Selon le site InSight Crime, les deux plus redoutables groupes criminels du Brésil — le Premier Comando de la Capitale (PCC) et le Comando Vermelho (CV) — seront désignés « organisations terroristes étrangères » (Foreign Terrorist Organisation, FTO) par les États-Unis à compter du 5 juin 2026. Cette classification permet aux États-Unis à recourir à la force militaire et à intervenir dans le cadre du mandat relatif à la guerre contre le terrorisme décrété après les attentats du 11 septembre 2001.
Cette décision a été prise après la visite du sénateur brésilien Flávio Bolsonaro à Washington, auprès de Donald Trump, Marco Rubio et JD Vance. Cet homme politique brésilien est le fils aîné de l’ex-président Jair Bolsonaro. Sénateur depuis 2019, il a été élu en 2003 député de l’État de Rio de Janeiro à quatre reprises. Le secrétaire Rubio a déclaré que ces groupes « sont les plus dangereux du Brésil » et que leur influence s’étend à toute la région et jusqu’aux États-Unis.
Le gouvernement de Luiz Inácio Lula da Silva a tenté d’empêcher cette désignation, craignant une ingérence américaine et une instrumentalisation politique à des fins électorales. Le Brésil conteste cette désignation, car sa loi antiterroriste restreint ce terme aux actes motivés par la xénophobie ou les préjugés.
Ces groupes sont les premières organisations brésiliennes à être ajoutés à la liste des FTO (1), qui compte déjà quinze organisations latino-américaines originaires du Mexique, d’Équateur, d’Haïti, de Colombie, du Venezuela et d’Amérique centrale.
Les résidents d’origine brésilienne sont peu nombreux : environ 500 000 pour plus de 300 millions d’habitants. En conséquence, le PCC n’y a qu’une présence très limitée aux États-Unis. Par contre, il blanchit d’importantes sommes d’argent via des banques américaines.
Le CV n’a jamais eu de présence directe confirmée dans le pays. Son principal lien avec les États-Unis passe par le trafic d’armes entre les deux pays. À noter que le Brésil a depuis longtemps une industrie armurière réputée pour le coût très attractif de ses produits.
Le PCC et le CV sont tous deux essentiellement motivés par des intérêts financiers cherchant avant tout à tirer profit du trafic de drogue et autres marchés illégaux.
LE PCC, L'ORGANISATION CRIMINELLE LA PLUS PUISSANTE DU BRÉSIL
Le Premier Comando de la Capitale est la plus grande et la plus sophistiquée des organisations criminelles transnationales (OCT) au Brésil.
Elle est également présente en Amérique latine, en Europe et en Extrême-Orient.
Fondé en 1993 par des détenus de la prison de Taubaté à São Paulo, le groupe a émergé en réaction au massacre de la prison de Carandiru en 1992. Les forces de sécurité brésiliennes y avaient tué plus de cent détenus.
Initialement axé sur la défense des droits des prisonniers et l’amélioration des conditions de détention, le PCC s’est progressivement transformé en une puissante organisation criminelle.
Au fil du temps, il a exploité la surpopulation et le manque de ressources des prisons brésiliennes comme centres de recrutement et d’opérations, ce qui lui a permis de se développer rapidement à travers le pays.
Le groupe a attiré l’attention internationale lors d’une série de rébellions et d’attaques coordonnées, notamment en 2001 et 2006, lorsqu’il a orchestré des soulèvements et des assauts simultanés qui ont mis en lumière l’incapacité de l’État brésilien à contrôler son système pénitentiaire.
Au cours des années 2010, le PCC s’est transformé en un acteur criminel transnational majeur. Il a étendu ses routes de trafic de drogue à des pays voisins, comme le Paraguay et la Bolivie, tissé des liens avec des OCT étrangères, notamment avec les mafias italiennes, et développé de vastes réseaux de blanchiment d’argent.
Le groupe s’est profondément impliqué dans le trafic de cocaïne, le trafic d’armes, les vols, le racket et autres activités illicites.
Le PCC est gouverné par un réseau très décentralisé, composé de secteurs spécialisés appelés « Sintonias ».
À sa tête se trouve Marcos Willians Herbas Camacho, alias « Marcola », qui purge une peine de 234 années de prison au pénitencier fédéral de Brasília inauguré en 2018 pour isoler les détenus les plus dangereux du pays. Mais il commanderait toujours son organisation depuis sa cellule via un organe de direction supérieur connu sous le nom de Haut commandement général (Sintonia Final Geral).
Cependant, le groupe constitue davantage un réseau du crime organisé qu’une structure hiérarchique pyramidale.
Il a permis au PCC de survivre aux arrestations, aux transfèrements de prisonniers et aux opérations de répression gouvernementales souvent très musclées.
Bien que le PCC subisse une pression croissante de la part des autorités brésiliennes, des forces de l’ordre internationales et de groupes rivaux, il demeure l’une des organisations criminelles les plus influentes de l’hémisphère occidental.
Des dissensions internes entre ses dirigeants ont engendré des tensions depuis 2024, mais la rentabilité du groupe, la diversification de ses activités criminelles et son rayonnement international laissent penser qu’il restera une force dominante du crime organisé dans un avenir prévisible.
LE CV, LA PLUS ANCIENNE ORGANISATION CRIMINELLE DU BRÉSIL
Le Comando Vermelho (Commandement rouge) est la plus ancienne organisation criminelle du Brésil et l’un des réseaux criminels les plus influents du pays.
Fondé dans les années 1970 au sein de la prison Candido Mendes de Rio de Janeiro, sous la dictature militaire brésilienne, le groupe a émergé de l’alliance entre criminels et prisonniers politiques de gauche unis pour survivre aux dures conditions carcérales. Initialement connu sous le nom de « Phalange rouge », il a progressivement abandonné ses racines politiques pour se transformer en une organisation criminelle classique.
Le groupe s’est rapidement développé dans les années 1980, parallèlement à l’essor du trafic de cocaïne en Amérique du Sud.
En nouant des relations avec des organisations de trafiquants colombiennes, le CV est devenu un distributeur clé de cocaïne au Brésil et a consolidé son contrôle sur de nombreuses favelas de Rio de Janeiro.
Dans ces communautés marginalisées, il a développé un système de gouvernance parallèle, fournissant des emplois, faisant respecter les règles et palliant les carences de l’État.
Contrairement au PCC plus centralisé, le CV opère à travers un réseau relativement souple de factions locales et de groupes alliés.
Il y regroupe des figures importantes, comme Luiz Fernando da Costa, alias « Fernandinho Beira-Mar », qui purge actuellement une peine de 309 ans et 2 mois au pénitencier fédéral de Mossoró dans l’État du Rio Grande do Norte et Márcio dos Santos Nepomuceno, alias « Marcinho VP ». Ce dernier, incarcéré depuis 1996, doit être libéré cette année de la prison fédérale de haute sécurité de Campo Grande, dans l’État du Mato Grosso do Sul.
Contrairement au PCC, le CV s’appuie sur un contrôle territorial très strict et se distingue par son affrontement direct avec les forces gouvernementales et l’établissement de barrières physiques autour de ses territoires.
Bien que Rio de Janeiro demeure son principal bastion, le groupe s’est étendu à d’autres régions du Brésil, notamment les États d’Amazonas et du Mato Grosso, ainsi qu’à des pays voisins, comme la Bolivie et le Paraguay.
Il joue un rôle majeur dans le trafic régional de cocaïne et a étendu son influence à des zones frontalières stratégiques, dont le bassin amazonien et la zone des trois frontières entre la Colombie, le Brésil et le Pérou.
Le CV doit faire face à la montée en puissance des milices et autres bandes criminelles à Rio de Janeiro (2) ainsi qu’à la pression croissante des forces de sécurité.
Le principal rival du CV est le PCC avec lequel une guerre a débuté en 2016 et qui s’est étendue à tout le Brésil.
Néanmoins, l’organisation a fait preuve de résilience, conservant un contrôle territorial important, se développant dans le cyberespace et demeurant l’un des acteurs criminels les plus puissants du Brésil et d’Amérique du Sud.
S’il est évident que la criminalité organisée représente un danger majeur pour de très nombreux pays (3), il paraît aussi fort probable que cette mesure a été prise par Washington pour des raisons politiques visant le président Luiz Inácio Lula da Silva, qui n’est pas en odeur de sainteté à Washington. Il convient de se rappeler que c’est cette même raison qui a été avancée pour déclencher l’opération militaire contre le Venezuela le 3 janvier 2026 au cours de laquelle le président Nicolás Maduro et son épouse ont été enlevés et emmenés aux États-Unis (4) pour y être jugés pour narcoterrorisme…
Plus globalement, en définissant des entités criminelles comme « terroristes », les États-Unis traitent le problème comme une question de sécurité nationale et non pas comme un cas de lutte internationale contre le crime organisé.
Ainsi, ses services seraient autorisés à agir clandestinement au Brésil et auraient des obstacles juridiques pour partager les résultats de leurs enquêtes avec les autorités brésiliennes en raison des niveaux de secret imposés à leurs propres activités clandestines.
Sur le plan bilatéral, cela pourrait mettre en péril les récents progrès dans la lutte contre les organisations criminelles grâce au renforcement de la coopération entre des entités telles que la police fédérale brésilienne, la DEA et le FBI. Cette manière de procéder peut créer un environnement de méfiance qui sapera les actions conjointes futures.
En plus de cela, cette décision pourrait créer un dangereux précédent. Une puissance étrangère serait en mesure de redéfinir, unilatéralement, la nature de la lutte contre un problème interne brésilien. À partir de là, elle pourrait justifier des actions directes ou indirectes sur le territoire national.
Enfin, cela déplace une partie du centre de décision sur le sujet sensible de la sécurité publique brésilienne hors du pays, ce qui est inacceptable et incompatible avec toute notion fondamentale de souveraineté.
