Deux responsables d’Al-Qaida « canal historique » ont été tués par une frappe de missile US Hellfire R9X dans la province d’Idlib le 14 juin. L’arme mise en œuvre par un drone américain est de plus en plus utilisée pour mener des opérations « homo » sur des individus se déplaçant en véhicule. Le missile déploie six longues lames qui tournoient comme les pales d’hélicoptère et qui découpent le véhicule visé sans qu’il n’y ait d’explosion pouvant provoquer des pertes collatérales tout en ayant un pouvoir létal impressionnant. Elle est surnommée l’« épée du Ninja ». Conçue en 2017, elle n’a fait son apparition que le 1er janvier 2019 quand Jamal Ahmad Mohammad al-Badawi, un des responsables de l’attaque de l’USS Cole du 12 octobre 2000 (17 Américains tués) en a été la victime dans le governorat de Marib au Yémen.

Cette fois, les cibles visées étaient les chefs du mouvement rebelle syrien Hurras al-Din (HaD). Le Jordano-palestinien Khalid Moustafa Khalifa al-Arouri alias Abou al-Qassam en était l’émir et le Yéménite Bilal al-Sanaani le commandant du groupe militaire du HaD « l’armée du désert ».

Al-Arouri est un vétéran islamique qui a rejoint Al-Qaida « canal historique » dans les années 1990. Il rencontre son compatriote Abou Moussab al Zarqaoui de retour d’Afghanistan à Zarqa en Jordanie en 1993. Ils sont arrêtés pour préparation d’actions terroristes en 1994 puis libérés en 1999 à l’occasion d’une amnistie générale. Il rejoignent l’Afghanistan et y montent un camp d’entraînement dans la région d’Herat avec des fonds d’Al-Qaida qui leur sont délivrés par Saif al-Adel, le chef opérations de la nébuleuse de l’époque. Il épouse alors une des sœurs de Zarqaoui. Lors de l’invasion de l’Afghanistan par les Américains en 2001/2002 qui suit les attentats du 11 septembre, les deux hommes, après avoir combattu à Tora Bora, passent en Iran. Alors que Zarqaoui rejoint l’Irak, Arouri négocie avec le mollah Krekar qui est l’inspirateur du mouvement rebelle kurdo-islamiste irakien, Ansar al-Islam, une jonction entre les deux groupes. À la même époque, il participe à des opérations terroristes à l’extérieur et, en particulier, il sert d’intermédiaire dans le financement des attentats du 16 mars 2003 à Casablanca (33 morts plus les 12 kamikazes). Contrairement à la légende, les deux Jordaniens ne se revéront jamais, Zarqaoui étant tué en 2006 en Irak. En effet, en 2003, l’attitude des autorités iraniennes vis-à-vis des activistes d’al-Qaida réfugiés sur son sol change radicalement. Les responsables sont arrêtés et placés en détention. Al-Arouri y retrouve notamment Saif al-Adel. En 2015, il est un des cinq membres d’Al-Qaida

(Abu al-Khayr al-Masri, Abu Muhammad al-Masri, Saif al-Adl et Sari Shihab) à être échangé contre un diplomate iranien enlevé en 2013 au Yémen. Son parcours est ensuite mystérieux mais aboutit en Syrie en décembre 2015. En 2017, il présente officiellement ses condoléances pour la mort d’Abou al-Khayr tué en février 2017 qu’il a bien connu dans les geôles iraniennes tout en assurant al-Zawahiri de sa fidélité. Depuis, il a pris la place d’Abou Hammam al-Chami comme émir du mouvement affilié à Al-Qaida, Huras al-Din (HaD) – les gardiens de la religion -, mouvement qui a été créé à la suite de l’apparition du Hayat Tahrir al-Cham (HTC) au début 2017. Restant fidèle à Al-Qaida « canal historique », il a choisi sa voie refusant d’abord un ralliement à Daech puis ne suivant pas Abou Mohamed al-Joulani (l’émir du HTC) dans sa dissidence vis-à-vis de Zawahiri.

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Alain RODIER

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