Les autorités néerlandaises offrent une prime record de deux millions d'euros pour toute information permettant l'arrestation de Jos Leijdekkers, né en 1991, l'un des hommes les plus recherchés d'Europe.

Le fugitif de 35 ans, également connu sous le nom de « Bolle Jos » (« Jos le joufflu »), est accusé par la police néerlandaise d’être « l’un des acteurs clés du trafic international de cocaïne ».

En 2024, un tribunal de Rotterdam a condamné Leijdekkers par contumace à 24 ans de prison après l’avoir reconnu coupable de trafic de plus de sept tonnes de cocaïne.

Plusieurs autres enquêtes policières à son sujet sont toujours en cours aux Pays-Bas.

Leijdekkers a également été condamné à 79 ans de prison en Belgique.

Les autorités néerlandaises estiment qu’il a gagné des dizaines de millions d’euros grâce à la contrebande de cocaïne et l’accusent de blanchiment d’argent et de l’usage de violence la plus sauvage.

Commentant la décision d’augmenter la récompense par dix, le ministre néerlandais de la Justice, David van Weel, a déclaré que « elle était nécessaire compte tenu de la menace que représente Leijdekkers pour la sécurité nationale, notre État de droit démocratique et l’ordre juridique international ».

Les procureurs néerlandais ont déclaré que la capture de Leijdekkers était leur « priorité absolue » et que toute information partagée serait gardée secrète.

Il est répertorié par Europol, l’agence européenne de coopération policière, parmi leurs fugitifs les plus recherchés.

L’agence relie notamment Leijdekkers à la disparition le 20 octobre 2019 de Naima Jillal, une courtière de drogue (Néerlandaise d’origine marocaine) de la « Mocro Maffia ». Surnommée « la marraine de la drogue », elle a été vue pour la dernière fois en train de monter dans une Volkswagen Polo à Amsterdam, après être revenue d’Espagne, où elle résidait.

Elle servait d’intermédiaire entre des cartels latino-américains et les investisseurs européens participant à l’importation de tonnes de cocaïne en louant des emplacements dans des conteneurs transitant par les ports d’Anvers et de Rotterdam.

Le décryptage des communications cryptées sur EncroChat et Sky ECC a permis de découvrir dans le téléphone du chef de la « Mocro Maffia », Ridouan Taghi, arrêté à Dubaï (1) en décembre 2019, trois clichés d’une femme correspondant à Naima Jillal. Celle-ci apparaît nue, ligotée à une chaise, horriblement torturée et dont les doigts ont été sectionnés.

Les métadonnées des photos indiquent qu’elles ont été prises dans la nuit du 20 au 21 octobre 2019, soit à peine quelques heures seulement après la disparition de Naima Jillal à Amsterdam.

Son enlèvement probable et sa mort — dont la responsabilité est imputée à Leijdekkers — seraient liés à un conflit interne concernant des saisies de cargaisons de drogue (notamment 3 800 kilos de cocaïne en 2016) ayant généré d’immenses dettes financières auprès de ses associés criminels.

L'EXIL EN SIERRA LEONE

En janvier 2025, la police néerlandaise a indiqué que Leijdekkers vivait en Sierra Leone (2) et où il se fait appeler Omar Sherrif. Il y avait été photographié lors d’un service religieux à Tihun.

Des images le montrent apparemment en compagnie du président Julius Maada Bio et de sa fille Agnes Bio avec laquelle il serait en couple. Cette dernière est diplomate, accréditée auprès du Conseil de sécurité des Nations unies (coresponsable de l’équipe Jeunesse, paix et sécurité de la mission permanente de la Sierra Leone à l’ONU).

La justice néerlandaise a réclamé son extradition, mais la Sierra Leone a refusé de coopérer, ce qui a poussé l’UE à réduire une partie de l’aide au pays et provoqué un séisme politique intérieur. Le président Julius Maada Bio a assuré qu’il ne briguerait pas un autre mandat en 2028…

UNE NOUVELLE DROGUE SE RÉPAND EN AFRIQUE DE L'OUEST

L’Afrique de l’Ouest constitue un point de transit majeur pour le trafic de cocaïne en provenance d’Amérique latine.

Mais le « kush », une nouvelle drogue très puissante et peu chère, se répand en Afrique de l’Ouest depuis 2024, particulièrement en Sierra Leone, au Liberia, en Guinée, au Sénégal, au Ghana, au Nigeria, en Côte d’Ivoire et en Gambie, confrontant ces pays à une crise sanitaire et sécuritaire majeure.

Le kush est une drogue de synthèse ultra-destructive composée de cannabinoïdes de synthèse et de nitazènes (des opiacés de synthèse jusqu’à 25 fois plus puissants que le fentanyl). Les produits de base proviennent principalement de Chine et transitent via des réseaux au Royaume-Uni et aux Pays-Bas avant d’être acheminés en Afrique de l’Ouest par voies maritimes ou postales. Vendue à très bas prix, cette drogue est généralement fumée, mélangée à du tabac. L’addiction touche des populations de plus en plus jeunes. À Freetown, la capitale de la Sierra Leone, des quartiers entiers sont submergés par des usagers plongés dans un état de léthargie ou de transe. Le kush provoque des lésions organiques permanentes, des troubles psychiatriques sévères ainsi qu’une hausse dramatique des violences sexuelles. En Sierra Leone, cela a obligé le président Julius Maada Bio à déclarer l’état d’urgence en 2024 (comme au Liberia).

Les observateurs du crime organisé craignent que cette nouvelle drogue bon marché et très dangereuse ne se répande un peu comme le fentanyl… Et la Mocro Maffia est très bien placée pour cela, ayant des territoires au Maroc, en Europe occidentale (principalement aux Pays-Bas et en Espagne, en Amérique latine et au Proche-Orient). Elle entretient des relations d’affaires avec de nombreuses autres organisations criminelles transnationales italiennes, irlandaises, latino-américaines et iraniennes…

1. Voir : « Des membres de la “Mocro Maffia” condamnés » du 28 février 2024.
2. Voir : « Le trafic de drogue vers l'Europe évolue » du 22 mai 2026.