Rashad al-Alimi, président du Conseil présidentiel du Yémen (Conseil de direction présidentiel, PLC), organe qui tient lieu de gouvernement officiel dans ce pays en guerre civile depuis 2004, a annoncé le 4 octobre le lancement de l'opération « Aube du Yémen » pour reprendre les territoires aux rebelles Houthis (Ansar Allah) et tenter de rétablir l'autorité de l'État sur tout le pays.

Dans une allocution télévisée, il a déclaré que les forces gouvernementales étendraient « l’autorité de l’État et de ses institutions sur l’ensemble du territoire national […] Nous avons donné instruction aux forces armées, aux forces de sécurité et à toutes les formations militaires de commencer à exécuter leurs tâches assignées conformément au plan approuvé, jusqu’à ce que le pays soit libéré des Houthis ».

Il a ajouté que toutes les institutions de l’État seront placées en état d’alerte maximal « jusqu’à ce que la mission soit accomplie et que la victoire soit remportée ».

QUELLE COALITION ?

Le noyau dur de la coalition historique s’est considérablement réduit depuis son établissement en 2015. Cela s’est produit notamment après le retrait unilatéral des Émirats arabes unis (EAU) en janvier 2026 suite à des tensions avec Riyad. Les EAU encadraient l’essentiel des troupes au sol dans le cadre des forces du Conseil de transition du Sud (STC) basé à Aden, qui tenaient toutes les zones non contrôlées par les Houthis. Le STC est maintenant renommé « Conseil de transition de l’Arabie du Sud », mais n’appartient pas à la coalition d’aujourd’hui.

Comme par le passé, Riyad fournit l’essentiel de la puissance de feu aérien, déployant actuellement plus d’une centaine d’avions de combat dans le cadre de l’opération « Aube du Yémen ».

Les forces armées du Conseil de direction présidentiel (PLC) au sol, appuyées directement par les forces de sécurité et les milices yéménites fidèles, compteraient sur le papier quelque 500 000 combattants. Elles pêchaient par manque d’un commandement central, mais ce défaut aurait été corrigé…

Face au blocus imposé par les Houthis et à la perte temporaire du contrôle du détroit stratégique de Bab el-Mandeb à l’automne 2026, l’Arabie saoudite a officiellement mis en place une coalition de force navale élargie à 14 pays. Basée dans le royaume, cette alliance maritime comprend, en plus de l’Arabie saoudite, le gouvernement yéménite légitime, le Koweït, le Qatar, le Bahreïn, la Jordanie, l’Égypte, Djibouti, la Somalie, le Soudan, les Comores, l’Érythrée, le Pakistan, le Bangladesh et la Turquie. À noter que, pour le moment, les Émirats arabes unis et Oman n’en font pas partie.

Bien qu’elles ne participent pas directement aux bombardements, plusieurs puissances occidentales apportent un soutien logistique ou défensif ciblé à l’Arabie saoudite : la France (1), le Royaume-Uni, les États-Unis. L’administration américaine refuse toutefois l’implication directe de ses troupes, en particulier de son aviation, sauf pour des missions de ravitaillement, de renseignement et de défense aérienne. Toutefois, deux cents conseillers ont été envoyés à Riyad pour aider à la conduite de la guerre.

La Turquie, l’Arabie saoudite et le Pakistan ont convenu, le 5 octobre, d’organiser le déploiement rapide de forces et de capacités militaires dans le royaume en vertu de leur pacte de défense commune dans le cadre de l’« Alliance de défense de la Mecque » conclue le 7 août entre les trois pays (2). Pour le moment, le détail de ces déploiements n’a pas été révélé.

Les trois pays ont condamné les tentatives des Houthis de cibler les lieux saints de la Mecque et de Médine (ce que les Houthis ont démenti), ainsi que la poursuite des attaques contre des villes saoudiennes et des infrastructures civiles et économiques. Ils ont réaffirmé que la sécurité de chaque membre était indissociable de celle des deux autres. L’accord de défense commune de la Mecque, signé le 7 août, stipule qu’une attaque armée contre l’un des membres est considérée comme une attaque contre les trois.

LES COMBATS

Les combats entre les Houthis et les forces gouvernementales yéménites avaient repris depuis l’effondrement en juillet d’une trêve fragile conclue en 2022, provoquant le déplacement de centaines de milliers de personnes.

À la mi-septembre, les Houthis se sont emparés de la ville portuaire de Mokha et d’îles stratégiques du détroit de Bab el-Mandeb, une voie vitale pour les expéditions mondiales de pétrole. Les forces anti-Houthis ont ensuite stabilisé les lignes de front (3).

Le problème est qu’ils ont étiré considérablement leurs lignes et surtout, leurs unités en pointe se sont retrouvées sur un terrain plat impossible à défendre, ce qui a permis aux assaillants plus nombreux et mobiles de les repousser.

La situation risque de ralentir, car les deux parties vont devoir compléter leurs forces en hommes et en matériels.

Les forces progouvernementales yéménites « le Bouclier national », « les brigades des géants » (unités créées par les EAU, mais reprises et armées par Riyad) et les « brigades de Tihama » auraient repoussé les Houthis de la plupart des zones côtières qu’ils avaient conquises en septembre.

Elles affirment avoir « sécurisé » le détroit de Bab el-Mandeb à l’extrémité sud de la mer Rouge et avoir repris la ville portuaire de Mokha en mer Rouge le 5 octobre en après-midi avec l’appui de l’aviation saoudienne et l’aéroport de Hubab au sud-ouest.

Mais, selon des déclarations à la presse faites par des sources gouvernementales et militaires yéménites anonymes, les forces légalistes n’auraient atteint que la périphérie de Mokha.

De leur côté, les Houthis ont nié avoir perdu Bab el-Mandeb et conserverait le contrôle de Mokha, d’Hubab des montagnes Kahboub près de la côte.

Ils ont affirmé avoir frappé l’aéroport de Riyad, de Jizan et de Najran ainsi que d’autres lieux en Arabie saoudite en réponse aux bombardements saoudiens. Ils auraient aussi lancé des missiles balistiques et des drones sur des installations pétrolières de la société Saudi Aramco à Riyad et dans la région des Khouraïs en Arabie saoudite.

Au Yémen même, ils ont ciblé l’aéroport international d’Aden, ville qui sert de capitale provisoire au PLC tant que Sanaa reste aux mains des Houthis (depuis septembre 2014).

Finalement, le Centre de coordination des opérations humanitaires, géré par les Houthis, a averti les compagnies aériennes civiles que l’espace aérien saoudien n’était plus sûr, à l’exception du ciel au-dessus des villes saintes islamiques de la Mecque et Médine, puisqu’il était devenu « un théâtre d’opérations ».

L’Arabie saoudite a condamné les attaques et réitéré les appels aux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU à soutenir le gouvernement yéménite reconnu internationalement.

Après s’être emparés de la région de Bab el-Mandeb, les Houthis ont assuré que leur présence n’entraînerait aucune menace pour le transport maritime international passant par la voie navigable, mais qu’ils continueraient à cibler les navires venus d’Arabie saoudite.

Cependant, la prise du détroit a contribué à une flambée des prix du pétrole mondial, car l’Arabie saoudite dépendait de la mer Rouge pour ses exportations depuis que la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran avait effectivement fermé le détroit d’Ormuz.

ET LE PÉTROLE ?

L’Arabie saoudite a profité de la remise en service de son oléoduc « Est-Ouest », qui relie ses principaux champs pétrolifères de l’est au terminal de Yanbu sur la mer Rouge.

Il avait été fermé le 11 septembre à la suite de frappes vraisemblablement lancées depuis l’Irak par des milices chiites pro-Iran, mais a pu reprendre ses opérations le 22 septembre.

À noter que les Émirats arabes unis disposent pour leur part d’une route contournant Ormuz grâce à leur oléoduc qui relie les champs pétrolifères d’Abou Dhabi à Foujaïra, un terminal situé sur le golfe d’Oman à l’extérieur du détroit.

Ainsi, selon la société de suivi maritime Kpler, les exportations de pétrole du Moyen-Orient — Iran exclu — ont dépassé fin septembre leur moyenne d’avant-guerre, les oléoducs permettant de pallier les manques à gagner.

Kpler a précisé : « Au moins 16,5 millions de barils par jour ont quitté la région entre le 1er et le 28 septembre, soit un niveau conforme à la moyenne d’avant-guerre — hors Iran. C’est 10,5 millions de barils par jour de plus que la moyenne mensuelle de mars. »

40 % de ces exportations contournent désormais le détroit d’Ormuz, contre 17 % avant la guerre, les oléoducs en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis offrant des routes alternatives cruciales. C’est pour cette raison qu’ils sont des cibles potentielles de premier ordre pour Téhéran et ses alliés houthis et chiites irakiens.

De plus, l’Iran ne semble pas parvenir à freiner notablement le flux montant de navires transitant par le détroit d’Ormuz.

La reprise des exportations intervient alors que les sept pays au cœur de l’OPEP+ (Arabie saoudite, Russie, Irak, Koweït, Kazakhstan, Algérie et Oman) ont produit environ 25 millions de barils de pétrole brut par jour en août, soit 630 000 barils par jour de plus qu’en juillet, selon le rapport de septembre de l’OPEP.

Cela dit, les prix ne devraient pas baisser très prochainement, car les assureurs — qui ont horreur de l’incertitude — maintiennent leurs primes au plus haut tant que la situation géostratégique ne s’est pas stabilisée. De plus, les coûts du transport lui-même ont augmenté, car une partie des cargaisons de navires ayant traversé le détroit d’Ormuz ont dû être transbordées sur d’autres pétroliers en mer, ce qui est compliqué, cher et risqué. Enfin, la rumeur court que certains pays du Golfe paieraient Téhéran pour que leurs navires puissent circuler sans encombre, ce qui augmenterait aussi les prix.

De son côté, le président Donald Trump a déclaré que la crise que traverse le diesel était aussi le résultat des bombardements ukrainiens sur les raffineries russes…

C’est pour toutes ces raisons que les observateurs vont scruter avec attention ce qui se déroule au Moyen-Orient — plus particulièrement au Yémen —, mais aussi en Russie.

Comme d’habitude, il est impossible de prévoir l’avenir, et il faut se garder de la propagande qui inonde les médias.

La nouvelle coalition semble solide en théorie. Mais jusqu’où iront les Turcs et les Pakistanais (ces derniers ayant une longue expérience de la défense saoudienne, ayant fourni les hommes nécessaires à son armée de terre durant des années) ?

Mais les Turcs ont déjà leurs problèmes avec ce qui se passe en Syrie et en Irak du Nord et les Pakistanais en Afghanistan…

Qui va conduire les combats au sol contre les Houthis, qui sont des guerriers expérimentés et nombreux ? Ils se sont fait surprendre à découvert, mais donnent toute leur mesure dans les terrains montagneux et accidentés. L’est du pays est leur zone préférentielle, mais pas les côtes…

Les Houthis ont-ils les capacités de nuire gravement à l’économie saoudienne (l’oléoduc « Est-Ouest » a été réparé en une dizaine de jours) ? L’Iran ne semble plus être en mesure — pour l’instant — de les ravitailler en armements, particulièrement en drones, missiles et défense sol-air…

Ce qui semble acquis, c’est que les Houthis ne seront pas vaincus au sol. Après s’être repliés sur leurs bastions, ils vont s’arc-bouter et la guerre va durer avec des périodes de haute intensité (comme à l’heure actuelle) et de calme relatif (comme entre 2022 et 2025).

1. Voir : « La France s'engage en Arabie saoudite » du 28 septembre 2026.