La tension est en train de monter entre la Serbie et le Kosovo. Le déclencheur est l’obligation aux automobilistes ayant une immatriculation en Serbie d’installer des plaques minéralogiques temporaires kosovar valables deux mois et de débourser cinq euros pour entrer dans le pays.

Les forces de police kosovar qui sont entrées à la mi-septembre en nombre dans le nord du pays (qui jouit une autonomie théorique) auraient aussi confisqué les papiers d’immatriculation de Serbes vivant dans la région. Cela a provoqué la colère des populations serbes majoritaires dans cette zone et les manifestants bloquent les deux principales routes rejoignant les postes frontière de Jarinje et Brnjak.

En outre, le 25 septembre, deux bureaux du ministère de l’intérieur proches de la frontière auraient été attaqués. Un bureau d’enregistrement de véhicules de la ville de Zubin Potok a été incendié alors que deux grenades étaient lancées dans un bureau d’enregistrement de la ville de Zvečan, heureusement sans exploser.

De nombreux chars de bataille et autres blindés serbes transportés sur des semi-remorques escortés par la police militaire ont été filmés à proximité de la frontière kosovar.
Deux chasseurs patrouilleraient régulièrement au dessus de la même zone.

Le président serbe, Aleksandar Vucic, a déclaré le 26 septembre : « la complète occupation du nord du Kosovo et de la Métochie (en Serbe Metohija) avec des véhicules blindés par Pristina se déroule depuis ces sept derniers jours et tout le monde dans la communauté internationale respecte un silence assourdissant ».

Le ministère serbe de la Défense, Nebojša Stefanović, a confirmé le même jour avoir « relevé le niveau d’alerte de son armée en raison d’un regain de tensions avec les autorités locales de la région du Kosovo ». Accompagné de l’ambassadeur de Russie en poste à Belgrade, il a aussi visité les troupes déployées à la frontière.

De son côté, le Premier ministre kosovar, Albin Kurti, a accusé la Serbie de « provoquer un sérieux conflit international » tout en dépêchant des forces de police supplémentaires sur zone. Pour calmer la crise, il a demandé à ce que la Serbie reconnaisse les plaques d’immatriculation des véhicules kosovar ce qui faciliterait la liberté de circulation.
Enfin, la mission de l’OTAN au Kosovo a appelé les deux partis à la retenue.

Le Kosovo majoritairement peuplé de populations albanaises (voir carte en fin de texte) a fait sécession de la Serbie après les bombardements de l’OTAN de 1999. Cette région a déclaré unilatéralement son indépendance en 2008 qui a été reconnue par environ la moitié des pays membres des Nations Unie avec l’exception notable de la Russie, de la Chine et de l’Inde. Des négociations ont lieu depuis 2013 sous l’égide de l’Union européenne mais les résultats restent aujourd’hui bien minces.

Même si la dernière guerre azéro-arménienne d’avril 2016 peut avoir donné des idées à quelques dirigeants politiques, il est toutefois peu probable que le conflit ne dégénère car l’OTAN est présent sur place a travers la Force pour le Kosovo (KFOR). Moscou pour sa part ne souhaite vraisemblablement pas l’ouverture d’un nouveau foyer d’affrontements difficilement contrôlable.

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Texte

Alain Rodier

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