Alors que le conflit entre dans sa quatrième année, la situation militaire au Soudan s'est enlisée dans une partition de fait du pays, caractérisée par une guerre d'usure et l'absence totale de percée décisive. Les dirigeants des forces antagonistes durcissent leurs discours, affirmant être prêts à poursuivre les combats pendant encore plusieurs années.

C’est dans ce contexte qu’une vague de frappes de drones des paramilitaires des Rapid Support Forces (RSF) a visé récemment l’aéroport de Khartoum et plusieurs autres sites sensibles situés, notamment, dans plusieurs localités au Kordofan du Nord, au Nil Bleu, à Gedaref, à l’est du pays, et Al-Jazira au centre. Les autorités de Khartoum ont renouvelé leurs accusations à l’encontre de l’Éthiopie, soupçonnée de soutenir les paramilitaires des RSF guidées par le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit « Hemetti » (petit Mohamed), accusations rejetées par Addis-Abeba. Dès sa récente prise de fonctions, le chef des South Sudan People’s Defence Forces (SSPDF), le général Santino Deng Wol, nommé à ce poste par décret du président Salva Kiir, a annoncé un cessez-le-feu unilatéral avec le mouvement de l’opposant Riek Machar. Un cessez-le-feu de prime abord rejeté, après la prise d’Akobo, puisque les combats entre les forces du Sudan People’s Liberation Movement-in-Opposition (SPLM-IO) et les Sudanese Armed Forces (SAF), les forces armées régulières menées par le général al-Burhan, n’avaient toujours pas cessé fin mai dernier. À cette même date, les SAF contrôlaient toujours le nord, l’est et le centre du pays, reprenant notamment Al-Keili, dans l’État du Nil Bleu, et bloquant la progression des paramilitaires vers le hub régional de Damazin. De leur côté, les RSF demeuraient profondément ancrées à l’ouest du pays, contrôlant désormais la quasi-totalité de la région du Darfour, après la chute d’El Fasher, et plusieurs zones du Kordofan, tentant de consolider leurs lignes d’approvisionnement logistique transfrontalières. Actuellement, le Kordofan, qui n’est pas entièrement aux mains des SAF, est l’un des principaux champs de bataille du pays, violemment disputé et fragmenté entre trois régions distinctes : le Kordofan du Nord, où les SAF contrôlent El Obeid, la capitale stratégique régionale, sa base aérienne majeure, de nombreuses localités environnantes et les principaux axes routiers (Sodari et Um Badr notamment) ; le Kordofan occidental, où les RSF sont fortement implantées et contrôlent en particulier les infrastructures énergétiques (les SAF ont dû se retirer du gisement pétrolier de Heglig, le plus grand du pays) ; quant au Kordofan du Sud, la situation y est la plus complexe en raison de l’intervention d’un troisième acteur majeur, le Sudan People’s Liberation Movement-North (SPLM-N), mené par Abdelaziz al-Hilu. Le 19 mai dernier, après près d’un an que la coalition formée par le SPLM-N et les RSF assiégeait les villes de Kadugli et Dilling, les SAF ont brisé ces deux sièges, contraignant les forces rebelles à se replier dans l’État du Nil Bleu. Les SAF ont également annoncé avoir repris le contrôle de la zone stratégique de Khor Hassan, infligeant de lourdes pertes aux forces conjointes du SPLM-N et des RSF.