Les Houthis ont frappé dans la nuit de dimanche 22 au lundi 23 novembre une station de distribution de gasoil d’Aramco à Jeddah avec deux missiles de croisière Qods-2. Ces armements, dérivés de matériels iraniens, sont fabriqués sur place vraisemblablement avec l’aide de techniciens étrangers. Ces frappes ne constituent pas une nouveauté puisqu’en septembre 2019, des missiles de croisière et des drones avaient atteint les installations pétrolières d’Abqaïq et de Khurais dans le centre de l’Arabie saoudite.
Le lieu de départ de ses frappes multiples n’avait jamais été déterminé avec certitude les Houthis ne possédant pas les armes ayant un rayon d’action suffisant pour les tirer depuis leur réduit yéménite. Ce n’est pas le cas pour le dernier bombardement, car le missile Qods-2 aurait une portée de plus de 700 kilomètres et l’objectif se situait à 650 kilomètres (c/f carte de l’ISW). Les experts restent toutefois interpellés par la grande précision de ces engins. Cette action est un pied de nez fait à l’Arabie saoudite et aux USA qui la soutiennent alors que la guerre continue au Yémen, les bombardements de la coalition se poursuivant presque tous les jours (voir mon article du 19 novembre ).

C’est dans ce contexte que l’administration descendante américaine via son faucon, Mike Pompeo encore secrétaire d’État (Affaires étrangères US) tente de verrouiller un certain nombre de « fondamentaux » au Proche-Orient. Son déplacement en Israël la semaine dernière avec, pour la première fois une visite d’un responsable américain de son niveau du plateau du Golan occupé par l’armée israélienne depuis 1967 et d’une colonie juive en Cisjordanie permet de fixer les points de départ qui ne pourront théoriquement pas être remis en question par Joe Biden : l’ambassade américaine à Jérusalem, l’annexion du Golan et l’implantation des colonies juives en Cisjordanie. Il a même fait un dernier geste en faisant savoir que la campagne de boycott d’Israël « BDS » (boycott, désinvestissement et sanctions) était désormais considérée comme “antisémite” par les États-Unis.
Les Palestiniens tentent bien aussi de replacer leurs pions en renouant leurs relations avec Israël et en rouvrant des relations diplomatiques normales avec les Émirats arabes unis et le Bahreïn.

Le passage de Pompeo en Arabie saoudite a encore été plus significatif puisqu’il a été salué le lendemain par le tir houthi évoqué en début d’article. Mais il aurait aussi permis la rencontre le 22 novembre à Neom sur la Mer rouge de Mohamed ben Salman (MBS), le puissant prince héritier avec Benjamin Netannyahou en présence du chef du Mossad Yossi Cohen! Toutefois, cette rencontre a été démentie par les Saoudiens – en ce qui concerne Netannyahou -. Ce qui a attiré l’attention c’est le vol direct d’un avion d’affaires israélien le 22 novembre qui a effectué l’aller-retour Tel-Aviv – Neom tout en restant cinq heures sur place. Le démenti est normal, car cette rencontre ne plait pas à la rue arabe et officiellement Riyad conditionne la normalisation de ses relations avec Israël au règlement de la question palestinienne.

Quelles vont être les orientations politiques de l’administration Biden ?

Tous les analystes tentent de savoir quelles seront les orientations de la nouvelle administration américaine. Les nominations probables à des postes clefs peuvent donner des indices.
Ainsi, Antony Blinken qui est pressenti pour être nommé Secrétaire d’État a dénoncé les récentes arrestations de militants des droits de l’homme en Égypte et serait plus intransigeant avec MBS à qui il attribue la responsabilité de l’assassinat du journaliste Khashoggi. À propos de la Syrie, il a déclaré qu’il était « impossible de concevoir des négociations (entre l’administration US) et Assad ». Blinken parle français ayant vécu dans sa jeunesse à Paris.
Jake Sullivan qui devrait devenir le Conseiller en Sécurité nationale du président Biden est un message fort adressé à Téhéran. À savoir qu’il a joué un rôle important sous Obama pour atteindre l’accord portant sur le nucléaire iranien (JCPOA).

Il convient aussi de se souvenir que Biden a été dans le passé un chaud partisan de l’intervention en Irak en 2003, du renversement de Kadhafi et de Bachar el-Assad en 2011. Sous des dehors diplomatiquement beaucoup plus présentables que son prédécesseur, cela risque d’être le retour de l’ »internationalisme démocratique » imposant par la force la conception américaine de la liberté.

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Alain Rodier

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