Le 3 mai 2026, des unités de la Garde civile espagnole ont intercepté le cargo Arconian dans l’océan Atlantique au large de Dakhla, dans les eaux marocaines, et l’ont escorté jusqu’au port de Las Palmas, dans les îles Canaries.
Le navire transportait entre 30 et 45 tonnes de cocaïne. Les autorités ont décrit cette opération comme l’une des plus grandes saisies de cocaïne dans l’histoire espagnole et européenne ; la plus importante faite jusque-là par les Espagnols étant de 13 tonnes.
Ce cargo battant pavillon comorien âgé de 37 ans présentait des caractéristiques suspectes.
Il avait disparu pendant plus d’un mois, débranchant sa balise de géolocalisation avant de réapparaître sous un autre nom et autre pavillon.
Son propriétaire déclaré est la société Serenity Shipping SL Ltd, qui ne possède qu’un seul navire basé à la Sierra Leone, mais n’a pas de gestionnaire identifié.
Début 2026, il avait disparu plus d’un mois. Le 15 mars 2026, le navire a réapparu au Sénégal, sous une autre immatriculation ayant changé son pavillon de la Sierra Leone pour celui des Comores.
Il est ensuite parti de Freetown à la Sierra Leone, puis a transité vers le nord par le Sénégal, les eaux mauritaniennes et marocaines. Sa destination déclarée au moment de l’interception était Benghazi, en Libye.
Au total, 23 membres d’équipage ont été arrêtés par la Guardia Civil, dont 17 marins philippins et 6 Congolais qui assuraient la sécurité avec des M16 et autres armes de poing.
L’Arconian transportait du carburant vraisemblablement destiné à refaire le plein de vedettes rapides chargées de débarquer la cocaïne sans que le cargo ait à accoster.
LE « CORRIDOR AFRIQUE DE L'OUEST »
L’Arconian a emprunté ce que l’on appelle le « corridor Afrique de l’Ouest », qui débouche sur les îles Canaries, puis l’Europe continentale. C’est l’une des principales voies de transit de la cocaïne dans l’océan Atlantique. Les expéditions en provenance d’Amérique du Sud, principalement de Colombie, du Venezuela et de l’Équateur, entrent en Afrique de l’Ouest par voie maritime ou aérienne. Elles sont transférées à des navires commerciaux dans le golfe de Guinée ou dans les ports d’Afrique de l’Ouest et commencent leur transit vers le nord vers les réseaux de distribution européens.
La Sierra Leone, la Guinée-Bissau et le Sénégal sont régulièrement considérés comme des points de chargement ou de stockage temporaire. Les îles Canaries fonctionnent comme un point de passage, soit pour le transbordement vers des navires plus petits, soit pour le déplacement direct vers les ports ibériques.
La Libye, en particulier Benghazi, est une destination plus récente, mais Benghazi est déjà bien connue pour être un nœud logistique pour tous les trafics du côté sud de la Méditerranée.
L’augmentation du nombre de saisies de cargaisons de cocaïne massives s’explique en partie par la hausse continue de la production de cocaïne dans des pays comme la Colombie, et par la demande croissante pour les drogues en Europe.
Cette saisie illustre certaines des évolutions les plus marquantes de la filière de la cocaïne ces derniers temps.
Les autorités ont établi un lien entre cette cargaison et la « Mocro Maffia », terme générique désignant un réseau de clans et de structures criminelles basés aux Pays-Bas.
L’acheminement d’une cargaison de 30 tonnes de cocaïne exige une confiance absolue dans l’itinéraire et les méthodes de transport utilisées. Dans ce cas précis, l’Arconian a quitté les côtes de la Sierra Leone, en Afrique de l’Ouest. Le rôle de cette région comme point de transit pour la cocaïne latino-américaine à destination de l’Europe a connu une croissance spectaculaire depuis 2019. Pourtant, la Sierra Leone n’a attiré l’attention internationale qu’au début 2025, lorsque les autorités ont détecté la présence dans le pays de l’une des figures les plus importantes du trafic transnational de drogue, le Néerlandais Jos Leijdekkers, alias « Bolle Jos ». Il se serait installé en Sierra Leone en 2024, où il a entamé une relation avec la fille du président, Julius Maada Bio, dont il a eu une fille. La même année, Bolle Jos a été condamné par contumace à 24 ans de prison par un tribunal néerlandais pour son implication dans des opérations de trafic de drogue et une tentative de meurtre. Malgré les efforts déployés par les Pays-Bas pour obtenir son extradition, Bolle Jos demeure en Sierra Leone.
Le renforcement de la surveillance des principaux ports européens qui reçoivent traditionnellement d’importantes cargaisons de cocaïne, tels que Rotterdam et Anvers, a contraint les réseaux criminels à trouver de nouvelles méthodes pour contourner ces contrôles. L’utilisation de vedettes rapides pour récupérer des cargaisons en mer ou les transporter par voie maritime est devenue de plus en plus courante. Dans le sud de l’Espagne, destination présumée de cette cargaison, l’utilisation de ces navires à grande vitesse a permis aux trafiquants de drogue d’acheminer d’importantes quantités de cocaïne vers l’intérieur des terres par des voies alternatives aux ports, comme le fleuve Guadalquivir.
