Le ministère des Armées (Minarm) a procédé à une série de tirs techniques pour départager les propositions des équipes industrielles visant à développer une capacité de frappe à longue portée terrestre (FLP-T). Ce programme, lancé en 2023 par le Minarm, appelle une roquette apte à frapper à une distance d’environ 150 km, pour remplacer les neuf lance-roquettes unitaires (LRU) actuels de l’armée de Terre (plusieurs autres ayant été cédés à l’Ukraine), limités à environ 70-80 km, à guidage GPS. Cet équipement est déjà obsolescent, et l’armée de Terre prévoit de le conserver jusqu’en 2030, faute de mieux. Le nombre de roquettes M31 est aussi très limité. Ce qui, au total, ne permet pas d’en faire une capacité réellement opérationnelle dans la durée.
La France privilégie encore une solution souveraine, mais n’exclut pas des achats sur étagère à l’étranger (États-Unis, Corée du Sud, Inde) pour aboutir plus vite, ou compenser des contrats exports.
Safran et MBDA ont, les premiers, ouvert le bal sur l’île du Levant avec leur Thundart, qui profite des technologies déjà éprouvées et en cours d’évolution sur la gamme des armements air-sol modulaires. Un argument clair en faveur de cette solution. MBDA est en outre le missilier de référence en France, en Europe, et dans le monde (no 2 mondial derrière Raytheon). Stratégiquement, un tel outil ne peut lui échapper. Safran et MBDA se connaissent bien, par ailleurs, MBDA appuyant son équipementier pour la commercialisation export. Le premier tir a eu lieu le 14 avril, seulement 18 mois après le démarrage de la compétition. Le propulseur est développé par Roxel, la filiale propulsion de MBDA, qui a développé la solution en à peine plus d’un an. Les deux sociétés mobilisent une centaine d’ingénieurs sur le sujet. Une évolution pour une solution plus endurante fait aussi partie des projets des deux acolytes.
Leurs concurrents, ArianeGroup (une société codétenue par Safran et Airbus, actionnaires des sociétés de l’offre concurrente…) et Thales, qui n’ont pas d’antériorité dans ces domaines, ont eux aussi dégainé leur solution, également testée au Levant le 5 mai. La FLP-T 150 est associée à un lanceur X-Fire codéveloppé par Soframe et Thales. Ce dernier insiste sur son récepteur GNSS antibrouillage TopStar Smart Receiver et sa centrale inertielle TopAxyz.
Mais aussi sur le maillage territorial du programme, avec les sites de Valence, Cholet, Gennevilliers, Élancourt et la Ferté Saint-Aubin (spécialisé historiquement dans les roquettes légères air-sol), Duppigheim pour Soframe et Bordeaux pour ArianeGroup (là où sont fabriqués les missiles balistiques, la spécialité d’ArianeGroup). ArianeGroup développe les systèmes de propulsion et de pilotage de la FLP-T 150.
Le premier tir du X-Fire, un 8×8, est intervenu un peu plus tard en mai, à savoir le 20. Il s’agit en fait d’un lanceur sol-sol polyvalent qui peut permettre de tirer des munitions FLP-T 150 ou autres. Le véhicule a notamment expérimenté la roquette d’entraînement à induction de Thales, la X-Fum, en calibre 68 mm.
Soframe répond ainsi à la proposition de Turgis & Gaillard, qui était sorti le premier en proposant au Minarm une approche plus agile pour répondre à la succession du LRU. La maturité complète du concept n’est pas précisément datée, Thales et ArianeGroup évoquant des livraisons possibles avant la fin de la décennie. La dotation prévue est de 26 unités, et le Sénat ambitionne même d’en financer le double (lire par ailleurs).
À noter que Lockheed Martin, le fabricant du HIMARS, a, quant à lui, proposé des livraisons rapides au profit de la France.
