Non, ce n’est pas possible, il ne le fera pas.
C’est la phrase qui revient dans la bouche des experts quand l’éventualité d’une frappe américaine sur l’Iran décidée par le président Donald Trump dans les deux mois qui viennent est évoquée. En effet, ce dernier est toujours le commandant en chef des armées américaines, et ce jusqu’au 20 janvier 2021. Il pourrait très bien décider de frapper un dernier grand coup. Il y est encouragé par son secrétaire d’État (ministre des Affaires étrangères) et ancien Directeur de la CIA, Mike Pompeo, qui s’est mué en un véritable docteur Folamour(1) appelant de ses vœux l’apocalypse. Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu qui sait qu’il n’aura pas une si bonne oreille à la Maison-Blanche dans les quatre années à venir même s’il est exclu que Washington n’assure plus la sécurité de l’État hébreu encourage également son « grand ami » Trump à passer à l’action.

« Ce n’est pas possible », mais c’était déjà de même pour le transfert de l’ambassade US de Tel-Aviv à Jérusalem, ce qui impliquait automatiquement la reconnaissance officielle par les États-Unis de cette ville comme la capitale à part entière de l’ »État-nation du peuple juif », et c’est ce qui s’est passé le 14 mars 2018. La reconnaissance de l’annexion du plateau du Golan conquis sur la Syrie durant la guerre de 1967 par l’État hébreu n’était pas possible non plus. Et pourtant c’est ce qui est arrivé le 25 mars 2019. Enfin, l’approbation de l’installation de colonies juives en Cisjordanie était également impossible ; elle a eu lieu le 18 novembre 2019… Mike Pompeo qui effectue une tournée internationale (aujourd’hui en France où il sera reçu par le président Macron) doit se rendre en Israël où il aurait prévu de visiter la colonie de Psagot en Cisjordanie. Il est à noter que les protestations internationales à toutes ces actions sont restées très modérées voir absentes en dehors de l’Iran.

Les Américains ont tous les moyens militaires nécessaires pour frapper l’Iran depuis leurs bases proches et éloignées (Grande-Bretagne, Allemagne, Diégo Garcia) – sans même évoquer le groupe aéronaval actuellement emmené par le porte-aéronefs USS Nimitz croisant en mer d’Oman -. Ils bénéficieraient alors de l’appui direct d’Israël pour qui l’Iran est un ennemi existentiel et de la bienveillance de l’Arabie saoudite suivie par les Émirats arabes unis (EAU) qui seraient ravis de voir leur grand adversaire amoindri. Le Qatar risque tout de même de tousser un peu, car il entretient des relations économiques particulières avec Téhéran, mais cela n’a pas la moindre importance pour Washington. La Turquie pourrait regarder ailleurs, car tout ce qui peut déstabiliser son grand voisin iranien est le bienvenu.

La capacité de riposte de Téhéran, même si elle est réelle, reste limitée dans l’espace et dans le temps. Même si elle peut impacter des bases militaires américaines dans la région du Golfe persique, elle n’affecterait en rien la suprématie américaine qui s’intéresse au trafic dans le Détroit d’Ormuz comme de sa dernière chaussette. Quant aux capacités terroristes sur le sol américain, elles pourraient être considérablement limitées par un internement préventif des tous les suspects potentiels comme cela avait été pratiqué avec la communauté d’origine japonaise durant la Seconde Guerre mondiale. Dans les faits, c’est l’Europe qui serait la première touchée avec les pays du Golfe par la fermeture du Détroit d’Ormuz et des actions terroristes étatiques.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la seule véritable opposition que risque de rencontrer le président Trump encore aux manettes peut venir du Pentagone. En effet, la haute hiérarchie militaire – malgré sa volonté d’en découdre, en particulier avec les mollahs – peut se poser le cas de conscience sur la légitimité de ce qui serait une des dernières initiatives internationales de son président en exercice. Le limogeage de Mark Esper, secrétaire d’État à la défense et de plusieurs de ses collaborateurs au début novembre (pour officiellement ne pas avoir voulu engager l’armée dans la répression des manifestations intérieures) s’explique peut-être dans ce cadre.

Ce ne serait pas vraiment un putsch, mais une forme de résistance passive en faisant traîner les choses pour des « raisons logistiques » en attendant que l’administration Biden prenne le relais. Cela dit, les complotistes peuvent aussi avancer l’hypothèse qu’il y ait une collusion ente les deux administrations : Trump fait le sale boulot et le président montant Biden gère la suite (2)

Même si « ce n’est pas possible », la défense iranienne est en alerte maximale, car la possibilité d’une frappe US est tout de même à prendre avec sérieux même si le président Trump semble aujourd’hui surtout intéressé par l’amélioration de son swing.

 

1 – Film de 1964 intitulé « Docteur Folamour ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe ».
2 – Même si l’auteur connaît l’infiltration du camp démocrate par les néoconservateurs en mal de conflits pour imposer leur vision des choses sur la planète, cette option lui semble peu crédible.

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Alain Rodier

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