, tout en indiquant que le pompage pourrait éventuellement reprendre partiellement pendant les réparations.

Au cours des six derniers mois, ce pipeline a minimisé l’impact du blocage du détroit d’Ormuz pour Riyad alors qu’il a paralysé les exportations des pays voisins.

Il a permis de rediriger environ 3,2 millions de barils par jour vers le port de Yanbu.

Dans un premier temps, l’Arabie saoudite a utilisé ses capacités de stockage de Yanbu, mais aussi dans les ports égyptiens d’Ain Sukhna sur la mer Rouge et de Sidi Kerir sur la Méditerranée, pour continuer à fournir ses clients, mais ces dernières s’amenuisent rapidement.

QUE PEUT PROPOSER LA FRANCE ?

La France est présente sur zone depuis longtemps, en particulier à Djibouti, au débouché de la mer Rouge. Ses frégates ont déjà participé à des protections de navires contre des tirs houthis fin 2023-2024, mais la France ne s’est pas engagée directement dans les frappes aériennes américano-britanniques de 2024-2025 (ni avec les Israéliens) contre les bases des rebelles yéménites.

S’il s’agit de défendre la zone industrielle du port de Yanbu, il est possible qu’une frégate antiaérienne soit dépêchée pour patrouiller à proximité.

La France en dispose de deux de classe « Horizon » et pourrait aussi déployer la toute nouvelle frégate de défense et d’intervention « Amiral Ronarc’h » pour sa première sortie opérationnelle.

En matière de défense antiaérienne terrestre, la France possède le système SAMP/T (système sol-air moyenne portée/terrestre), communément appelé Mamba.

En service depuis 2010, le système d’armes est constitué d’une batterie équipée d’un radar Arabel, d’un véhicule d’engagement et d’un véhicule lanceur pour ses missiles Aster. Selon le ministère des Armées, il peut intercepter, sur 360° et en simultané, « une large gamme de menaces, avions, missiles de croisière, drones et missiles balistiques [de moyenne portée] ». Sa zone de protection est de l’ordre de 80 km de rayon et 20 km d’altitude.

Paris avait annoncé en mai avoir projeté « plusieurs systèmes SAMP/T dans la région [du Moyen-Orient] ».

Mais la France ne possède que huit batteries. Entre celles déjà envoyées dans le Golfe et celles nécessaires à la surveillance de la menace russe en Europe de l’Est, les choix sont délicats à faire.

Les missiles transportables antiaériens légers « Mistral » 1, 2 et 3 sur véhicules pourraient être également déployés. Ils sont beaucoup moins chers, mais leurs performances sont limitées (entre 5 et 5 kilomètres pour une altitude allant de 3 000 à 6 000 mètres).

Mais derrière l’initiative française, il est vraisemblable que Paris tente de revenir dans les bonnes grâces du royaume qui, en plus des Américains, s’est tourné vers d’autres interlocuteurs (2). Il faut reconnaître que Washington a fortement déçu Riyad en refusant d’aider à la défense de l’espace aérien saoudien malgré l’accord de défense qui existe…

LA FRANCE N'EST PAS TOUTE SEULE

La Grande-Bretagne devrait déployer un ravitailleur en vol pour se joindre aux chasseurs saoudiens qui surveillent l’espace aérien du royaume.

Le ministre de la Défense, Luke Pollard, a indiqué que l’avion Voyager de la Royal Air Force (RAF), opérant depuis une base britannique à Chypre, effectuera bientôt des opérations de « ravitaillement en vol » à la demande de Riyad.

Il a ajouté que le soutien était destiné aux missions saoudiennes « purement défensives » et serait limité dans le temps pour « quelques semaines, plutôt que quelques jours […] Les mesures défensives que l’Arabie saoudite mènera contre les Houthis couvriront une série d’activités, y compris celles d’abattre ces drones et missiles », insistant sur le fait que le soutien britannique était pleinement conforme au droit international humanitaire et visait à « rester fidèle à nos alliés ».

Cet avion Voyager fait partie d’une flotte de neuf appareils — huit militaires et un civil — que met en œuvre la RAF.

La RAF dispose également de cinq autres avions disponibles mobilisables si nécessaire.

Le Premier ministre britannique Andy Burnham a lié la pression sur le coût de la vie à la décision de Londres : « Je reviens sur le point que j’ai soulevé concernant les pressions liées au coût de la vie et l’action pour protéger les intérêts de la Grande-Bretagne et de la région au sens large […] Parce que bien sûr, l’Arabie saoudite a subi des attaques, envisage d’autres perturbations, et nous devons garder ces voies ouvertes, d’où notre accord à la demande. » Le soutien britannique « garantirait qu’il n’y ait pas d’escalade supplémentaire en mer Rouge, ce qui pourrait encore mettre en danger nos prix du carburant ». Comme on le voit, les préoccupations de Londres sont identiques à celles de Paris, mais, pour le moment, la Grande-Bretagne ne peut pas aligner trop de forces à l’extérieur du fait des importantes difficultés techniques, humaines et financières que rencontrent ses forces.

Le ministre de l’Énergie, Martin McCluskey, a bien déclaré à la mi-septembre aux députés que le Royaume-Uni « fournissait un soutien de défense aérienne » à l’Arabie saoudite via le partenariat de défense qu’il entretient, bien qu’il n’ait pas été évoqué d’activités militaires opérationnelles.

En 2024-2025, la Grande-Bretagne avait délivré des bombardements conjoints avec les États-Unis sur des positions houthies au Yémen.

À l’époque, le Premier ministre, Rishi Sunak, avait affirmé que le Royaume-Uni « avait agi en légitime défense » après que les Houthis ont attaqué des navires en mer Rouge, y compris un navire de guerre de la Royal Navy.

Le secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, n’est pas resté muet. Il a laissé entendre à la mi-septembre qu’un soutien européen à l’Arabie saoudite était également probable : « Je ne serais pas surpris que des appels téléphoniques aient lieu entre alliés européens pour savoir comment gérer cela… Voyons ce qui se passe, et si l’OTAN peut aider, nous serons toujours utiles. »

Enfin, le Pacte de défense conjoint de la Mecque, conclu le 7 août de cette année entre la Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan (2), a conduit les trois chefs d’état-major à se rencontrer à Riyad pour voir ce qui pouvait être fait…

1. Voir : « La victoire des Houthis dans l'ouest du Yémen » du 16 septembre 2026.