Le brigadier général (qui devrait être promu prochainement major général) Esmail Ghaani est « le double » de son prédécesseur tué par les Américains le 3 janvier de cette année à Bagdad. Né la même année que lui (en 1957) mais dans la ville natale de l’ayatollah Ali Khamenei Mashhad avec lequel il entretient également des relations privilégiées, il rejoint les pasdaran juste après leur création en 1979. Il participe à toute la guerre Iran-Irak de 1980 à 1988 commandant successivement la brigade Nasr puis la brigade mécanisée Reza. Il impressionne par son courage étant blessé à deux reprises au feu. De cette période il restera un des officiers iraniens les plus décorés.

En 1988, il est nommé commandant adjoint de la 8ème région militaire des pasdaran dont le QG est à Mashhad. Il livre alors un rude combat contre les trafiquants de drogue afghans – comme le faisait Soleimani plus au nord dans la province de Kerman où il avait été affecté après la guerre -.

En 2006, il devient le responsable du service de contre-espionnage des pasdaran puis, l’année suivante, il cumule ce poste avec celui d’adjoint à la force Al-Qods ayant été réclamé par le nouveau chef, Qassem Soleimani, l’avait réclamé. Il l’avait connu et apprécié lors de la guerre Iran-Irak.

Pour des raisons de sécurité, les deux hommes ne sont jamais apparus ensemble au même endroit. En plus des taches administratives que tout « adjoint » doit remplir pour décharger son chef (où il aurait fait preuve d’un grand sens de l’organisation), il était particulièrement chargé de conduire les activités de la force Al-Qods en Afghanistan, au Pakistan et en Asie centrale. Ce serait lui qui aurait mis sur pieds les brigades chiites Fatemiyoun afghane et Zainebiyoun pakistanaises envoyées combattre aux côtés du régime de Bachar el-Assad. Si Soleimani a été très médiatisé sur les théâtres syro-irakien et libanais, Ghaani s’est fait beaucoup plus discret lors de missions discrètes menées à l’est de l’Iran. Il faut dire que la situation y est différente : à l’ouest de l’Iran, la force Al-Qods participe à des opérations de guerre, à l’est à des opérations clandestines. Cette spécialisation pourrait provoquer des changements des actions clandestines de Téhéran. S’il n’est absolument pas question de diminuer l’effort mené en Syrie et en Irak, il pourrait désormais s’intensifier en Afghanistan considéré par l’Iran comme sa zone d’influence et un bon endroit pour venger la mort de Soleimani. Wahington ne s’y est pas trompé. Si Ghaani est déjà l’objet de sanctions personnelles, il est désormais officiellement « ciblé » comme son prédécesseur. « S’il suit un chemin similaire pour tuer des Américains, il connaîtra le même sort » a déclaré Brian Hook, le représentant spécial des États-Unis pour l’Iran en janvier. Étant donné son passé, Ghaani doit être terrifié par cette menace qui pèse désormais sur sa tête.

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Alain RODIER

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