Si les transports de drogues, armes, argent effectué par la voie aérienne ne constituent pas une nouveauté pour les narcos en Amérique Latine, les autorités ont cependant noté une modernisation de la flotte d’appareils utilisés. Ainsi, si les cartels mexicains continuent d’utiliser de petits avions de tourisme (qui présentent l’avantage de ne pas être coûteux ce qui explique que nombre d’entre eux sont tout simplement incendiés après avoir délivré leur cargaison), ils se sont équipés ces dernières années d’avions à réaction Gulfstream, Learjet et de turbopropulseurs Hawker. Ces appareils présentent l’avantage d’être plus rapides, d’avoir une capacité d’emport supérieure et de permettre des évolutions plus difficilement détectables par la surveillance aérienne étatique. Mais les risques existent tout de même. Ainsi, l’armée mexicaine a saisi en janvier 2020 à Majahual dans l’État de Quintana Roo au sud-est du pays un appareil qui contenait une tonne de drogue. Un deuxième qui avait atterri sur l’autoroute près de Chetumal contenait 600 kilos de cocaïne. Par contre, les affrontements pour récupérer l’appareil avaient été violents, un policier étant tué et plusieurs blessés.
C’est en raison de ces risques que les narcos devant convoyer de la drogue jusqu’au Mexique (pour la stocker avant réexpédition vers les États-Unis et l’Europe) préfèrent encore faire atterrir leurs appareils au Guatemala ou à Belize juste au sud du Mexique car la surveillance de l’espace aérien y est moins efficace. Ainsi, les autorités mexicaines détectent chaque mois au moins trois vols irréguliers à leur frontière sud (mais neuf en juin). La plupart proviennent du Venezuela via le Nicaragua. Ceux qui parviennent jusqu’au Mexique utilisent des pistes clandestines dans les États du sud (Chiapas, Tabasco et Quintana Roo). Depuis décembre 2018, ce sont quelques 630 vols non déclarés qui ont été détectés par la surveillance aérienne mexicaine dont 80 ont été formellement catalogués comme « illégaux ». Globalement, les saisies de drogues depuis fin 2018 s’élèveraient à 187 millions de dollars auxquels il convient d’ajouter la même somme pour le Guatemala et Belize qui coordonnent leurs actions avec celles initiées par le président López Obrador.
Le Mexique est le point nodal où est stockée la drogue avant d’être réexpédiée vers les États-Unis et l’Europe. Les moyens utilisés par les trafiquants sont très variés. Cela va du semi-submersible en passant par les « torpilles » fixées sous la coque de navires de commerce, les containers qui, étant donné leur nombre, ne peuvent pas être tous inspectés, les bateaux privés, les mules humaines et même, dans certains cas des vols transatlantiques passant par l’Afrique de l’Ouest…

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Alain RODIER

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