Confirmant l’avis général des analystes en géopolitique, le président finlandais Alexander Stubb a avancé que, depuis le début de l’invasion russe de février 2022 (1), l’Ukraine était, pour la première fois, dans une meilleure position militaire.
Pour lui, la guerre a traversé trois phases. « La première année de la guerre portait sur la survie ; les trois années suivantes concernaient la résilience ; maintenant, c’est une question de mathématiques — les mathématiques sur le champ de bataille. » (2)
Plusieurs facteurs, selon lui, démontrent l’avantage de l’Ukraine :
– les forces ukrainiennes neutralisent (tuent et blessent) depuis six mois quelque 35 000 militaires russes par mois ;
– la Russie ne parvient à recruter qu’environ 27 000 hommes par mois, ce qui signifie qu’elle fait progressivement face à un déficit d’effectifs ;
– en décembre, le ratio de pertes sur le champ de bataille était de 1 à 3 (un Ukrainien pour trois Russes). Il est aujourd’hui de 1 à 8 ;
– 95 % des pertes résultent de frappes de drones et de missiles, mais avec moins d’engagements directs homme à homme ;
– les fronts Est et Sud ont une « zone de destruction » de 20 à 40 km où le taux de mortalité pour ceux qui y pénètrent est d’environ 95 %. La Russie y envoie des groupes de combattants allant jusqu’à sept militaires alors que l’Ukraine ne le fait pas ;
– en mars, l’Ukraine a lancé plus de missiles et de drones contre la Russie que les défenses aériennes russes n’ont pu en intercepter ;
– l’Ukraine va porter sa production annuelle de drones à dix millions d’unités ;
– en avril, l’Ukraine a repris plus de territoire qu’elle n’en a perdu, et ce, pour la première fois depuis le début de la guerre.
Selon lui, la majeure partie de la population russe est actuellement opposée à la guerre. Cela, a-t-il dit, a été influencé par des frappes de drones et de missiles ukrainiens dans la profondeur du territoire russe vers Moscou et Saint-Pétersbourg, ainsi que par les restrictions d’Internet. Il a souligné que « Poutine a dû bloquer Telegram et WhatsApp, et cela a commencé à affecter la vie réelle ».
LA MENACE RUSSE SUR L'EUROPE
Stubb se montre sceptique quant aux craintes avancées par de nombreux responsables sur le fait que la Russie va tenter de tester l’article 5 de l’OTAN (3) après la fin de la guerre en Ukraine : « Pourquoi la Russie testerait-elle l’article 5 si elle n’a pas réussi à conquérir l’Ukraine en quatre ans ? »
Il a établi une comparaison historique : pendant la Seconde Guerre mondiale, il a fallu quatre ans à Moscou pour atteindre Berlin — une distance d’environ 1 600 kilomètres. Dans la guerre contre l’Ukraine, sur la même période, les forces russes ont avancé d’environ 60 kilomètres…
Par contre, Stubb pense que la Russie pourrait effectuer des tests « hybrides » — cyberattaques et sabotages —, mais pas d’invasion militaire conventionnelle.
Stubb affirme : « Les gens ont juste besoin de se calmer. Je comprends le débat public, mais je vois tous les rapports de renseignement — je les lis très attentivement. »
Il pense en réalité à un retour à la guerre froide. Les Soviétiques et le pacte de Varsovie menaçaient l’Europe tout en menant une guerre qu’on n’appelait pas alors « hybride », mais qui y ressemblait furieusement : espionnage à grande échelle, influence sur les élections et certains partis politiques, soutien à des mouvements terroristes via les pays frères du pacte de Varsovie (Fraction armée rouge, Action directe, Brigades rouges, etc.), guerres par contournement (Indochine, Corée, Vietnam), sans compter les multiples guérillas en Afrique qui ont accompagné les décolonisations.
Les jeunes générations de politiciens qui n’ont pas connu cette période — qui s’est terminée en 1990, à l’instar du président Stubb, né en 1968 — doivent se replonger dans leurs livres d’histoire (il semble qu’il l’a fait) pour comprendre ce qui se passe aujourd’hui. Certes, l’Histoire ne se renouvelle jamais, mais, au moins, elle permet d’étudier les erreurs commises dans le passé pour ne pas les rejouer dans le présent…
Pour l’auteur de ses lignes, qui était en activité à l’époque, la situation d’aujourd’hui n’est pas pire que lors des moments tendus de la guerre froide : les pertes humaines étaient alors importantes sur des théâtres extérieurs et, du fait du terrorisme, les risques d’une guerre nucléaire étaient élevés… Mais l’information — et son pendant, la désinformation — ne se diffusait pas aussi largement qu’à l’heure actuelle via les réseaux sociaux. Seuls le JT de 20 h 00 et, avec un certain recul, la presse papier pouvaient être anxiogènes. Aujourd’hui, le web et les chaînes en continu se font une concurrence effrénée pour être celui qui sera le plus alarmiste et le plus sensationnel.
Quant au Proche-Orient, plusieurs guerres ouvertes se sont succédé (Suez 1956-1957, Six Jours 1967, Kippour 1973, Liban 1982, puis les années suivantes, sans compter les conflits constants avec les Palestiniens…). Aujourd’hui comme hier, Israël est en guerre et le sera encore dans les années à venir.
Bien sûr, la situation géopolitique a considérablement évolué aujourd’hui sans parler des progrès technologiques, mais, globalement, elle est toujours aussi incertaine et inquiétante. Cependant, rajouter de l’inquiétude à l’inquiétude en mettant en exergue des menaces hypothétiques peut finir par désespérer les populations et Dieu seul sait comment elles peuvent réagir.
- Voir « Situation globalement stagnante en Ukraine », du 8 juin 2026.
- Mathématiques : le ratio des pertes humaines et matérielles respectives.
- L'article 5 stipule que si un pays de l'OTAN subit une attaque armée, chaque autre membre de l'Alliance considérera cet acte comme une attaque armée dirigée contre l'ensemble des membres et prendra les mesures qu'il jugera nécessaires pour venir en aide au pays attaqué.
