Après deux ans et demi de mise à l’écart (depuis juin 2017) par l’Arabie saoudite suivie par les Émirats Arabes Unis, le Bahreïn et l’Égypte, le Qatar revient dans le jeu grâce à des rencontres officielles et d’autres plus discrètes. Cela est dû au fait que les sanctions prises à son égard n’ont pas fonctionné dans la mesure où le petit émirat a continué à être soutenu par la Turquie et l’Iran et que les Occidentaux se sont bien gardés de laisser tomber ce client si intéressant. La coalition emmenée par Riyad ne demande plus la fermeture de la chaîne Al-Jazira, le départ de la base militaire turque du Qatar et la diminution des relations entretenues entre Doha et Téhéran. Le 10 décembre, le Premier ministre qatari Abdallah Ben Khalifa Al Thani s’est rendu au sommet du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Riyad où il a été reçu personnellement par le roi Salman. D’autres discutions ont eu lieu à Londres et au Japon lors de l’intronisation de l’empereur Naruhito à laquelle Tamim Al Thani a participé.

Il faut dire que Riyad accueillera le sommet du G20 en novembre 2020 et le régime souhaite améliorer son image ternie après l’assassinat du journaliste Kashoggi à Istanbul le 2 octobre 2018 et par son « ensablement militaire » au Yémen. Mais surtout après l’attaque de ses sites pétroliers le 14 septembre 2019 par des drones et missiles vraisemblablement tirés par les Iraniens, Riyad s’est rendu compte que le président Trump ne ferait rien pour défendre le royaume. La neutralisation du major-général Soleimani le 3 janvier était uniquement la réponse à l’attaque le 31 décembre 2019 de l’ambassade américaine à Bagdad par des émeutiers pilotés par Téhéran et Trump craignait que le scénario de 2012 de Benghazi en Libye ne se renouvelle (l’ambassadeur US avait été assassiné dans le consulat américain pris d’assaut). Il reste au Qatar à faire d’importantes concessions – exigées énergiquement par les ÉAU et l’Égypte – comme l’arrêt de son soutien aux Frères musulmans. Il est reproché à la confrérie d’infiltrer la vie politique des États pour parvenir légalement à son but ultime, l’établissement d’un califat mondial gouverné par la charia (le même objectif que les safalistes-jihadistes, mais par d’autres moyens). Toutefois, la situation pourrait se tendre de nouveau car si les pays de la coalition approuvent  la politique américaine pour régler le problème israélo-palestinien (1), le Qatar y est formellement opposé suivant en cela Téhéran !

1.Tout en se livrant à un baroud d’honneur via la Ligue arabe qui a rejeté l’« accord du siècle » au début février.

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Alain RODIER

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