L'Iran a plus que jamais besoin de ses soutiens extérieurs chinois et russe. Mais si le premier lui est globalement assuré - en toute discrétion(1) -, le second a toujours des limites, Moscou entretenant des liens étroits avec Israël.

En effet, depuis des dizaines d’années, ces deux pays sont des partenaires dans le domaine de l’industrie militaro-technologique.

Cette proximité historique, toujours d’actualité, impose des limites claires au soutien russe à l’Iran, le restreignant principalement au domaine diplomatique tout en empêchant d’importants transferts militaires vers l’Iran.

Historique

Les fondements de l’industrie de défense israélienne, notamment en matière de radars et de systèmes de missiles, reposent sur la rétro-ingénierie d’équipements soviétiques réalisée depuis les années 1960.

Ce processus a été considérablement amplifié dans les années 1990, avec la vague d’émigration soviétique qui a amené environ un million de migrants en Israël, dont beaucoup étaient qualifiés.

Certains ont alors été recrutés en tant qu’ingénieurs et scientifiques dans des entreprises du complexe militaro-industriel israélien comme Rafael, Israel Aerospace Industries (IAI) et Elbit, contribuant de manière décisive à des projets emblématiques tels que le Dôme de fer, les missiles Arrow et des solutions dans le domaine de la cybersécurité.

Cette population arrivant en Israël a apporté non seulement des connaissances, mais aussi un savoir-faire industriel et militaire acquis au cours d’activités professionnelles antérieures.

La formation soviétique en algorithmes, radars et aérospatiale était fondamentale, et nombre de ces professionnels ont accédé à des postes de direction dans la recherche et le développement. Ces échanges humains ont tissé des liens étroits entre la Russie et Israël dans les secteurs gouvernemental, technologique et militaire.

Chose étonnante mais aujourd’hui, certaines entreprises technologiques russes sont dirigées par des personnes possédant la nationalité israélienne.

Bien qu’Israël dispose maintenant d’une industrie de défense avancée, l’État hébreu doit beaucoup aux Soviétiques, aux Américains et aux Français pour le transfert de technologie initial.

Au-delà de la dimension militaire, des liens culturels consolident cette relation. L’importante présence de russophones en Israël – environ 20 % de la population – crée un pont naturel entre les deux pays.

Cette communauté entretient des liens familiaux, commerciaux et politiques qui rendent toute rupture improbable entre les deux capitales même s’il existe de sérieuses frictions, en particulier au sujet de l’Ukraine.

En réalité, la Russie est prise entre deux feux.

Ce n’est pas un hasard si Moscou a maintes fois retardé des livraisons d’armes à l’Iran, cédant souvent aux pressions israéliennes :

– en 2007, le contrat pour les systèmes S-300 a été signé, mais la livraison n’a eu lieu que neuf ans plus tard, en 2016 ;

– en 2016, un accord concernant les chasseurs Su-30 a été annoncé par les deux parties, mais il ne s’est jamais concrétisé ;

– à partir de 2021, l’Iran aurait commandé et même payé un lot de 48 Su-35. Les négociations se sont prolongées jusqu’en 2023, avec des annonces d’accords majeurs, mais à ce jour, aucun Su-35 n’a été livré.

D’autres accords concernant les Su-34 n’ont pas abouti non plus.

L’Iran n’a jamais reçu que quelques vieux MiG-29.

Selon des sources journalistes US, un « accord secret » aurait été signé entre les deux pays en décembre 2025 prévoyant la livraison 500 postes de tir antiaériens Verba et 2.500 missiles 9M336 livrable à partir de … 2027. En dehors du fait que ces armements ne constituent pas une défense anti-missiles, leur livraison devrait débuter (si elle a lieu) bien après la crise actuelle…

Ces retards et autres annulations ont contraint l’Iran à investir – avec l’aide de Pékin – dans le développement national de missiles, de systèmes de défense et de radars, un domaine où le pays est devenu réputé en matière de publications scientifiques.

Les radars iraniens ont réussi à détecter et à verrouiller des avions F-35 israéliens dès 2019, puis à nouveau en 2024.

Ces dernières années, Israël savait qu’il pouvait agir contre le programme iranien, notamment en matière de production de missiles sans se heurter à une opposition russe significative.

À partir du 8 janvier 2026, devant la situation de plus en plus critique en Iran(2), la Russie a commencé à évacuer ses diplomates et leurs familles d’Israël alors que les manifestations anti-régime avaient explosé à travers l’Iran.

La crainte d’un embrasement général au Proche-Orient est certainement derrière les mesures adoptées par Moscou en Israël qui n’échappera à une sévère frappe si les Américains mettent leurs menaces d’attaque de l’Iran à exécution(3).

(1) Voir : « Face aux États-Unis, la Chine aide l’Iran » du 12 février 2026.

(2) Voir : « L’avenir de l’Iran se joue actuellement » du 15 janvier 2026.

(3) Voir : « Iran : quelle est la situation ? » du 17 février 2026.