Miloš Vučević, le ministre de la Défense serbe a déclaré le 3 octobre que si les forces armées recevaient l'ordre d'entrer sur le territoire du Kosovo, elles se tenaient prêtes à le faire de manière efficace et réussie, mais que cela ne se ferait pas contre et au su de l'OTAN et de la KFOR (Mission de maintien de la paix dans le pays au Kosovo).

Le Kosovo, pays des Balkans partiellement reconnu par la communauté internationale a déclaré son indépendance de la Serbie en 2008. Cette dernière refuse de reconnaître l’indépendance de son ancienne province méridionale à majorité albanaise. Un tiers des quelque 120.000 Serbes du Kosovo qui compte au total 1,8 million d’habitants vivent dans une zone située au nord du ce pays frontalière de la Serbie. Pristina souhaite assoir sa souveraineté sur cette région disputée. Mais les Serbes du Kosovo soutenus par Belgrade refusent toute allégeance au gouvernement du Kosovo qui craint que la présence des forces serbes le long de sa frontière commune n’indique une invasion de son voisin avec une saisie de territoires semblable comme cela s’est passé en Ukraine.

La perspective d’une nouvelle guerre en Europe a toutefois diminué après que la Serbie a affirmé avoir répondu à la pression américaine en retirant une partie des troupes massées à la frontière.

Les tensions actuelles constituent le dernier épisode de l’histoire récente et troublée du Kosovo. Lorsque la Yougoslavie s’est désintégrée dans les années 1990, la province du Kosovo a cherché à obtenir son indépendance mais a été confrontée à une répression brutale de la part de la Serbie, ciblant les Albanais de souche qui constituent la grande majorité de la population locale.

Cela a provoqué en 1999 l’intervention de l’OTAN lors de l’Opération « Allied Force » principalement une campagne aérienne qui a forcé les troupes serbes à quitter la province.

Les soldats de la paix de l’OTAN sont restés en interposition au Kosovo mais l’animosité est demeurée entre ce pays et la Serbie qui refuse de reconnaître son indépendance, ainsi qu’entre la population minoritaire serbe du Kosovo et son gouvernement dominé par les Albanais.

Le dernier incident s’est produit le 24 septembre lorsque des hommes armés de souche serbe équipés de véhicules blindés ont pris d’assaut le village de Banjska, dans une région à majorité serbe du Kosovo, se barricadant dans un monastère orthodoxe.

Les forces spéciales de la police kosovare sont intervenues. Un policier kosovar a été tué et un autre blessé puis lors de l’opération qui s’est ensuivie, trois Serbes du Kosovo ont été tués et trois autres arrêtés. Le reste du commando d’une trentaine d’activiste s’est enfui.

Un lot impressionnant d’armes lourdes, de véhicules et de munitions a été récupéré.

Le gouvernement kosovar a accusé la Serbie d’avoir attisé les tensions en soutenant les hommes armés impliqués dans l’affaire du monastère, ce que Belgrade a démenti.

Le chef du commando est Milan Radoicic, le vice-président de la « Liste serbe » (« Lista Srpska »), un parti politique serbe du Kosovo. Il a démissionné de son poste. Arrêté en Serbie pour « association de malfaiteurs » dans le but de commettre des « délits graves contre la sécurité publique », il a été emprisonné en raison du « danger de fuite ».

La Serbie affirme que la responsabilité de la situation globale incombe à Pristina.

En avril, les Serbes du Kosovo avaient boycotté les élections locales dans le nord du pays où ils sont majoritaires. En conséquence, des maires de souche albanaise avaient été élus ce qui a conduit à de violents affrontements entre la police du Kosovo et les Serbes locaux.

Le mois suivant, 30 soldats de maintien de la paix de l’OTAN avaient été blessés après des troubles qui ont opposé les troupes de l’alliance et la police locale aux manifestants serbes.

Le chef de la politique étrangère de l’Union européenne, Josep Borrell, a également suggéré que le refus du Kosovo de donner plus d’autonomie aux Serbes dans le nord du pays avait contribué à aggraver la situation.

Un plus grand degré d’autonomie est quelque chose que le Kosovo est censé offrir à la minorité serbe, selon un accord négocié par l’UE mais les dernières négociations entre les deux parties, sous la médiation de l’UE, ont toutes échoué.

Les récentes mesures militaires de la Serbie ont suscité l’inquiétude non seulement au Kosovo mais aussi au sein de la communauté internationale mais aussi aux Etats-Unis qui est l’un des 99 pays DES Nations Unies (sur 193) qui a reconnu l’indépendance de ce pays.

Selon la ministre kosovar des Affaires étrangères, Donika Gervalla-Schwarz, « il n’y a jamais eu une telle concentration de troupes ces dernières années […] L’armement dont ils disposent là-bas, les chars, cela nous donne un mauvais pressentiment car nous ne savons pas comment la communauté internationale va réagir ».

Gervalla-Schwarz a ajouté que le déploiement des troupes serbes n’est pas sans rappeler le renforcement des forces russes autour des frontières de l’Ukraine avant le lancement de l’invasion à grande échelle de ce pays en février 2022.

La Serbie et le Kosovo ont tous deux demandé leur adhésion à l’Union européenne, mais aucun calendrier n’a encore été fixé pour le début des processus.

Le président serbe Aleksandar Vucic a d’ailleurs affirmé que ses forces ne traverseraient pas la frontière avec le Kosovo car cela risquait de compromettre grandement les chances de la Serbie d’adhérer à l’UE.

Dylan White, porte-parole de l’OTAN, a déclaré: «Le Royaume-Uni déploie environ 200 soldats du 1er bataillon du régiment royal de la princesse de Galles pour rejoindre un contingent britannique fort de 400 membres déjà en exercice au Kosovo, et d’autres renforts suivront d’autres Alliés.»

 

Les États-Unis semblent bien avoir constaté une diminution des forces serbes à la frontière ce qui aurait fait baisser la pression d’autant qu’en raison des nombreuses ressources occidentales investies dans le conflit ukrainien rendent toute autre guerre en Europe très problématique.

Pa contre, pour la Russie traditionnellement proche alliée de la Serbie, une telle « diversion » pourrait être la bienvenue.

En Europe, la région des Balkans a longtemps eu la triste réputation d’être une poudrière potentielle, avec des conflits majeurs il y a à peine vingt ans.

Dans ce contexte, il ne serait pas surprenant qu’une nouvelle vague de violence puisse se produire.

En effet, la récente victoire de l’Azerbaïdjan qui est parvenu à récupérer le Haut-Karabakh sans que la communauté internationale de réagisse peut donner des idées à certains, même si la situation sur le terrain est très différente.

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Texte

Alain Rodier