Le Salvador, petit pays d’Amérique centrale de six millions d’âmes était ravagé par la violence des gangs « Maras ».

C’en était tel qu’en 2015, le pays connaissait le taux d’homicides le plus élevé du continent américain. Mais depuis, les autorités ont repris les choses en main, surtout depuis l’élection en 2018 du conservateur Nayib Bukele (à 37 ans). Ce dernier a déclenché une véritable guerre contre le crime organisé qu’il a encore intensifié après avoir remporté haut la main les élections législatives de 2021.

Les résultats obtenus sont spectaculaires : le taux d’homicide est passé de 103 pour 100.000 habitants en 2015 à seulement 7,8 en 2022 puis à 2,5 en 2023. Ravie, 92% de la population soutiendrait la politique sécuritaire de Nayib Bukele…

Jusqu’en 2016, les gangs étaient si sûrs d’eux-mêmes qu’ils allaient jusqu’à donner des conférences de presse et envisageaient même de se lancer en politique. Ils avaient de nombreux arguments pour eux : l’argent issus des divers trafics auxquels ils se livraient leur permettait de corrompre des élus et des fonctionnaires – mais aussi parfois à faire de l’« action sociale » palliant les incuries des autorités -; l’hyper violence qui faisait qu’ils étaient craints, non seulement par les civils mais aussi par les membres des services de sécurité, un certain « laisser-aller » des politiques qui s’assuraient ainsi leur réélection et une apparente paix sociale…

Cela avait commencé timidement à changer en 2016 mais c’est l’élection en 2018 de Nayib Bukele (qui s’est situé en dehors des partis traditionnels) à la présidence qui va accélérer le processus. Sans états d’âme, il a décidé de lancer une véritable guerre contre les gangs engageant l’armée quand cela est nécessaire…
Il a interdit à son gouvernement et à l’administration de négocier avec les truands ce qui était le cas jusque là. Alors que les truands incarcérés avaient réussi à imposer le fait d’être regroupés avec d’autres membres de leurs gangs (ce qui provoquait souvent des émeutes intérieures très sanglantes), il est revenu sur cette mesure imposant le mélange des détenus quelque-soit leur appartenance. Les membres de gangs rivaux sont donc obligés de se côtoyer dans les mêmes cellules. Il est aisé d’imaginer les résultats…
Plus symbolique mais psychologiquement intéressant pour des criminels qui sont très à cheval sur le protocole : les monuments mortuaires arborant les sigles de gangs sont interdits. Ceux qui existaient déjà sont détruits.

Bien logiquement, les gangs n’ont pas apprécié ces mesures coercitives. Du 25 au 27 mars 2022, ils ont assassiné lors du « week-end noir » 87 personnes. Juste après, le président Nayib Bukele fait voter l’état d’exception qui depuis est prorogé régulièrement.
. Des droits constitutionnels ont été suspendus.
. Les procédures judiciaires ont été simplifiées pour favoriser l’efficacité : les arrestations se font désormais sans mandat d’arrêt.
. La Justice fonctionne toujours et les membres des gangs ont droit à des procès mais leur régime est particulier : en dehors de l’infraction qui peut leur être reprochée, la simple appartenance à un gang (facile à voir en raison des tatouages traditionnels) est punie de 45 ans de prison sans aucune remise de peine. De plus, ils ne peuvent plus effectuer de recours constitutionnel.

Lorsque les gangs menacent de se venger en assassinant au hasard comme lors du « week-end noir », le président rétorque que sa réponse sera simple : les détenus du pays ne seront plus nourris… (sans doute exagéré, mais dans l’Histoire, on disait qu’ils étaient mis « au pain sec et à l’eau »).

Comme cela avait été signalé dans un précédent article, la « méga-prison » de 40.000 places est entrée en fonction au début mars avec quelques semaines de retard(1). Cela dit, le Salvador a été capable de construire un tel établissement en moins d’un an… Certes, étant située dans une zone inhabitée, il n’y a pas eu de plaintes de riverains…
Cet établissement qui est le plus important du monde accueille cent détenus par cellule qui vivent sans fenêtre donnant vers l’extérieur et sans matelas. La seule ouverture est la grille qui donne sur le hall central où patrouillent les militaires et les agents pénitentiaires.
Durant la journée, les détenus sont astreints à travailler dans différents atelier (c’est le régime des « travaux forcés »).
Aucun contact avec l’extérieur n’étant autorisé, ils ne bénéficient ni du droit de visite ni du téléphone.

À noter que, depuis le début, de nombreuses ONG sont opposées à cette politique de sécurité maximum prétendant qu’elle alimente la violence. Le président salvadorien rétorque que les droits à la vie et à la tranquillité du peuple sont supérieurs aux droits individuels des criminels.

1. Voir : « Inauguration de la ‘méga prison’ salvadorienne » du 3 février 2023.

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Texte

Alain Rodier

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