Afin de contourner en partie l’embargo imposé par les États-Unis sur les ports iraniens de la mer d’Oman, et par contrecoup sur ceux donnant sur le golfe Persique, le Pakistan est venu en aide à Téhéran en ouvrant une voie terrestre qui traverse son territoire par six itinéraires.
Ainsi, six corridors terrestres relient depuis le 25 avril Karachi (port Qassim) et l’important port de Gwadar via les postes-frontières de Gabd et Taftan.
En empruntant la route la plus directe entre Gabd-Gwadar, le temps de trajet est raccourci à environ 2 et 3 heures, ce qui est nettement moins que les 16 à 18 heures requises pour atteindre le port Qassim de Karachi. Ce trajet pourrait réduire les coûts de transport de 45 à 55 % par rapport à ceux d’acheminement de marchandises vers le port de Karachi.
Le trajet entre Gabd et Gwadar permet au fret de circuler loin de la frontière afghane. En effet, les relations des deux pays se sont dégradées depuis les affrontements d’octobre 2025, puis de février et mars 2026 (1), et les zones proches de cette frontière ne sont plus sûres à 100 %.
L’annonce de cette mesure a été faite lors du déplacement qu’a effectué le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, le 24 avril à Islamabad, où il a été reçu par le Premier ministre Shehbaz Sharif et le chef d’état-major, le maréchal Asim Munir. Depuis deux mois, le Pakistan sert d’intermédiaire entre Washington et Téhéran pour mettre un terme à la guerre.
Officiellement, cette ouverture d’itinéraire permet de poursuivre des échanges commerciaux bilatéraux, Islamabad ne s’étant pas associée aux sanctions décrétées par les Occidentaux contre Téhéran.
En réalité, c’est un moyen de contourner en partie le blocus naval pour fournir à l’Iran des marchandises de première nécessité. Ainsi, plus de 3 000 conteneurs qui étaient bloqués dans les ports pakistanais peuvent être désormais acheminés par la route vers l’Iran.
Ces voies terrestres devraient transformer les importants ports de Gwadar et de Karachi en hub pour les marchandises entrant en Iran, mais aussi, à terme, pourraient permettre à Téhéran d’exporter une partie de son pétrole. Cela impliquerait la mise en œuvre de milliers de camions-citernes qui ne peuvent échapper à la vigilance des satellites espions occidentaux.
Les motivations du Pakistan sont claires : l’activation du port de Gwadar par le corridor économique qui relie la Chine au Pakistan lui permet de percevoir des droits de transit et de soutenir l’accès de Pékin à la zone, tout en faisant concurrence au port iranien de Chabahar, actuellement bloqué par l’US Navy.
Islamabad ne prend pas part officiellement au conflit, mais monétise ses accès.
À noter que, pour les transporteurs maritimes, les primes d’assurance contre les risques de guerre sont passées d’environ 0,12 % de la valeur d’un navire avant la guerre déclenchée contre l’Iran à environ 5 %, ce qui devient prohibitif pour de nombreux opérateurs.
Cela va rendre furieux Donald Trump, mais il a trop besoin du Pakistan dans la zone pour sanctionner ce pays sérieusement. Quant à une action militaire, le Pakistan est une puissance nucléaire, donc intouchable…
- Voir « Affrontements entre le Pakistan et l'Afghanistan » du 3 mars 2026.
