Comme l’avait écrit l’auteur dans l’article du 23 février 2021 « USA – RUSSIE : la politique de l’administration du président Joe Biden se dessine », les choses commencent à se clarifier en matière internationale. Si la position de la nouvelle administration vis-à-vis de la Russie n’est pas vue comme franchement « amicale », avec l’Iran, c’est encore pire.

Bien que se disant prêt à réintégrer l’accord sur le nucléaire (JCPOA) que Donald Trump a quitté en 2018 et de manière à bien montrer sa détermination, le nouveau président américain a autorisé des frappes dirigées contre des objectifs « bien identifiés » (parce que parfois, ils frapperaient des objectifs non-identifiés, c’est inquiétant) en Syrie contre des milices pro-iraniennes dans le nord-est du pays pour répondre « aux attaques récentes contre le personnel américain et de la Coalition en Irak, et à des menaces toujours en cours contre ce personnel ». À savoir qu’après les derniers incidents du 22 février, Washington avait affirmé que l’Iran serait tenu pour « responsable des actions de ses affidés qui attaquent des Américains ».

En effet, le 22 février, des roquettes étaient tombées près de l’ambassade américaine à Bagdad. Deux jours avant, des tirs avaient ciblé la base aérienne irakienne de Balad située plus au nord, blessant un employé irakien d’une entreprise américaine. Le 15 février, des roquettes avaient atteint la base militaire de la coalition internationale située à côté de l’aéroport d’Erbil au Kurdistan irakien. Deux personnes avaient été tuées dont un entrepreneur civil étranger travaillant pour la coalition.

Pour John Kirby, le porte-parole du ministère de la Défense, ces bombardements survenus dans la nuit du 25 au 26 février ont été qualifiés de « défensifs ». Plus précisément étaient visées « de multiples infrastructures situées à un poste-frontière utilisé par des milices soutenues par l’Iran, notamment le Kataeb Hezbollah ». 17 « combattants » des milices pro-iraniennes auraient été tués et au moins trois camions de munitions détruits…

Il a poursuivi : « l’opération envoie un message sans ambiguïté ; le président Biden protégera les forces américaines et celles de la coalition ».
Mais M. Kirby a précisé qu’« en même temps, nous avons agi de façon calculée, afin de calmer la situation dans l’est de la Syrie et en Irak » pour éviter une « escalade ». Tout cela pour dire que ce bombardement américain de la Syrie dont le régime (quoiqu’on puisse en penser) est encore reconnu à l’ONU, contrevient à toutes les règles internationales. Mais il y a bien longtemps que Washington, quelque soit l’hôte de la Maison-Blanche, ne se soucie plus de ces règles et applique son propre droit.

Au moment où le président Biden attend un geste de Téhéran avant de réintégrer l’accord JCPOA et qu’en retour, les autorités iraniennes attendent que Washington fasse le premier pas, la situation paraît désormais bien verrouillée. Depuis le début de l’année, Téhéran se livre à des provocations ne respectant plus les termes de l’accord international conclu avec les membres du Conseil de sécurité de l’ONU plus l’Allemagne, notamment dans le domaine de l’enrichissement de l’Uranium et du contrôle des ses installations par les inspecteurs de l’AIEA…

Avec ce bombardement, il semble que Washington a voulu reprendre l’ascendant, certainement à la grande satisfaction d’Israël qui entretenait quelques doutes sur les intentions de Biden. À n’en pas douter, la suite va être difficile et le Moyen-Orient se retrouve au début d’une nouvelle escalade que personne ne semble vouloir maîtriser.

 

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Alain Rodier

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