Ned Price, le porte-parole du Département d’État a déclaré le 15 février : « notre estimation qui correspond à celle des Nations Unies est que le nouveau leader de facto d’Al-Qaida, Saif al-Adel, est basé en Iran ».

Le rapport des Nations Unies publié le 14 février déclare que l’hypothèse prédominante parmi les États membres est qu’Adel est maintenant le « leader du groupe [Al-Qaida] assurant la continuité pour l’instant ».
Mais, toujours selon ce rapport, Al-Qaida ne l’aurait pas reconnu officiellement comme « émir » étant donnée la sensibilité du sujet pour les autorités taléb en Afghanistan qui n’ont pas voulu admettre officiellement qu’Al-Zawahiri avait été tué par un missile américain dans sa maison de Kaboul le 31 juillet 2022.
Il souligne également que le mouvement sunnite islamiste Al-Qaida est très précautionneux sur le sujet d’Adel qui réside en Iran majoritairement chiite. « sa localisation pose question sur l’ambition portée par Al-Qaida d’assurer la direction du mouvement global [salafiste-jihadiste] face à la concurrence de Daech ».

Adel de son vrai nom Mohammed Salah al-Din Zaidan, serait né au début des années 1960. Cet un ancien lieutenant-colonel des forces spéciales égyptiennes (il y a des doutes sur ce grade car il aurait alors été nommé bien jeune) aurait participé à l’assassinat du président Anouar el Sadate en 1981. Il est arrêté en 1987 pour une tentative de coup d’État mais il ne passe qu’un an en prison. Il rejoint le Pakistan d’où il rejoint le « Bureau d’aide aux réfugiés » (Maktab al-Khidamat – MAK) dirigé par le Palestinien Abdullah Azzam qui sera le mentor d’Oussama Ben Laden. Dans ce cadre, il participe à la fin de la guerre contre les Soviétiques qui ont envahi l’Afghanistan depuis 1979. Il effectue ensuite un séjour en Somalie et participe notamment à la bataille de Mogadiscio en 1993. Il rencontre pour la première fois Ben Laden qui vit en exil au Soudan sous la protection d’Hassan al-Tourabi qui a fondé le Congrès Mondial Islamique qui fédère tous les mouvements jihadistes de la planète, chiites y-compris. C’est à ce moment là qu’Adel aurait approfondi auprès du Hezbollah libanais ses connaissances en explosifs acquises à l’armée. La collaboration d’Al-Qaida naissante et le Hezbollah libanais cessera peu après pour des raisons idéologico-religieuses.
En 1996, il rentre avec Ben Laden au Pakistan et devient son principal adjoint opérationnel. Il convient de souligner que Ben Laden est un leader politico-religieux expert en logistique mais n’a pas de compétences particulières dans le domaine militaire.
Adel aurait participé à la formation des terroristes qui ont attaqué les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie en 1998.
Selon la légende, il aurait ensuite participé à l’entraînement de certains kamikazes du 11 septembre 2001. Il semble qu’en réalité, il se serait opposé à ce projet.

Après l’invasion de l’Afghanistan par les forces américaines fin 2001, il se serait réfugié en Iran avec une partie de la famille d’Oussama Ben Laden (qui lui avait rejoint le Pakistan).
Comme tous les membres d’Al-Qaida qui avaient choisi de fuir en Iran, il aurait été placé en détention puis en résidence surveillée. Son régime se serait peu à peu assoupli et selon Ali Soufan, un ancien Agent spécial du FBI spécialisé dans l’anti-terrorisme, il aurait pu effectuer des déplacements au Pakistan [où il aurait bien pu rencontrer Ben Laden].
À la mort de Ben Laden le 2 mai 2011 neutralisé par un commando de Navy Seal à Abbottābād , il aurait été désigné temporairement chef d’Al-Qaida avant qu’Al-Zawahiri ne soit officiellement investi « émir » de la nébuleuse.

L’Agent Soufan a aussi écrit en 2021 dans un article dans une publication du West Point Combating Terrorism Center’s CTC : « Saif est le soldat professionnel le plus expérimenté dans le mouvement jihadiste mondial et son corps porte les cicatrices de la bataille […] Quand il passe à l’acte, il le fait avec la plus implacable efficacité ».

Le communiqué du Département d’État américain est à prendre avec précautions. Il se base sur un rapport de l’ONU qui, dans le domaine du terrorisme, s’est souvent trompé. Ce rapport dont on ne connaît pas les sources, avance que la « logique » voudrait qu’Adel ait pris la succession de Zawahiri car il est la personnalité la plus connue de la nébuleuse.
Il situe Adel en Iran hors des informations (certes non recoupées) laissent à penser qu’il a quitté ce pays pour une destination inconnue autour de l’année 2015 (il a même été signalé du côté des rebelles en Syrie).
Cela est dans l’intérêt de Washington de faire courir la rumeur que le « nouvel émir » d’Al-Qaida est en Iran protégé par le pouvoir en place. Cela renforce l’argumentaire décrivant l’Iran comme un pays « sponsor du terrorisme ».
C’est aussi ce qui avait servi de prétexte pour envahir l’Afghanistan en 2001, les taliban alors au pouvoir refusant d’extrader Ben Laden…

1. 1. Voir : « AFGHANISTAN : mort de l’émir d’Al-Qaida, Ayman Al-Zawahiri » du 2 août 2022.

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Texte

Alain Rodier

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