La Turquie a tenu l’important salon d’armement SAHA 2026 à Istanbul du 6 au 9 mai.
Cette exhibition était intéressante, car, comme l’a récemment affirmé le président turc Recep Tayyip Erdoğan : « La Turquie se trouve dans une zone géographique d’une importance stratégique majeure au cœur de trois continents où les affrontements internationaux ne manquent jamais… la première condition de survie dans une telle zone géographique est la dissuasion. »
Lors de cette manifestation qui réunissait 1 763 entreprises, dont 1 500 turques, 203 produits aux fonctionnalités inédites y ont été présentés pour la première fois.
Le projet le plus marquant était le missile balistique intercontinental « YıLDırımhan », dont une maquette était exposée. D’après le ministère de la Défense turc, ce missile pourrait atteindre une vitesse supersonique de Mach 25 et avoir une portée théorique de 6 000 kilomètres.
Il utilise du peroxyde d’azote liquide comme carburant et est propulsé par quatre moteurs-fusées. La combinaison de sa vitesse et de sa manœuvrabilité lui permet d’atteindre des zones cibles tout en limitant les capacités d’alerte précoce et d’interception d’un adversaire éventuel. Il peut emporter une charge militaire de trois tonnes. Aucun autre détail complémentaire n’a été dévoilé, mais ses dimensions impressionnantes et le fait qu’il soit propulsé par un carburant liquide laissent à penser qu’il pourrait être installé dans des silos, bien qu’un porteur lui soit destiné. La Turquie ne manque pas d’adversaires potentiels omnidirectionnels dans les décennies à venir où tout est possible.
Sa tête militaire de trois tonnes peut aussi largement accueillir des charges multiples. La question qui se pose est donc celle du développement possible d’une arme nucléaire par Ankara qui, volontairement, maintient le doute sur ce sujet depuis des années. Mais de nombreux analystes estiment que s’il est prouvé dans l’avenir que l’Iran est en mesure de se doter de l’arme nucléaire, plusieurs pays suivront, dont l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Turquie…
Lors du même salon, le missile tactique « Tayfun Block 4 » a été présenté (il était déjà présent lors de l’exposition IDEF 2025.) Il a une longueur de dix mètres pour un poids de sept tonnes (contre deux pour la version d’origine « Bora », rebaptisée « Tayfun Block 1 »). Il pourrait emporter une charge militaire d’une tonne contre 500 kilos pour le « Tayfun Block 1 ». Sa portée pourrait atteindre les 1 500 kilomètres.
Le « Tayfun Block 4 » est conçu pour être déployé à partir d’un tracteur-érecteur-lanceur basé sur le camion 8×8 Derman de Koluman. Compte tenu des nouvelles contraintes des champs de bataille de demain, en particulier la menace que représentent les drones, la mobilité de la plateforme et la portée de ce missile devraient lui permettre de jouer un rôle tactique important.
Le premier objectif de l’industrie de défense turque est de fournir ses forces armées — les secondes en importance après celle des États-Unis au sein de l’OTAN. Le ministre de la Défense, Yaşar Güler, a déclaré : « Le stade que nous avons atteint est une source de fierté, mais le développement technologique et la diversification des besoins nous obligent à nous renouveler constamment […] Dans ce contexte, notre ministère poursuit ses efforts avec une grande détermination pour répondre aux besoins de nos forces armées. »
En dehors des missiles cités plus avant, plusieurs technologies de nouvelle génération ont été présentées pour la première fois.
Le groupe turc Baykar a dévoilé une munition rôdeuse Mizrak dotée de capacités autonomes faisant appel à l’intelligence artificielle. Elle aurait une portée de plus de 1 000 kilomètres.
Baykar a exposé pour la première fois son drone kamikaze K2 et la munition rôdeuse Sivrisinek.
Le système d’armes à énergie dirigée ALKA-KAPLAN HYBRID, développé conjointement par Roketsan et FNSS, également connu comme « arme laser », a été présenté avec des capacités améliorées.
Mais la Turquie commence aussi à s’imposer en tant qu’exportateur d’armes, espérant bientôt jouer dans les « dix premiers » (1). Plus la Turquie exporte des matériels militaires, moins elle les paye cher pour ses forces armées.
Ses drones ont contribué à la réputation de fiabilité de ses armes avec ses succès à l’export vers l’Azerbaïdjan et l’Ukraine.
Lors de ce salon, une rumeur insistante a circulé comme quoi l’Espagne serait intéressée par le chasseur-bombardier de 5e génération « Kaan », développé par Turkish Aerospace Industries (TAI).
Madrid a déjà commandé à Ankara trente avions d’entraînement Hürjet pour remplacer les F-5 Tiger de l’Ejército del Aire y del Espacio, dans le cadre d’une coopération entre Airbus et TAI.
Le « Kaan » est destiné à remplacer les F-16 des forces aériennes turques à partir des années 2030. Actuellement propulsé par deux réacteurs General Electric F110 de conception américaine, le « Kaan » reposera à l’avenir sur le moteur TF35000 en cours de développement.
Indiscutablement, la Turquie joue un rôle de premier plan sur le flanc sud de l’OTAN. De plus, elle est de plus en plus en plus interventionniste à l’étranger, en particulier en Azerbaïdjan, en Syrie, dans le nord de l’Irak, en Somalie et en Libye.
Selon les jeux politiques actuels, elle s’oppose durement à Israël en soutenant la cause palestinienne et en intervenant en Syrie. Heureusement, pour le moment, ces affrontements ne sont que rhétoriques.
Les Européens, qui se méfient de la Turquie pour des raisons historiques — et d’autres —, semblent ne pas mesurer l’importance stratégique que la position géographique de ce pays — entre l’Orient, le Caucase et l’Occident — lui donne. Cela ne semble pas déranger outre mesure Ankara, qui est consciente de ses atouts, dont le premier est le nationalisme assumé de ses citoyens.
- En réaction aux sanctions décrétées contre la Turquie dans les années 1980 en raison de la répétition de coups d'État militaires, Ankara s'est efforcée de développer une industrie de défense nationale. Sans être encore autosuffisante, elle est néanmoins devenue exportatrice et, surtout, a développé des systèmes d'armes qui ont révolutionné la tactique militaire, en particulier avec l'arrivée des drones aériens et navals.
