Depuis que DAECH a perdu son « califat » territorial à cheval sur la Syrie et l’Irak, que deviennent les mouvements terroristes salafistes?

Al-Qaïda « canal historique » a bénéficié de l’attention qui était portée à Daech depuis 2014 pour discrètement renforcer ses implantations sur de nombreux théâtres de guerre. En Syrie d’abord, où le mouvement est très bien implanté dans la province d’Idlib. Ensuite au Yémen, pays où il s’oppose frontalement à Daech, en Afrique de l’Ouest, au Sahel, en Somalie où les Shebabs grignotent peu à peu le terrain perdu ces dernières années. Le cas de l’Afghanistan est particulièrement sensible puisque la diminution de la présence américaine voulue par le président Donald Trump risque de permettre aux talibans de contrôler de plus en plus de provinces où son allié internationaliste est le bienvenu.

Il y a aussi la problématique de la transmission de la « mémoire » à la génération montante (dont Hamza ben Laden, qui semble bien placé pour prendre un jour la succession de son défunt père) qui prend progressivement la place des combattants précédents. Le plus important est l’idéologie salafiste-djihadiste, qui doit rester vivante pour unifier ses nouveaux adeptes en les poussant à tout abandonner pour mener la guerre sainte avec comme modèle suprême : le martyre. Ensuite vient l’instruction technique et tactique augmentée de l’expérience des combattants qui ont fait leurs preuves sur le terrain en Afghanistan, en Tchétchénie, en Irak et ailleurs. Toutefois, même si cette instruction livresque est utilisée par des individus qui veulent passer à l’action là où ils se trouvent sans avoir eu de contacts physiques directs avec les membres de la maison mère, rien ne remplace l’entraînement sur le terrain avec des instructeurs chevronnés. Généralement, à part en Afghanistan et en Extrême-Orient, pour des raisons de sécurité, ils sont de très petite taille et souvent mobiles. Les armements clandestins ne manquent pas ; en particulier, il y a toujours des milliers de missiles sol-air portables, héritage de Kadhafi, dans la nature, même si un grand nombre doit maintenant être hors d’usage. Un des points essentiels est celui de la communication à l’intérieur du mouvement et en direction des sympathisants. Les deux entités salafistes-djihadistes ont perdu beaucoup de leurs moyens, en particulier ceux destinés au grand public occidental, les revues en ligne Rumiyah pour Daech et Inspire pour Al-Qaïda. Néanmoins, elles continuent à répandre leur propagande et leurs consignes via les réseaux sociaux qui sont extrêmement difficiles à contrôler. Comme par le passé, l’autonomie des différents groupes est la règle, mais la grande différence réside dans la volonté de coopérer avec d’autres groupes salafistes (67 groupes actifs en 2019 auraient été répertoriés de par le monde). Enfin, par des actions symboliques, comme au Cachemire, Al-Qaïda souhaite se présenter comme le premier défenseur des musulmans. Une action terroriste d’éclat à l’image du 11 Septembre pourrait lui permettre de supplanter durablement Daech.

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Alain Rodier

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